On se débranche et on déjeune
Photo : Agence France-Presse Adek Berry
Une travailleuse autonome française vient de mettre en place un drôle de concept: se distancer d’Internet sans fil, de Twitter, de Facebook et du BlackBerry pour renouer avec le plaisir de partager un repas du midi, un concept forcément appelé colunching.
L'anecdote marque peut-être un tournant dans la petite histoire des technologies: à Paris, en France, une travailleuse autonome vient de mettre en place un drôle de concept, forcément baptisé le colunching, ou, en français, le partage du repas du midi.
L'idée a déjà rejoint plus de 1700 personnes sur une page Facebook, relate le quotidien Libération dans sa section numérique. Sur appel et par petits groupes de quatre, ces internautes se forcent désormais à se débrancher de leurs nouveaux outils de communication et de l'isolement potentiel qui vient avec, le temps d'un repas partagé avec d'autres humains, aussi perdus qu'eux, dans un restaurant gastronomique de la capitale. En personne. L'activité dure deux heures en moyenne et tend à s'étendre à d'autres villes d'Europe, poursuit Libé.
Se distancer de son réseau d'accès à Internet sans fil, de son Twitter, de son Facebook, de son BlackBerry, pour renouer avec le plaisir charnel, la communication en coprésence, les mouvements de paupières qui en disent long et les rires qui se développent entre le plat principal et le dessert: la proposition foncièrement naturelle sonne paradoxalement très progressiste à l'heure où la technologie cherche à s'immiscer dans tous les recoins de l'existence. Et, en 2011, cette quête du contact humain, tout comme la mise à l'écart de son iPhone, de son iPad et de son jeu en réseau, pourrait même devenir une valeur à la hausse.
C'est en tout cas ce que laisse croire la récente annonce faite par John Lilly, ancien boss de Mozilla, la compagnie qui a mis au monde le fureteur Firefox, sur son blogue au début de l'année. On s'en doute, l'homme, pur produit de son époque, a le réel entre deux chaises: le matériel et l'immatériel des réseaux qui ont fait sa fortune et qui désormais, dit-il, sont en train de lui nuire.
Il va donc mettre un terme à une partie de son existence en ligne, rompre avec son Google Reader, son Facebook et son Twitter, a-t-il expliqué, pour reprendre le contrôle de sa vie et «le temps de penser». Pas de doute, il y a quelque chose qui est en train de changer dans la Silicon Valley.
«Je veux prendre du temps pour être plus créatif, pour penser plus grand et avoir des idées plus originales», expose-t-il en ajoutant être très excité à l'idée de commencer l'année en ralentissant la cadence pour essayer de «penser plus à long terme». Comme on dit dans les bas-fonds de Los Angeles: Respect!
La semaine dernière, The New York Times posait la question à ses lecteurs: «Qui est le patron, vous ou vos gadgets?», avant de se lancer dans une autopsie en règle des dysfonctions sociales alimentées par toutes les «bébelles» électroniques qui, avec le sourire et la perspective d'un avenir meilleur et plus efficace, cherchent à entrer dans notre quotidien. Avec, en prime, la dure réalité: «Aujourd'hui, il est facile de voir que le monde du travail est entré dans la maison et inversement, et ce déplacement de frontières va être difficile à corriger, résume Lee Rainie, responsable de l'Internet and American Life Project mené par le Pew Research Center, en ajoutant: «Les nouveaux équipements sont vraiment en train d'accélérer la tendance.»
Ce cousin mettant à jour son profil Facebook à table, le dimanche soir en famille; ce couple au lit accroché à leur iPad respectif; cette amie incapable de tenir le fil de la conversation en cours parce que son téléphone sonne sans cesse et qu'elle répond aux textos qu'on lui envoie... confirment en choeur ce phénomène irréversible que plusieurs rêvent aujourd'hui de révoquer. Un peu. Comme cette Peggy Klaus, de Berkeley, citée par le quotidien new-yorkais et qui a récemment informé ses collègues de sa nouvelle hygiène de vie: à l'avenir, elle va se débrancher «quelques heures» les soirs de semaine, tout comme la fin de semaine, mais aussi être complètement hors réseau «certains vendredis soir», explique-t-elle.
Devant l'intrusion et la difficulté de s'en sortir, on ne peut que souhaiter à cette Peggy-là de croiser un jour la traduction du bouquin Trop vite! (Albin Michel), dernier essai percutant de Jean-Louis Sevran-Schreiber sur le court-termisme, un mal très contemporain et en pleine progression, la faute au téléphone intelligent dans votre poche.
Le penseur n'y va pas par quatre chemins. À trop vouloir accélérer nos échanges, en pensant être du coup plus efficace et plus performant, les gens se retrouvent désormais prisonniers d'une voiture qui file à vive allure en pleine nuit, avec comme seule source de lumière pour envisager son avenir les phares, dont l'efficacité se diminue physiquement avec l'augmentation de la vitesse.
Une perspective pour le moins angoissante qui mérite effectivement qu'on s'arrête de temps en temps autour d'une bouffe, au bord d'un lac, après une journée normale de travail, le samedi et le dimanche, pour y penser un peu. Pour commencer.
***
Vous pouvez (malgré tout) suivre notre journaliste sur Twitter: http://twitter.com/FabienDeglise.
L'idée a déjà rejoint plus de 1700 personnes sur une page Facebook, relate le quotidien Libération dans sa section numérique. Sur appel et par petits groupes de quatre, ces internautes se forcent désormais à se débrancher de leurs nouveaux outils de communication et de l'isolement potentiel qui vient avec, le temps d'un repas partagé avec d'autres humains, aussi perdus qu'eux, dans un restaurant gastronomique de la capitale. En personne. L'activité dure deux heures en moyenne et tend à s'étendre à d'autres villes d'Europe, poursuit Libé.
Se distancer de son réseau d'accès à Internet sans fil, de son Twitter, de son Facebook, de son BlackBerry, pour renouer avec le plaisir charnel, la communication en coprésence, les mouvements de paupières qui en disent long et les rires qui se développent entre le plat principal et le dessert: la proposition foncièrement naturelle sonne paradoxalement très progressiste à l'heure où la technologie cherche à s'immiscer dans tous les recoins de l'existence. Et, en 2011, cette quête du contact humain, tout comme la mise à l'écart de son iPhone, de son iPad et de son jeu en réseau, pourrait même devenir une valeur à la hausse.
C'est en tout cas ce que laisse croire la récente annonce faite par John Lilly, ancien boss de Mozilla, la compagnie qui a mis au monde le fureteur Firefox, sur son blogue au début de l'année. On s'en doute, l'homme, pur produit de son époque, a le réel entre deux chaises: le matériel et l'immatériel des réseaux qui ont fait sa fortune et qui désormais, dit-il, sont en train de lui nuire.
Il va donc mettre un terme à une partie de son existence en ligne, rompre avec son Google Reader, son Facebook et son Twitter, a-t-il expliqué, pour reprendre le contrôle de sa vie et «le temps de penser». Pas de doute, il y a quelque chose qui est en train de changer dans la Silicon Valley.
«Je veux prendre du temps pour être plus créatif, pour penser plus grand et avoir des idées plus originales», expose-t-il en ajoutant être très excité à l'idée de commencer l'année en ralentissant la cadence pour essayer de «penser plus à long terme». Comme on dit dans les bas-fonds de Los Angeles: Respect!
La semaine dernière, The New York Times posait la question à ses lecteurs: «Qui est le patron, vous ou vos gadgets?», avant de se lancer dans une autopsie en règle des dysfonctions sociales alimentées par toutes les «bébelles» électroniques qui, avec le sourire et la perspective d'un avenir meilleur et plus efficace, cherchent à entrer dans notre quotidien. Avec, en prime, la dure réalité: «Aujourd'hui, il est facile de voir que le monde du travail est entré dans la maison et inversement, et ce déplacement de frontières va être difficile à corriger, résume Lee Rainie, responsable de l'Internet and American Life Project mené par le Pew Research Center, en ajoutant: «Les nouveaux équipements sont vraiment en train d'accélérer la tendance.»
Ce cousin mettant à jour son profil Facebook à table, le dimanche soir en famille; ce couple au lit accroché à leur iPad respectif; cette amie incapable de tenir le fil de la conversation en cours parce que son téléphone sonne sans cesse et qu'elle répond aux textos qu'on lui envoie... confirment en choeur ce phénomène irréversible que plusieurs rêvent aujourd'hui de révoquer. Un peu. Comme cette Peggy Klaus, de Berkeley, citée par le quotidien new-yorkais et qui a récemment informé ses collègues de sa nouvelle hygiène de vie: à l'avenir, elle va se débrancher «quelques heures» les soirs de semaine, tout comme la fin de semaine, mais aussi être complètement hors réseau «certains vendredis soir», explique-t-elle.
Devant l'intrusion et la difficulté de s'en sortir, on ne peut que souhaiter à cette Peggy-là de croiser un jour la traduction du bouquin Trop vite! (Albin Michel), dernier essai percutant de Jean-Louis Sevran-Schreiber sur le court-termisme, un mal très contemporain et en pleine progression, la faute au téléphone intelligent dans votre poche.
Le penseur n'y va pas par quatre chemins. À trop vouloir accélérer nos échanges, en pensant être du coup plus efficace et plus performant, les gens se retrouvent désormais prisonniers d'une voiture qui file à vive allure en pleine nuit, avec comme seule source de lumière pour envisager son avenir les phares, dont l'efficacité se diminue physiquement avec l'augmentation de la vitesse.
Une perspective pour le moins angoissante qui mérite effectivement qu'on s'arrête de temps en temps autour d'une bouffe, au bord d'un lac, après une journée normale de travail, le samedi et le dimanche, pour y penser un peu. Pour commencer.
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