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Nouvelles origines

Que doit-on révéler à l'enfant conçu par fécondation in vitro?

Sherbrooke — Que doit-on révéler à l'enfant qui est né grâce à un don de sperme, d'ovule ou d'embryon congelé, voire à une mère porteuse? Une tendance se dessine dans le monde depuis quelques années vers la levée de l'anonymat des donneurs de gamètes et des mères porteuses, soulignait hier, dans le cadre du congrès de l'Acfas, l'anthropologue médicale Chantal Bouffard, professeure à la Faculté de médecine de l'Université de Sherbrooke.

Jusqu'à récemment, nous ne nous sommes préoccupés que des parents «adoptifs», qui appréhendent les réactions qu'aura leur enfant s'il découvre qu'il n'est pas issu de leurs gamètes, ou qui ont peur de perdre l'enfant au profit des parents biologiques. De l'autre côté, le donneur a peur d'être «marginalisé, rejeté. Il a peur de se retrouver un jour dans l'obligation d'assumer des obligations parentales. Mais on a négligé le bien-être et les droits de l'enfant, a fait remarquer la chercheuse. On sait aujourd'hui que l'anonymat peut causer des problèmes psychologiques importants chez certains enfants adoptés, de même que chez les enfants issus de la fécondation in vitro [FIV]. Le mythe de l'origine hante plusieurs enfants qui se demandent notamment d'où ils viennent, et s'ils ressemblent à leurs parents biologiques.»

Compte tenu des progrès de la médecine personnalisée, si on ne révèle pas à l'enfant les informations génétiques, biologiques et médicales de ses parents biologiques, on risque de le priver des nouvelles approches de la médecine prédictive. «Priver l'enfant de ses antécédents génétiques peut lui être préjudiciable», a déclaré Mme Bouffard.

Le droit de l'enfant

Un nombre grandissant de pays ont adopté des lois ou des règlements accordant à l'enfant le droit de connaître ses origines biologiques. Parmi ceux-ci figurent l'Allemagne, les Pays-Bas, la Belgique, la Finlande, la Suède, le Royaume-Uni, la Nouvelle-Zélande et certains états de l'Australie, où même le nom de la mère porteuse est inscrit sur l'acte de l'enfant. Souvent, les donneurs ont le choix de lever complètement le voile sur leur identité, ou de ne révéler que des informations médicales, biologiques ou génétiques susceptibles d'être importantes pour l'enfant, par exemple une information indiquant que le donneur est porteur d'un gène associé à une maladie génétique, qui pourrait être retardée, voire prévenue par un traitement préventif.

Les pays où on a levé l'anonymat des donneurs ont bien sûr connu une chute du nombre de dons de gamètes pendant un temps, mais on observe actuellement une remontée. «Il y a un phénomène de conscientisation et de responsabilisation qui se développe. Je trouve positif que les gens assument leur choix. En ayant recours à des techniques de procréation médicalement assistée, on transgresse déjà beaucoup les normes sociales. Or, en maintenant l'anonymat et le secret, on pense minimiser les dégâts, mais on jette un voile sur ces transgressions et on peut porter préjudice à la santé de l'enfant», croit Mme Bouffard.

«Dans plusieurs sociétés, la famille ne se limite pas à un seul père et à une seule mère. Chez les Inuits et les Amérindiens, les enfants passent d'une maison à l'autre et personne ne s'inquiète. Plusieurs de nos enfants vivent déjà d'autres modèles de parenté, notamment ceux dont les parents se sont séparés et remariés. La France accueille sur son territoire de nombreux Africains provenant de ses anciennes colonies, qui sont polygames», a fait valoir l'anthropologue.

Chantal Bouffard aimerait que l'on valorise davantage le rôle joué par les mères porteuses, qui en «donnant la vie contribuent à la perpétuation de notre espèce et créent les citoyens du futur, ce qui est d'une importance extraordinaire. Il serait bien que chacune des personnes qui participe au projet de donner vie à un enfant trouve sa place, selon ce qu'elle se sent capable de faire», conclut-elle en entrevue.
 
 
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