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    Association francophone pour le savoir - Politique et science font-elles bon ménage?

    «Les États se comparent en fonction de leur capacité à contribuer au développement de la connaissance»

    7 mai 2011 |Etienne Plamondon Emond | Science et technologie
    Pierre Noreau, président de l’Acfas<br />
    Photo: Paul Labelle Pierre Noreau, président de l’Acfas
    La science se démocratise de plus en plus, mais elle peine étrangement à conserver une place de choix dans notre démocratie. Durant la dernière année, le milieu de la recherche a été ébranlé par certaines décisions gouvernementales, à Québec comme à Ottawa. Discussion avec Pierre Noreau, président de l'Acfas, sur les divergences actuelles entre chercheurs et politiciens.

    La science se médiatise davantage et le nombre de vulgarisateurs croît pour combler l'avidité de la population à ce sujet, semble indiquer Pierre Noreau, président de l'ACFAS. Le congrès, qui se tiendra du 9 au 13 mai prochain, attend d'ailleurs près de 60 journalistes, et plusieurs communications libres, accessibles au grand public, y seront organisées.

    «Le savant n'est plus un individu qui travaille dans une bulle, complètement à l'abri du regard de la société. Il y a un dialogue qui s'installe, qui est plus vrai aujourd'hui que dans le passé, parce que les résultats des recherches ont souvent des effets beaucoup plus immédiats qu'auparavant.» Paradoxalement, la science demeure sous-estimée, voire évacuée, lorsque vient le temps de prendre certaines décisions politiques dans notre démocratie.

    La dernière preuve: le débat «Je vote pour la science», organisé en partenariat par l'Acfas, l'Agence Science-Presse, le Coeur des sciences de l'UQAM et Science pour tous, a dû être annulé, faute d'obtenir des réponses de la part du Nouveau Parti démocratique (NPD) et du Parti conservateur. Interrogé par Le Devoir pendant que la campagne électorale battait son plein, Pierre Noreau a fait remarquer qu'on y parlait de sujets qui impliquaient des découvertes scientifiques, comme dans le cas du climat, de l'environnement, de l'industrie forestière ou de la sécurité alimentaire.

    «Ce qui est problématique, c'est que trop de débats sont menés sans réellement informer de ce qu'on sait de ces réalités», lâche Pierre Noreau. Une situation, à son avis, engendrée par la «culture politique» actuelle, ici comme ailleurs dans le monde. «Au fond, on traite de questions sur lesquelles on a des données assez certaines, des questions sur lesquelles le milieu scientifique montre un consensus, mais qui ne sont pas nécessairement gérées sur le plan de la législation en tenant compte de ce que la science nous apprend», se désole le président de l'Acfas, qui tient à préciser que «la science ne remplacera jamais la délibération publique, mais elle va permettre que cette délibération soit fondée sur des faits. Elle n'exclut pas du tout que, à un certain moment, il y ait un saut à faire, un choix, qui, lui, est de l'ordre des valeurs.»

    De longues recherches et de courts mandats


    L'appui politique à la recherche, quant à lui, ne se concentre souvent que sur des domaines «spectaculaires» et à la mode, considère Pierre Noreau. «Aujourd'hui, les partis politiques définissent trop clairement, trop précisément à quels champs il faut donner la priorité, comme si on était très certain de là où l'avenir se jouait. C'est peut-être rentable sur le plan électoral, mais ce n'est pas comme ça que le domaine de la recherche évolue [...]. On travaille longtemps sur des questions qui n'intéressent personne, mais qui vont considérablement changer notre vie dans dix ou quinze ans», rappelle-t-il.

    Du côté provincial, Pierre Noreau note que les subventions doivent être renouvelées aux trois ans, alors qu'une recherche s'échelonne en général sur sept à douze ans avant de mener à des résultats pertinents. «La conséquence de ça, c'est que les attentes par rapport à la recherche, souvent du point de vue du gouvernement, sont des attentes de résultats beaucoup plus immédiats que ce qui est vraiment possible d'envisager», explique Pierre Noreau. Celui-ci condamne d'ailleurs le penchant déséquilibré des gouvernements à encourager la recherche appliquée, très lucrative d'un point de vue industriel, au détriment, parfois, de la recherche fondamentale. M. Noreau croit plutôt que «les recherches qui ont le plus d'impact sur la société sont beaucoup plus fondées sur les travaux en recherche fondamentale».

    Or la nouvelle Stratégie québécoise de la recherche et de l'innovation (SQRI) jette son dévolu sur des projets mobilisateurs liés à la recherche appliquée. La gestion québécoise des fonds de recherche a, par la même occasion, été complètement révisée par le projet de loi 130. Si Pierre Noreau ne voit pas d'un mauvais oeil la nomination d'un scientifique en chef, sa principale inquiétude découle de la fusion des trois fonds de recherche publics. En effet, le Fonds de la recherche en santé du Québec (FRSQ), le Fonds québécois de la recherche sur la nature et les technologies (FQRNT) et le Fonds québécois sur la société et la culture (FQRSC) ne feront plus qu'un sous le nom de Fonds recherche Québec (FRQ).

    «Même s'il y a des idéaux qu'on entretient nous-mêmes sur l'unité de la connaissance, il y a aussi la nécessité que chaque champ de connaissance puisse se déployer avec les moyens qui lui sont nécessaires, exprime Pierre Noreau. Ce qu'on craint avec la fusion des fonds, c'est qu'il y ait une confusion dans les modalités d'évaluation des projets et que, finalement, on évalue des projets sur une base autre que celle sur laquelle ils doivent vraiment être évalués, compte tenu d'une certaine tradition de recherche.»

    Obligations et aveuglement volontaire


    Puis, il y a ce dur coup qui a été porté au milieu scientifique lorsque le gouvernement Harper a décidé d'abolir le caractère obligatoire du formulaire long dans le cadre du recensement. Pierre Noreau n'hésite pas à assimiler cette stratégie à de «l'obscurantisme». «L'État accepte de ne pas s'informer de l'évolution de sa propre population. Donc, au fond, c'est l'acceptation d'une forme d'aveuglement volontaire», renchérit-il. Si cette décision réduit les informations précises sur lesquelles nos différents paliers de gouvernement peuvent s'appuyer pour prendre des décisions, elle risque aussi de gravement ternir l'image du Canada sur la scène internationale.

    Pierre Noreau rappelle qu'il existe «une forme de diplomatie scientifique. Les États se comparent les uns aux autres en fonction de leur capacité à contribuer au développement de la connaissance.» Il évoque l'évaluation régulière, par des organismes internationaux, de la proportion des budgets accordée à la recherche dans chaque pays. «Lorsqu'on n'est pas capable de satisfaire à ces exigences-là, on se discrédite assez rapidement.» Un risque qui n'est pas sans importance, à une époque où plusieurs enjeux sont dorénavant mondialisés, comme dans le cas des changements climatiques, des pandémies ou des ressources énergétiques. «Ça crée une responsabilité particulière de nos pays qui, d'un côté, contribuent souvent à ces problèmes et, en même temps, ont les moyens, par le développement de la connaissance, d'en régler une partie. Ça crée des obligations internationales.»












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