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Technologie: Un modèle multimédia à revoir

Un ménage s'impose, mais il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain

Alors que le gouvernement Charest se prépare à revoir le modèle québécois, ne serait-il pas temps que l'industrie québécoise du multimédia fasse le même examen en effectuant un retour en arrière sur les événements des derniers mois et en prenant conscience des grands enjeux économiques, technologiques et sociologiques auxquels elle sera confrontée au cours des prochaines années.

Car selon toute vraisemblance, il semble pour ainsi dire acquis que le gouvernement libéral sabrera dans les programmes de crédits d'impôts en plus de faire le grand ménage à la SGF et chez Investissements Québec. Cependant, doit-il jeter le bébé avec l'eau du bain et faire table rase de tous les programmes en place? Surtout pas, car ce serait une erreur monumentale.

Certains programmes de crédits d'impôts remboursables, particulièrement ceux donnés à la production de titres multimédias ainsi que ceux accordés à la recherche et au développement ont malgré tout aidé à créer de nouveaux emplois en plus de permettre à plusieurs entreprises de développer une expertise technologique.

D'autres toutefois sont une véritable catastrophe. Tout a été dit sur les programmes Cité Multimédia et Cité du commerce électronique alors que de toute part, on s'élève pour déplorer ces projets immobiliers (quelqu'un doute encore que ce n'en sont pas?) qui n'ont créé ni nouveaux emplois, ni cette synergie si chère au gouvernement précédent. Les seuls à en avoir profité sont sans doute les compagnies de déménagement.

Le ménage

Bref, il est grand temps de faire le ménage. Il est clair que les programmes de crédits d'impôts Cité Multimédia et Cité du Commerce électronique doivent être abolis. Toutefois, avant de sabrer dans les autres programmes, l'industrie et le gouvernement doivent ensemble, revoir leur application.

Car on peut s'interroger sur la pertinence de voir un IBM ou un CGI profiter de ces programmes. De même, il faudra aussi revoir les modalités d'application et s'assurer que les crédits d'impôts sont véritablement utilisés pour ce à quoi ils sont prévus. On ne se leurrera pas, certaines sociétés ont abusé du laxisme du système.

Et il existe en plus, d'autres solutions beaucoup plus efficaces que les crédits d'impôts pour aider des entreprises. Une de celles-ci s'appelle «Acheter Québec». Alors que le nombre de produits de qualité en e-learning se multiplient, que certains producteurs de contenus en ligne investissent temps, argent et recherche dans la production de contenus en ligne de qualité, que des entreprises d'ici développent des solutions d'affaires électroniques respectant les normes, le gouvernement Charest devrait affirmer qu'il croit en cette industrie en achetant tout simplement, localement.

Ce n'est aucunement de la charité, juste du gros bon sens. Nombre d'hommes d'affaires seraient prêts à laisser tomber ces fameux programmes de crédits d'impôts s'ils savaient que leurs produits avaient une chance d'être acquis à un prix juste et équitable. Et de plus, en achetant des produits développés ici, on stimule véritablement la création d'emplois, sans qu'il soit nécessaire de recourir aux programmes ci-dessus mentionnés.

Ais-je aussi besoin de dire qu'un bilan financier présentant de véritables ventes de produits et de solutions est beaucoup plus intéressant pour des banquiers et des investisseurs qu'un bilan composé essentiellement de revenus provenant de crédits d'impôts.

Les petites firmes

Monsieur Charest, on ne se forge pas une vision « nouvelles technologies » et gouvernement en ligne progressiste en faisant quelques voyages chez Cisco Systems et en donnant tous les gros contrats à CGI. L'industrie québécoise du multimédia, c'est beaucoup plus que quelques grosses sociétés, et le multimédia, c'est beaucoup plus que des jeux et des images qui tournent.

Il existe moult petites firmes qui développent en ce moment des produits et des solutions innovatrices. En recentrant les programmes de crédits d'impôts, en s'assurant qu'ils sont utilisés à bon escient et en encourageant l'industrie d'ici, vous aiderez à stimuler une entreprise qui a encore besoin de ce petit coup main pour s'imposer sur les marchés mondiaux.

Il suffit de s'asseoir avec les représentants de cette industrie, les hommes d'affaires qui l'ont mis au monde, pour revoir le modèle multimédia québécois. Ceux-ci n'attendent qu'un geste de bonne volonté de votre part.

***

Des associations vraiment autonomes

Alliance numériQC, Fédération internationale des associations de multimédia (FIAM), Fédération informatique du Québec (FIQ), Réseau InterLogiq, on ne peut pas dire que l'industrie des nouvelles technologies et de l'informatique au Québec manque d'associations.

Or, si le gouvernement a à s'asseoir à une table avec des représentants de l'industrie pour revoir les dispositions des programmes de crédits d'impôts, avec qui doit-il discuter?

Passons par-dessus la FIAM, une association dont nombre de personnes n'ont jamais entendu parler, dont personne n'entend parler et dont le mandat, outre de faire voyager plein de petits Hervé à travers le monde, est plutôt flou.

S'unir?

Reste les autres associations, qui représentent chacune un segment du marché des industries de nouvelles technologies au Québec. A-t-on vraiment besoin de toutes ces associations? La logique ne voudrait-elle pas que celles-ci s'unissent pour présenter un front commun de toutes les branches de l'industrie des nouvelles technologies au Québec, quitte à créer pour des marchés spécifiques, des groupes d'intérêts. L'Alliance numériCQ est elle-même la résultante d'une fusion entre trois associations.

D'autant plus que plusieurs de ces associations reçoivent en partie des subventions gouvernementales. Vous avez bien lu, des groupes de pression qui agissent au niveau de gouvernement reçoivent des subventions, dont de l'argent public, de ce même gouvernement. Il en est de même d'ailleurs pour de nombreuses associations dont les intérêts ne sont pas les nouvelles technologies. Pas étonnant que plusieurs entrepreneurs reprochent à ces associations de ne pas les représenter correctement. Après tout, on ne mord pas la main qui nous nourrit.

Mais en même temps, il est difficile aussi de ne pas reprocher à ces hommes d'affaires qui critiquent de ne pas s'impliquer. Pour que l'industrie parle d'une voix forte, elle a besoin que tous ses membres s'impliquent. Et s'impliquer veut dire, à l'occasion, sortir son carnet de chèques.

Il est donc grand temps que ces associations volent de leurs propres ailes, qu'elles puissent attirer les hommes et les femmes d'affaires de cette industrie et les représentant activement auprès des autorités. Ce ne sont pas des tournois de golf ou des soirées «tapes dans le dos» qui feront avancer la cause de cette industrie. Mais si ces associations ne parviennent pas à survivre juste avec les revenus provenant de leurs membres, alors ceux-ci n'auront qu'eux-mêmes à blâmer.

mdumais@ledevoir.com
 
 
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