Une mission axée sur le développement durable
Le CEN scrute les réalités nordiques d'un territoire en pleine mutation
Immuable depuis des millénaires, le Grand Nord subit depuis quelques décennies de profonds changements environnementaux et socioéconomiques qui affligent tant son territoire que ses populations autochtones. Les quelque 200 scientifiques, étudiants et employés du Centre d'études nordiques (CEN) se sont ainsi donné pour mission de mieux comprendre les changements qui s'opèrent dans les régions nordiques et leurs conséquences sur l'environnement et les activités humaines afin de contribuer, à leur façon, au développement durable du Grand Nord.
Cette mission n'est toutefois pas simple en raison de nombreux enjeux sociaux, économiques et environnementaux. «Le Nord connaît actuellement un important développement socioéconomique qui est appelé à se transformer en raison du Plan Nord et de l'exploitation sans précédent des ressources naturelles qui y est envisagée. Pour ce faire, il y a un réel besoin d'améliorer les infrastructures», explique Warwick F. Vincent, directeur du CEN et professeur au Département de biologie de l'Université Laval.
Autre enjeu de taille, les changements climatiques. «À l'échelle planétaire, il est prévu que les plus grands changements se produiront dans les latitudes les plus nordiques. Et c'est ce que l'on observe actuellement.»
Réchauffement alarmant
Le CEN a même constaté que la région canadienne la plus affectée par ce phénomène est le nord du Québec. «Le climat était demeuré très stable sur ce territoire depuis 3000 ans, mais à partir des années 1990, une transformation majeure s'est produite. On a calculé que le nord du Québec, particulièrement du côté de la baie d'Hudson, a connu un taux de réchauffement de 4,2 degrés Celsius. Ce taux est sept fois plus élevé que celui que la NASA a estimé à l'échelle planétaire pour 2010. C'est énorme. Maintenant, lorsqu'on parle de Plan Nord et de développement socioéconomique, il faut prendre en compte toute cette question de changement de climat et des prévisions relatives à celui-ci.»
La formation de spécialistes des sciences naturelles est également un enjeu qu'il ne faut pas sous-estimer, selon M. Vincent. «On doit former la prochaine génération de chercheurs. Il y a un intérêt énorme pour cette région parmi les jeunes chercheurs en devenir en raison de tout le potentiel de développement. On peut dire que nous avons des étudiants très motivés qui manifestent une véritable passion envers le Nord. Pour nous, c'est une source d'inspiration qui dure depuis la fondation du Centre il y a 50 ans.»
Trois axes de recherche bien précis sont au coeur des travaux des chercheurs du CEN. Le premier porte sur l'analyse de la structure et du fonctionnement des environnements nordiques continentaux.
«C'est le point de départ à partir duquel on établit les composantes de l'environnement nordique sur les plans du paysage, de la neige, du pergélisol et du climat. Il faut bien caractériser ces éléments de base avant d'aller plus loin. On peut aider les autochtones dans l'utilisation de leurs espaces pour la construction, par exemple, on peut aussi soutenir le gouvernement du Québec dans la réalisation des pistes d'avion ou des routes.»
Le second axe a pour but de mettre en place des stratégies visant à respecter un environnement particulier dont les conditions sont modifiées par le réchauffement du climat. «Il porte surtout sur l'aspect dynamique du Nord, de l'évolution des environnements nordiques dans le contexte des changements planétaires. Il y a ceux qui sont associés au climat, mais aussi ceux qui relèvent des activités humaines. Les grandes compagnies impliquées dans le nord du Québec exercent une influence sur l'économie mondiale. On voit quels sont les grands besoins de ressources du côté de la Chine, en Inde et dans l'Asie en général. Ces gens-là sont de plus en plus présents dans le Nord et il faut en tenir compte.»
Les scientifiques sont appelés à faire preuve de vigilance dans un tel contexte de convoitise. «Notre but est donc de considérer que, oui, le développement du Nord est une bonne chose, importante pour les autochtones et pour le Québec. Mais il faut tout de même faire attention.»
Solutions pratiques
Le troisième axe découle des deux premiers et sert à mettre en place des solutions appliquées. «Par exemple, on travaille avec les Inuits pour déterminer où on peut construire les maisons sans que les sols présentent de risque», indique M. Vincent. Il y a aussi toute une équipe d'ingénieurs qui collaborent avec les différents gouvernements pour l'application de mesures rendues nécessaires dans la construction des routes et des différentes pistes d'aéronefs. «Ces pistes de décollage et d'atterrissage sont essentielles dans la vie quotidienne des villages du Nord, dit-il. À l'exception des objets volumineux qui arrivent par bateau, tout arrive par avion, y compris les médicaments et la nourriture.»
Le directeur fait observer que tout l'aspect biologique est intégré de façon pratique à cet axe, qu'il s'agisse des questions relevant de la gestion des caribous, des oies sauvages ou d'autres espèces.
Depuis quelques années maintenant, le CEN oeuvre à accroître son rayonnement sur l'échelle internationale. Son réseau comprend aujourd'hui neuf stations de recherche et, depuis cette année, un bateau devenu une base d'opérations mobile qui a été baptisé Louis-Edmond Hamelin, du nom du fondateur du Centre. «Nous avons fait de nombreux efforts pour situer ce dernier à l'intérieur d'un réseau international circumpolaire de l'Arctique composé de plusieurs pays et appelé SCANNET. Nous sommes devenus une composante importante de celui-ci.»
***
Collaborateur du Devoir
Cette mission n'est toutefois pas simple en raison de nombreux enjeux sociaux, économiques et environnementaux. «Le Nord connaît actuellement un important développement socioéconomique qui est appelé à se transformer en raison du Plan Nord et de l'exploitation sans précédent des ressources naturelles qui y est envisagée. Pour ce faire, il y a un réel besoin d'améliorer les infrastructures», explique Warwick F. Vincent, directeur du CEN et professeur au Département de biologie de l'Université Laval.
Autre enjeu de taille, les changements climatiques. «À l'échelle planétaire, il est prévu que les plus grands changements se produiront dans les latitudes les plus nordiques. Et c'est ce que l'on observe actuellement.»
Réchauffement alarmant
Le CEN a même constaté que la région canadienne la plus affectée par ce phénomène est le nord du Québec. «Le climat était demeuré très stable sur ce territoire depuis 3000 ans, mais à partir des années 1990, une transformation majeure s'est produite. On a calculé que le nord du Québec, particulièrement du côté de la baie d'Hudson, a connu un taux de réchauffement de 4,2 degrés Celsius. Ce taux est sept fois plus élevé que celui que la NASA a estimé à l'échelle planétaire pour 2010. C'est énorme. Maintenant, lorsqu'on parle de Plan Nord et de développement socioéconomique, il faut prendre en compte toute cette question de changement de climat et des prévisions relatives à celui-ci.»
La formation de spécialistes des sciences naturelles est également un enjeu qu'il ne faut pas sous-estimer, selon M. Vincent. «On doit former la prochaine génération de chercheurs. Il y a un intérêt énorme pour cette région parmi les jeunes chercheurs en devenir en raison de tout le potentiel de développement. On peut dire que nous avons des étudiants très motivés qui manifestent une véritable passion envers le Nord. Pour nous, c'est une source d'inspiration qui dure depuis la fondation du Centre il y a 50 ans.»
Trois axes de recherche bien précis sont au coeur des travaux des chercheurs du CEN. Le premier porte sur l'analyse de la structure et du fonctionnement des environnements nordiques continentaux.
«C'est le point de départ à partir duquel on établit les composantes de l'environnement nordique sur les plans du paysage, de la neige, du pergélisol et du climat. Il faut bien caractériser ces éléments de base avant d'aller plus loin. On peut aider les autochtones dans l'utilisation de leurs espaces pour la construction, par exemple, on peut aussi soutenir le gouvernement du Québec dans la réalisation des pistes d'avion ou des routes.»
Le second axe a pour but de mettre en place des stratégies visant à respecter un environnement particulier dont les conditions sont modifiées par le réchauffement du climat. «Il porte surtout sur l'aspect dynamique du Nord, de l'évolution des environnements nordiques dans le contexte des changements planétaires. Il y a ceux qui sont associés au climat, mais aussi ceux qui relèvent des activités humaines. Les grandes compagnies impliquées dans le nord du Québec exercent une influence sur l'économie mondiale. On voit quels sont les grands besoins de ressources du côté de la Chine, en Inde et dans l'Asie en général. Ces gens-là sont de plus en plus présents dans le Nord et il faut en tenir compte.»
Les scientifiques sont appelés à faire preuve de vigilance dans un tel contexte de convoitise. «Notre but est donc de considérer que, oui, le développement du Nord est une bonne chose, importante pour les autochtones et pour le Québec. Mais il faut tout de même faire attention.»
Solutions pratiques
Le troisième axe découle des deux premiers et sert à mettre en place des solutions appliquées. «Par exemple, on travaille avec les Inuits pour déterminer où on peut construire les maisons sans que les sols présentent de risque», indique M. Vincent. Il y a aussi toute une équipe d'ingénieurs qui collaborent avec les différents gouvernements pour l'application de mesures rendues nécessaires dans la construction des routes et des différentes pistes d'aéronefs. «Ces pistes de décollage et d'atterrissage sont essentielles dans la vie quotidienne des villages du Nord, dit-il. À l'exception des objets volumineux qui arrivent par bateau, tout arrive par avion, y compris les médicaments et la nourriture.»
Le directeur fait observer que tout l'aspect biologique est intégré de façon pratique à cet axe, qu'il s'agisse des questions relevant de la gestion des caribous, des oies sauvages ou d'autres espèces.
Depuis quelques années maintenant, le CEN oeuvre à accroître son rayonnement sur l'échelle internationale. Son réseau comprend aujourd'hui neuf stations de recherche et, depuis cette année, un bateau devenu une base d'opérations mobile qui a été baptisé Louis-Edmond Hamelin, du nom du fondateur du Centre. «Nous avons fait de nombreux efforts pour situer ce dernier à l'intérieur d'un réseau international circumpolaire de l'Arctique composé de plusieurs pays et appelé SCANNET. Nous sommes devenus une composante importante de celui-ci.»
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Collaborateur du Devoir








