79e congrès de l'ACFAS – Des jours plus ou moins calmes à Sherbrooke
Le savoir francophone tient sa grande rencontre annuelle
Une nouvelle donne. Sans qu'il y ait eu comité tenu, rapport déposé, voilà que le milieu de la recherche universitaire ne peut que s'attendre à un bouleversement. Les électeurs du ROC, ce Canada qui appuie avec force un parti dont les mots-clés pour le décrire sont «économie» et «ordre», ces électeurs ont donné libre champ de manœuvre au gouvernement Harper. Il y aura ainsi matière à discussions pour les milliers d'universitaires et de chercheurs qui se rendront la semaine prochaine à Sherbrooke.
«Aujourd'hui, les partis politiques définissent trop clairement, trop précisément à quels champs il faut donner la priorité, comme si on était très certain de là où l'avenir se jouait. C'est peut-être rentable sur le plan électoral, mais ce n'est pas comme ça que le domaine de la recherche évolue. On travaille longtemps sur des questions qui n'intéressent personne, mais qui vont considérablement changer notre vie dans dix ou quinze ans.»
Pierre Noreau est président de l'Association francophone pour le savoir, cette Acfas qui tiendra sa grande rencontre annuelle dès lundi prochain à Sherbrooke, répondant à l'invitation lancée par les deux universités locales, Bishop's et Sherbrooke. Et, selon lui, dont le groupe le plus lourd en nombre qui est présent à ses assises provient du secteur des sciences humaines, il ne faut que craindre au vu de la nouvelle donne politique dans l'établissement des politiques publiques de subvention des réseaux.
On sait déjà que le Québec aura un scientifique en chef: les recteurs ont d'ailleurs soutenu cette initiative. Mais c'est d'Ottawa qu'on craint les émissions de dépêches dévastatrices: le gouvernement Harper n'a-t-il pas laissé entendre qu'il agissait et agit selon une charte de political correctness qui fait en sorte que non seulement les «idées» ne pèsent pas lourd dans l'établissement d'une réflexion, mais qu'en plus il faudrait même dénoncer tout organisme dont la pensée ne reflète pas une démarche traditionnelle, ici conservatrice, qu'elle soit politique, sociale ou humaniste.
Et la dernière campagne permettait de craindre pour le pire dans l'avenir. Si les conservateurs ont évité les «bourdes» — mettre à mal les programmes culturels — les autres partis n'ont point déposé de politique où la connaissance et la culture seraient des secteurs bénéficiant d'une priorité élevée affichée. À vouloir n'effrayer personne, on a ainsi découragé plusieurs.
Ici et là
Et, ce 2 mai, lendemain d'un jour d'une autre tradition bien québécoise, celui où on déménageait en force, où on donnait une chance à un autre propriétaire, quitte l'année suivante à aller emménager ailleurs, il y a eu changement. Difficile toutefois de savoir ce que pense plus d'une de ces personnes nouvellement installées dans la Chambre: être favorable à ce que les travailleurs trouvent des emplois et que les familles aient des revenus suffisants pour consommer normalement ne permet pas de déduire qu'il y aura mise en place d'une idéologie qui évalue l'avenir en des termes qui amènent à réfléchir plus loin que le prochain rapport fiscal.
Aussi, si ici on tremble, on ne peut qu'avoir une attitude sympathique pour l'intelligentsia torontoise, elle qui se retrouve dans une situation où, pour elle aussi, quand il sera question de recherche, elle devra être appliquée, pratique, vouée à des résultats rapides et surtout sans afficher d'écart qui mènerait le sujet déposé trop loin de l'orbe économique.
Connaissance et pouvoir
Il faut dire que les universitaires et les autres chercheurs, qu'ils et elles soient dans un centre ou oeuvrent dans un cégep, ont souvent un tort: ils ne savent pas se taire quand les conclusions d'une étude ne vont pas dans le sens du discours officiel, tout comme, dans un souci d'objectivité, ils se permettent de tenir compte de l'avis de groupes qui ne sont pas, dans leur réflexion et leur pensée, le reflet de la majorité. Un tel état de fait peut déranger, d'autant plus qu'un discours récurrent pose constamment qu'il doit y avoir indépendance entre la connaissance et le pouvoir.
Si, à Sherbrooke, on discourra sur plus d'un sujet — et le site Internet de l'Acfas laisse découvrir un programme au contenu lourd, regroupé en sciences de la vie et de la santé, physiques et mathématiques, en lettres et sciences humaines, en sciences sociales et éducation, avec un secteur fort dit multidisciplinaire — il faut s'attendre à ce que, dès ce matin du 9 mai à Sherbrooke, les bonzes s'interrogeront sur l'avenir d'une recherche dont l'appui financier premier au Canada est accordé par le gouvernement fédéral.
Si, depuis lundi soir, dès 23 heures, Radio-Canada et le Conseil des arts sont devenus les premiers à craindre pour leur avenir, quelle attitude peut adopter celui ou celle dont le champ d'étude porte sur la condition de la femme monoparentale ou le droit des minorités nord-africaines ou encore les liens à entretenir avec la rue arabe?
Si le Québec a fait sienne une politique d'accommodements raisonnables, le gouvernement Harper la transposera-t-il quand sera venu le moment de décider ce qu'il fera de cette recherche où le qualificatif «appliquée» n'est pas souligné d'un grand trait, voire est inexistant?
«Aujourd'hui, les partis politiques définissent trop clairement, trop précisément à quels champs il faut donner la priorité, comme si on était très certain de là où l'avenir se jouait. C'est peut-être rentable sur le plan électoral, mais ce n'est pas comme ça que le domaine de la recherche évolue. On travaille longtemps sur des questions qui n'intéressent personne, mais qui vont considérablement changer notre vie dans dix ou quinze ans.»
Pierre Noreau est président de l'Association francophone pour le savoir, cette Acfas qui tiendra sa grande rencontre annuelle dès lundi prochain à Sherbrooke, répondant à l'invitation lancée par les deux universités locales, Bishop's et Sherbrooke. Et, selon lui, dont le groupe le plus lourd en nombre qui est présent à ses assises provient du secteur des sciences humaines, il ne faut que craindre au vu de la nouvelle donne politique dans l'établissement des politiques publiques de subvention des réseaux.
On sait déjà que le Québec aura un scientifique en chef: les recteurs ont d'ailleurs soutenu cette initiative. Mais c'est d'Ottawa qu'on craint les émissions de dépêches dévastatrices: le gouvernement Harper n'a-t-il pas laissé entendre qu'il agissait et agit selon une charte de political correctness qui fait en sorte que non seulement les «idées» ne pèsent pas lourd dans l'établissement d'une réflexion, mais qu'en plus il faudrait même dénoncer tout organisme dont la pensée ne reflète pas une démarche traditionnelle, ici conservatrice, qu'elle soit politique, sociale ou humaniste.
Et la dernière campagne permettait de craindre pour le pire dans l'avenir. Si les conservateurs ont évité les «bourdes» — mettre à mal les programmes culturels — les autres partis n'ont point déposé de politique où la connaissance et la culture seraient des secteurs bénéficiant d'une priorité élevée affichée. À vouloir n'effrayer personne, on a ainsi découragé plusieurs.
Ici et là
Et, ce 2 mai, lendemain d'un jour d'une autre tradition bien québécoise, celui où on déménageait en force, où on donnait une chance à un autre propriétaire, quitte l'année suivante à aller emménager ailleurs, il y a eu changement. Difficile toutefois de savoir ce que pense plus d'une de ces personnes nouvellement installées dans la Chambre: être favorable à ce que les travailleurs trouvent des emplois et que les familles aient des revenus suffisants pour consommer normalement ne permet pas de déduire qu'il y aura mise en place d'une idéologie qui évalue l'avenir en des termes qui amènent à réfléchir plus loin que le prochain rapport fiscal.
Aussi, si ici on tremble, on ne peut qu'avoir une attitude sympathique pour l'intelligentsia torontoise, elle qui se retrouve dans une situation où, pour elle aussi, quand il sera question de recherche, elle devra être appliquée, pratique, vouée à des résultats rapides et surtout sans afficher d'écart qui mènerait le sujet déposé trop loin de l'orbe économique.
Connaissance et pouvoir
Il faut dire que les universitaires et les autres chercheurs, qu'ils et elles soient dans un centre ou oeuvrent dans un cégep, ont souvent un tort: ils ne savent pas se taire quand les conclusions d'une étude ne vont pas dans le sens du discours officiel, tout comme, dans un souci d'objectivité, ils se permettent de tenir compte de l'avis de groupes qui ne sont pas, dans leur réflexion et leur pensée, le reflet de la majorité. Un tel état de fait peut déranger, d'autant plus qu'un discours récurrent pose constamment qu'il doit y avoir indépendance entre la connaissance et le pouvoir.
Si, à Sherbrooke, on discourra sur plus d'un sujet — et le site Internet de l'Acfas laisse découvrir un programme au contenu lourd, regroupé en sciences de la vie et de la santé, physiques et mathématiques, en lettres et sciences humaines, en sciences sociales et éducation, avec un secteur fort dit multidisciplinaire — il faut s'attendre à ce que, dès ce matin du 9 mai à Sherbrooke, les bonzes s'interrogeront sur l'avenir d'une recherche dont l'appui financier premier au Canada est accordé par le gouvernement fédéral.
Si, depuis lundi soir, dès 23 heures, Radio-Canada et le Conseil des arts sont devenus les premiers à craindre pour leur avenir, quelle attitude peut adopter celui ou celle dont le champ d'étude porte sur la condition de la femme monoparentale ou le droit des minorités nord-africaines ou encore les liens à entretenir avec la rue arabe?
Si le Québec a fait sienne une politique d'accommodements raisonnables, le gouvernement Harper la transposera-t-il quand sera venu le moment de décider ce qu'il fera de cette recherche où le qualificatif «appliquée» n'est pas souligné d'un grand trait, voire est inexistant?








