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    2011 est l'année internationale de la chimie - Bémol sur les éprouvettes!

    «La chimie est une science noble au coeur des grandes découvertes scientifiques»

    7 mai 2011 |Claude Lafleur | Science et technologie
    Les chimistes utilisent à présent les ordinateurs pour simuler des modèles chimiques.<br />
    Photo: Source Atrium Novations Les chimistes utilisent à présent les ordinateurs pour simuler des modèles chimiques.
    Les Nations Unies ont proclamé 2011 année internationale de la chimie. L'Acfas fait sienne cette proclamation et tiendra ainsi le 10 mai un colloque sur la responsabilité des chimistes face aux grands enjeux de notre société.

    «Depuis 1990, je dirais, la chimie est souvent con-sidérée comme une bête noire. S'il y a quelque chose de négatif dans le monde, c'est sûrement chimique!», lance Armand Soldera, directeur du Département de chimie de l'Université de Sherbrooke. Or, dans la vie de tous les jours, la chimie fait des merveilles, à commencer par tous les matériaux qui nous entourent, jusqu'aux médicaments. «En fait, la chimie est partout et on fait partout de la chimie», résume-t-il.

    Aussi, celui qui agira comme président et animateur de cette journée à l'Acfas «trouve que l'année de la chimie arrive à point nommé pour redorer le blason de notre discipline. C'est aussi pour nous l'occasion de se poser la question: où en est la chimie aujourd'hui et vers quoi allons-nous? Voilà d'ailleurs le sens du colloque que nous organisons.»

    Pas que brasser des éprouvettes

    Comme nous avons tous suivi des cours de chimie durant nos études, on a en tête l'image du chimiste en personnage en blouse blanche qui manipule des éprouvettes. Or la pratique de cette discipline n'est pas ce qu'on imagine, ne serait-ce que parce que les chimistes utilisent à présent les ordinateurs pour simuler des modèles chimiques.

    Justement, Armand Soldera dirige un laboratoire de physico-chimie moléculaire. «Grâce à la puissance des ordinateurs, dit-il, je préconise une nouvelle démarche: simuler le comportement et les propriétés des molécules.» La physico-chimie, explique-t-il, cherche à voir si on peut, à partir des molécules, identifier les propriétés de la matière. «Le problème, ce sont les interactions des molécules, poursuit le chercheur. Dès qu'on ajoute plusieurs molécules, à quel moment obtient-on la propriété du matériau? Ce passage de la molécule au matériau n'est pas évident! On essaie donc de voir ce qui se passe au niveau moléculaire, ce qui devrait nous permettre de comprendre certains phénomènes.»

    En tant que directeur d'un département de chimie, M. Soldera constate à quel point son domaine s'est diversifié. «Ça va de la chimie du béton à la chimie attoseconde photonique, en passant par la chimie de l'environnement!, lance-t-il en riant. Le chimiste en blouse blanche qui manipule des éprouvettes, ce peut être une partie de notre métier, mais ce n'est pas que cela, puisqu'on fait énormément de travail sur ordinateur.»

    De ce fait, il est facile pour tout chimiste de se trouver du travail. «Une chose dont je suis fier, dit-il, c'est que tous les étudiants qui sont passés par mon laboratoire ont trouvé du travail. Il peut s'agir d'un emploi dans une grande firme — comme Cascade — ou au sein d'un gouvernement ou de plus petites entreprises, ou encore dans l'enseignement ou en recherche... On trouve toutes sortes d'emplois en chimie, tant la profession est maintenant hétéroclite.»

    Instiller l'émerveillement

    Si la chimie n'a pas bonne presse, Armand Soldera rappelle qu'il en était autrement dans les années 1950. «À l'époque, dit-il, on nous disait qu'on pouvait tout faire, tout résoudre grâce à la chimie! La chimie faisait rêver...» De fait, quantité de matières et de matériaux modernes qu'on tient aujourd'hui pour acquis — tissus synthétiques infroissables, plastiques aux propriétés étonnantes, matériaux composites ultrarésistants, verres incassables ou isolants, cristaux et composantes électroniques, etc. — sont tous des prodiges de la chimie.

    Or, curieusement, on oppose souvent le «chimique» au «naturel», comme si l'un n'avait que de mauvaises propriétés, et l'autre, que de bonnes. «Tout est une question de dosage, souligne le professeur Soldera. Ainsi, de l'eau bue en grande quantité, c'est mortel!», dit-il en riant, tout en ajoutant qu'on retrouve naturellement de l'arsenic dans une pomme.

    «Avec le temps, on a perdu cet émerveillement que procure la chimie, déplore-t-il, et notre défi, à nous chimistes, c'est de restituer cet émerveillement.»

    Voilà pourquoi, dans le cadre de l'année de la chimie, l'Acfas a organisé une journée de la chimie. «Ça tombe particulièrement bien puisque le Département de chimie de l'Université de Sherbrooke [site du congrès de l'Acfas] fête justement ses 50 ans, dit-il. Ce sera pour nous l'occasion de souligner cinquante ans de la chimie au Québec.»

    Du Québec à demain

    Dans le cadre de cette journée, une demi-douzaine de conférenciers présenteront divers aspects de la chimie «à l'intention du grand public», insiste l'organisateur. Entre au-tres, le premier directeur du département, Jean-Marc Lalancette, rappellera où en était la chimie dans les années 1950.

    «La matinée sera surtout consacrée à la chimie au Québec, relate M. Soldera, avec des présentations de personnalités importantes dans le domaine.» On traitera entre autres de l'évolution de la chimie des polymères, du plastique, de l'électrochimie, de la chimie pharmaceutique et de la chimie computationnelle — tous des domaines qui ont marqué le Québec.

    L'après-midi sera consacré à une vision d'avenir, notamment en traitant de la chimie et de l'environnement. «Alors que Normand Voyer parlera de l'amour de la chimie, rapporte M. Soldera, un invité-surprise abordera l'avenir de la chimie. Le tout se conclura par une table ronde sur ce dernier thème.»

    Comme le relate Normand Voyer, directeur du Département de chimie de l'Université Laval et grand vulgarisateur du domaine: «La chimie est une science noble au coeur des grandes découvertes scientifiques qui ont influencé notre vie. Mais, ce qui est plus important encore, la chimie jouera un rôle-clé pour résoudre les plus grands problèmes de l'humanité dans les années à venir: environnement, énergie et santé.»

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    Collaborateur du Devoir












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