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    Quand une chanson nous obsède...

    Au premier rang du palmarès des vers d’oreille, on retrouve la très entraînante Ça fait rire les oiseaux de La Compagnie créole.
    Photo: Agence France-Presse (photo) Au premier rang du palmarès des vers d’oreille, on retrouve la très entraînante Ça fait rire les oiseaux de La Compagnie créole.
    Qui n'a jamais été atteint du ver d'oreille, cette mélodie que l'on fredonne ad nauseam dans sa tête sans pouvoir s'arrêter? Qu'il s'agisse du dernier tube pop, d'une chanson de son enfance ou du motif d'ouverture d'une symphonie classique, la mélodie devient obsédante et empêche même certaines personnes de dormir. Des chercheuses de l'Université de Montréal ont étudié ce phénomène qui ouvre une fenêtre sur les processus de la mémoire musicale et sur les comportements obsessifs.

    Pour connaître les circonstances dans lesquelles surviennent les vers d'oreille, la doctorante Andréanne McNally-Gagnon ainsi que sa directrice de thèse, Sylvie Hébert, et codirectrice, Isabelle Peretz, toutes deux du laboratoire BRAMS (Laboratoire international de recherche sur le cerveau, la musique et le son), ont demandé à 18 musiciens et 18 non-musiciens de fredonner et d'enregistrer les ritournelles qu'ils répétaient dans leur tête au cours de la journée et de noter le contexte ainsi que l'état émotif dans lequel ils se trouvaient avant et après le phénomène. Les 36 participants de l'étude expérimentaient le phénomène au moins une fois par jour, voire toutes les heures, et chez deux d'entre eux, il était omniprésent. «Ces deux personnes entendent une musique de fond en permanence», précise Sylvie Hébert, professeure à l'École d'orthophonie et d'audiologie.

    Les résultats de l'étude ont montré que les musiciens n'étaient pas plus enclins à cette manie que les non-musiciens, sauf que les extraits fredonnés étaient plus longs, souligne Andréanne McNally-Gagnon. Chez tous les participants, les chansons obsédantes apparaissaient à des moments où la personne s'adonnait à une activité requérant peu de concentration, comme une tâche ménagère ou la marche. La plupart des participants ont affirmé se sentir d'humeur plutôt positive avant d'être envahis par la lancinante mélopée, alors que d'autres ressentaient des émotions ambiguës (mélange de positives et de négatives). Après avoir poussé la chansonnette dans sa tête, «les émotions positives étaient davantage présentes, ou du moins une certaine neutralité émotive s'était installée, comme si le ver d'oreille avait induit une sorte de régulation émotionnelle», explique la jeune chercheuse.

    Quand elles ont voulu déterminer si certaines formes musicales étaient plus propices au déclenchement des vers d'oreille, les chercheuses ont réalisé que les mélodies chantonnées dépendaient en grande partie de la culture musicale de chaque personne. Les musiciens, qui étaient pour la plupart des étudiants de la Faculté de musique de l'université, se répétaient inlassablement des phrases musicales — du répertoire classique — beaucoup plus complexes que les non-musiciens, qui fredonnaient surtout des tubes de la musique populaire, particulièrement des «chansons joyeuses, simples, généralement faciles à mémoriser». «La caractéristique principale des mélodies qui se transforment en ver d'oreille est le fait de les avoir entendues très souvent, soit récemment ou au cours d'une autre période de sa vie», ajoute Andréanne McNally-Gagnon qui, à la suite d'une enquête sur Internet, a dressé un palmarès des chansons considérées comme les plus obsédantes par les francophones. Ainsi, au premier rang de ce palmarès est apparue la très entraînante Ça fait rire les oiseaux de La Compagnie créole, suivie par I Will Survive (Gloria Gaynor), qui est talonnée de près par Live is Life (Opus) et Singing in the Rain (Gene Kelly). Rien de surprenant non plus à ce que la comptine Moi j'connais une chanson... pour écoeurer les gens figure dans le peloton de tête, en sixième position! Des classiques comme Hey Jude des Beatles, La Danse des canards, Ella, elle l'a (Michel Berger, popularisée par France Gall, Kate Ryan), des chansons de Noël telles que La Promenade en traîneau et Vive le vent, de même que Coeur de Loup (Philippe Fontaine) et Manamana (The Muppets) font aussi partie du Top 25, qui risque de vous contaminer si vous le consultez sur le site Internet du BRAMS.

    Par ailleurs, l'analyse des enregistrements effectués par les participants a révélé que les chansons fredonnées étaient très proches de la version originale, autant au niveau de la tonalité que du tempo. L'interprétation faite par les musiciens était un peu plus fidèle à la chanson d'origine que celle des non-musiciens précise la doctorante, qui fait remarquer que «cette observation signifie que nous possédons une mémoire absolue de ce que nous entendons».

    Les trois chercheuses espèrent maintenant voir quelles zones particulières du cerveau sont activées lorsque des personnes sont aux prises avec un ver d'oreille. Pour ce faire, elles prévoient de les introduire dans un appareil d'imagerie cérébrale par résonance magnétique fonctionnelle au moment où retentira dans leur tête l'obsédante chansonnette.

    Andréanne McNally-Gagnon tentera aussi de voir s'il existe des liens entre la fréquence du phénomène et certains traits de personnalité, car à première vue le phénomène répétitif et involontaire des vers d'oreille s'apparente dans sa forme extrême au trouble obsessionnel compulsif, avance Sylvie Hébert, tout en précisant que cette hypothèse est tout à fait spéculative.












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