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    Personnalité de l'année - Une technologie québécoise pour combattre le crime planétaire

    4 juin 2011 |Claude Lafleur | Science et technologie
    Dans les années 1960, lorsqu'il travaille comme ingénieur mécanique à la papetière Domtar, Robert Walsh constate que les usines sont très peu automatisées. «On ne trouvait alors aucun ordinateur dans les usines», rapporte-t-il. Par conséquent, en 1969, il fonde la société Walsh Automation, qui participe à l'automatisation des usines à travers le monde. En 1991, un retraité de la GRC vient le voir avec l'idée d'automatiser le processus d'identification des armes à feu. L'année suivante, il crée la société Forensic Technology... qui détient à présent 95 % du marché mondial!

    «Je suis en fait un entrepreneur et ce n'est pas moi qui ai conçu le système IBIS [d'identification des armes à feu], dit-il. Ça, c'est l'affaire de mon équipe de recherche et développement, des spécialistes d'une foule de disciplines», insiste-t-il.

    Empreintes uniques


    Le système IBIS (Integrated Ballistic Identification System) permet de relier rapidement des balles trouvées sur une scène de crime avec l'arme d'où elles proviennent. Il faut savoir que chaque arme à feu, lorsqu'elle tire une balle, y trace des empreintes uniques.

    En examinant au microscope les douilles et les balles tirées par une arme à feu, on observe donc des empreintes caractéristiques.

    Le procédé est assez simple, il suffit d'avoir l'oeil! Un spécialiste examine donc au microscope une série de balles pour voir lesquelles proviennent d'une même arme. La tâche devient cependant fastidieuse — voire impossible — lorsqu'on doit comparer des centaines d'empreintes. En 1991, devant la flambée de crimes commis par des trafiquants de drogue, un agent retraité de la GRC est venu rencontrer Robert Walsh pour lui proposer d'automatiser le processus.

    L'homme d'affaires a vite confié le mandat à l'équipe de recherche et développement de Walsh Automation qui, dès l'année suivante, a expérimenté un premier système. Le procédé d'automatisation s'avérant très prometteur, M. Walsh fonde dès 1992 une firme pour le commercialiser: Forensic Technology. «On a vendu notre premier système aux États-Unis en 1993», dit-il fièrement.

    Les premiers systèmes IBIS établissaient la «signature» d'une arme à partir de photos en noir et blanc des empreintes laissées sur les douilles et les balles. «Ces images sont traitées avec des équations et des algorithmes pour en extraire le profil de l'arme», indique M. Walsh. Ces données sont cumulées dans des ban-ques informatiques, ce qui permet ensuite d'établir des corrélations entre l'arme à feu et les balles trouvées par les policiers.

    «La force de notre système, dit-il, c'est le volume de données qu'on traite. Notre système établit donc des corrélations entre des milliers d'armes et de balles possibles.»

    Néanmoins, il revient toujours à un expert en balistique de confirmer la corrélation. «C'est lui qui certifie le lien entre une arme et un crime, insiste M. Walsh. Et ça prend une double confirmation d'experts, puisque ce n'est pas notre système IBIS qui va en cour! Somme toute, notre système repère l'aiguille dans une botte de foin et les experts confirment la trouvaille.»

    Bien entendu, IBIS fait cons-tamment l'objet de perfectionnements. En 2006, il est passé à la troisième dimension. «On utilise maintenant des images 3D — donc la profondeur — pour caractériser les signatures, explique M. Walsh. On dispose alors de beaucoup plus d'information, ce qui nous permet d'obtenir de bien meilleurs résultats.»

    « Pas question de déménager! »

    Résultat: Forensic Technology est devenue le leader mondial incontesté dans l'identification balistique automatisée, avec plus de 95 % du marché. L'IBIS est utilisé par des centaines de corps policiers dans plus de 60 pays. Fait remarquable, Forensic Technology dispose de bureaux sur les cinq continents, y compris en Afrique du Sud et en Asie. «Seulement aux États-Unis, nous avons plus de 200 laboratoires... mais uniquement six à travers le Canada», dit-il, les taux de criminalité étant si différents entre les deux pays.

    Robert Walsh a choisi de demeurer à Montréal. «Et 100 % de notre recherche et développement se fait ici à Montréal. Des 200 employés que compte l'entreprise, 145 résident ici, tout comme nos vice-présidents. On trouve à Montréal tout le personnel compétent dont on a besoin. On est très heureux ici, et pas question pour nous de déménager!»

    L'entrepreneur entrevoit que, un jour prochain, son système servira à caractériser toutes les armes à feu avant qu'elles ne soient vendues. «On disposerait alors de l'empreinte de chaque arme, dit-il, ce qui nous permettrait de repérer rapidement le premier acheteur lorsqu'une arme a servi à la commission d'un crime. Déjà, de nombreux pays enregistrent la vente des armes à feu...»

    ***

    Collaborateur du Devoir












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