Technologie: Un Linux 100 % Québec
C'était cette semaine le lancement d'ÉduLinux, la première distribution Linux commerciale 100 % Québec. Conçue par trois passionnés de l'Université de Sherbrooke, ce petit bijou est la première vraie distribution adaptée au contexte linguistique québécois et un jalon important dans la reconnaissance du logiciel libre au Québec. Champagne!
La rumeur circulait depuis de nombreux mois déjà, à savoir qu'une distribution Linux adaptée au contexte culturel et linguistique québécois serait en préparation. On disait même que cette distribution, inspirée par Linux Mandrake, aurait l'imprimatur d'une prestigieuse université et qu'elle serait développée en tenant compte des besoins propres des étudiants de tous âges. À compter de demain, cette distribution attendue par de nombreux aficionados du logiciel libre sera disponible sur le site d'ÉduLinux. Le rêve de trois utilisateurs convaincus des vertus du logiciel libre, une philosophie qui a réussi à faire trembler le géant Microsoft, sera maintenant bien réel.
Le meilleur de Linux
Et, malgré son nom, ÉduLinux est beaucoup plus qu'une simple distribution conçue pour le monde de l'éducation. Reprenant le meilleur de Linux Mandrake, ÉduLinux est une distribution qui peut-être utilisée par tous, sans distinction. ÉduLinux intègre tout autant des puissantes applications de bureautique que des progiciels serveurs. Bref, ÉduLinux est tout, sauf une distribution bridée.
Derrière ÉduLinux, se cache une institution, l'Université de Sherbrooke, qui a cru au projet, et trois passionnés qui n'ont pas lésiné sur les heures pour réaliser cette première distribution à saveur de sirop d'érable. Richard Marceau, doyen de la faculté de génie de l'Université de Sherbrooke, Benoît de Lingeris, étudiant au doctorat en physique et ancien président et actuel vice-président du Groupe d'utilisateurs de Linux à l'Université de Sherbrooke (GULUS), de même que Jean-Michel Dault, représentant de MandrakeSoft au Québec, ont tous mis la main à la pâte pour concrétiser un projet sur lequel ceux-ci ont mis plusieurs mois de travail. En effet, cette version finale d'ÉduLinux est en réalité la quatrième mouture sur laquelle ils ont planché.
Plus qu'une simple distribution
Car selon Richard Marceau, «nous étions conscients qu'une demande existait pour une distribution Linux adaptée au contexte québécois. Nous avons pris le temps de la concevoir, en testant et en retestant la meilleure distribution possible. Dès le départ, ÉduLinux s'installe avec un clavier canadien français, les dictionnaires français sont maintenant bien présents dans la version d'OpenOffice, le format de papier par défaut est désormais le 8 1/2 par 11 et non pas le A4 européen et toutes les applications sont dans la langue de Molière».
Les trois l'affirment de concert, «ÉduLinux est plus qu'une simple distribution. C'est pour nous une façon d'aider à abaisser les coûts importants reliés à l'informatique, de permettre à tous d'être en légalité et surtout, de permettre à tous les Québécois d'avoir le choix, le choix de décider et d'avoir les moyens d'utiliser la technologie».
Les quatre cédéroms de la distribution ÉduLinux, outre les applications de bureautique, contiennent tout ce qu'il faut pour rédiger, calculer, stocker, se souvenir, jouer, étudier et apprendre... en français.
Et n'oubliez pas, ÉduLinux étant OpenSource, ce produit appartient à tous. Et, maintenant que le produit est enfin disponible, ses trois concepteurs veulent qu'il vive, qu'il soit repris et amélioré par la communauté québécoise.
Pour Clément Laberge, un observateur de la scène de l'éducation, l'arrivée d'ÉduLinux tombe à point: «Il est intéressant de constater que les valeurs sous-jacentes au logiciel libre sont les mêmes que cherche à promouvoir la future réforme de l'éducation, c'est à dire la collaboration et le travail par projet en communauté. Il y a donc une cohérence ici. Pour les commissions scolaires, avec l'arrivée d'ÉduLinux, ce sera l'heure des choix. Vaut-il mieux dépenser pratiquement tous ses budgets dans l'acquisition de progiciels propriétaires dispendieux ou encore investir mieux, pour moins cher, et engager plutôt l'argent économisé dans la formation et les contenus éducatifs.»
Nous reparlerons au cours des prochaines semaines de cette distribution Linux, car tout n'a pas été dit, faute d'espace. J'ose croire que ses trois auteurs me pardonneront de ne pas avoir pu livrer toute leur réflexion sur ÉduLinux.
***
Peu d'enjeux technologiques
Contrairement à ce que l'on pourrait croire, il y a peu d'enjeux technologiques reliés à la sortie de cette distribution Linux. Tout comme les dernières versions de Windows, Linux est stable, en plus d'être maintenant plus simple d'utilisation et facile à installer. Il est cependant plus sécuritaire (même si certains trous de sécurité perturbent aussi le logiciel libre), et surtout, beaucoup mieux armé pour faire face aux virus, vers et autres saloperies qui affectent l'univers de l'Oncle Bill. Cependant, les enjeux économiques et sociaux sont beaucoup plus importants.
Primo, Linux est gratuit. Il l'est et le restera pour toujours, à cause de sa licence d'utilisation GPL, tout comme une grande majorité des logiciels à code source libre. Dans un contexte budgétaire difficile, il sera maintenant beaucoup plus ardu pour les institutions du savoir de ne pas considérer le Pingouin.
Secundo, Linux n'est plus une technologie réservée à quelques «geeks» égarés sur la planète Terre. Linux est maintenant le choix de nombreuses administrations publiques, la dernière en liste à avoir choisi de se convertir au libre étant la Ville de Munich en Allemagne.
C'est ainsi que plus de 14 000 postes de travail bavarois se rallieront au mouvement du logiciel libre, et ce, malgré l'intervention personnelle du président de Microsoft, Steve Ballmer, et la promesse récente de ses dirigeants que Linux ne passerait plus. Quitte à donner ses progiciels. Et pourtant, malgré tout, le libre continue à gagner du terrain en France, aux Indes, au Chili, en Afrique du Sud et un peu partout dans le monde. Par choix.
Tertio, Linux est un choix des plus intéressants pour les administrations publiques et les institutions du savoir parce que la quasi totalité des progiciels OpenSource proclament leur adhésion aux normes libres. Terminé le temps où une administration était soumise aux diktats d'une société et l'utilisation de ses données liées à l'usage d'un seul logiciel dont les conditions d'utilisation pouvaient varier selon les désirs de son éditeur. La nouvelle «License d'utilisation 6.0» de Microsoft a irrité au plus haut point de nombreux responsables de parcs informatiques.
Linux permet aussi à la société entière d'être légale et respectueuse de ses propres lois sur le droit d'utilisation d'un progiciel. Ne nous leurrons pas, l'adoption et la quasi-standardisation de la suite bureautique MS Office dans les administrations publiques, les institutions du savoir et les sociétés privées a été un incitatif au piratage dans nos chaumières.
Avec la mise en marché d'une distribution Linux qui respecte le contexte culturel et linguistique de notre province, le gouvernement en place a la chance de pouvoir réaliser plusieurs de ces objectifs. Des objectifs économiques, en réduisant et même, en éliminant le coût d'acquisition de logiciels. Des objectifs d'innovation, une pierre angulaire de son programme, en étant parmi les premières administrations en Amérique du Nord à encourager l'utilisation du logiciel libre. Des objectifs sociaux aussi, en permettant à tous d'avoir accès à la technologie sans devoir hypothéquer son budget ou, encore, sans inciter à la piraterie.
Reste maintenant à savoir maintenant si notre société est prête à examiner ces nouvelles options qui nous permettent enfin d'avoir le choix, ou si nous devons encore nous contenter de cette attitude de porteur d'eau?
mdumais@ledevoir.com
La rumeur circulait depuis de nombreux mois déjà, à savoir qu'une distribution Linux adaptée au contexte culturel et linguistique québécois serait en préparation. On disait même que cette distribution, inspirée par Linux Mandrake, aurait l'imprimatur d'une prestigieuse université et qu'elle serait développée en tenant compte des besoins propres des étudiants de tous âges. À compter de demain, cette distribution attendue par de nombreux aficionados du logiciel libre sera disponible sur le site d'ÉduLinux. Le rêve de trois utilisateurs convaincus des vertus du logiciel libre, une philosophie qui a réussi à faire trembler le géant Microsoft, sera maintenant bien réel.
Le meilleur de Linux
Et, malgré son nom, ÉduLinux est beaucoup plus qu'une simple distribution conçue pour le monde de l'éducation. Reprenant le meilleur de Linux Mandrake, ÉduLinux est une distribution qui peut-être utilisée par tous, sans distinction. ÉduLinux intègre tout autant des puissantes applications de bureautique que des progiciels serveurs. Bref, ÉduLinux est tout, sauf une distribution bridée.
Derrière ÉduLinux, se cache une institution, l'Université de Sherbrooke, qui a cru au projet, et trois passionnés qui n'ont pas lésiné sur les heures pour réaliser cette première distribution à saveur de sirop d'érable. Richard Marceau, doyen de la faculté de génie de l'Université de Sherbrooke, Benoît de Lingeris, étudiant au doctorat en physique et ancien président et actuel vice-président du Groupe d'utilisateurs de Linux à l'Université de Sherbrooke (GULUS), de même que Jean-Michel Dault, représentant de MandrakeSoft au Québec, ont tous mis la main à la pâte pour concrétiser un projet sur lequel ceux-ci ont mis plusieurs mois de travail. En effet, cette version finale d'ÉduLinux est en réalité la quatrième mouture sur laquelle ils ont planché.
Plus qu'une simple distribution
Car selon Richard Marceau, «nous étions conscients qu'une demande existait pour une distribution Linux adaptée au contexte québécois. Nous avons pris le temps de la concevoir, en testant et en retestant la meilleure distribution possible. Dès le départ, ÉduLinux s'installe avec un clavier canadien français, les dictionnaires français sont maintenant bien présents dans la version d'OpenOffice, le format de papier par défaut est désormais le 8 1/2 par 11 et non pas le A4 européen et toutes les applications sont dans la langue de Molière».
Les trois l'affirment de concert, «ÉduLinux est plus qu'une simple distribution. C'est pour nous une façon d'aider à abaisser les coûts importants reliés à l'informatique, de permettre à tous d'être en légalité et surtout, de permettre à tous les Québécois d'avoir le choix, le choix de décider et d'avoir les moyens d'utiliser la technologie».
Les quatre cédéroms de la distribution ÉduLinux, outre les applications de bureautique, contiennent tout ce qu'il faut pour rédiger, calculer, stocker, se souvenir, jouer, étudier et apprendre... en français.
Et n'oubliez pas, ÉduLinux étant OpenSource, ce produit appartient à tous. Et, maintenant que le produit est enfin disponible, ses trois concepteurs veulent qu'il vive, qu'il soit repris et amélioré par la communauté québécoise.
Pour Clément Laberge, un observateur de la scène de l'éducation, l'arrivée d'ÉduLinux tombe à point: «Il est intéressant de constater que les valeurs sous-jacentes au logiciel libre sont les mêmes que cherche à promouvoir la future réforme de l'éducation, c'est à dire la collaboration et le travail par projet en communauté. Il y a donc une cohérence ici. Pour les commissions scolaires, avec l'arrivée d'ÉduLinux, ce sera l'heure des choix. Vaut-il mieux dépenser pratiquement tous ses budgets dans l'acquisition de progiciels propriétaires dispendieux ou encore investir mieux, pour moins cher, et engager plutôt l'argent économisé dans la formation et les contenus éducatifs.»
Nous reparlerons au cours des prochaines semaines de cette distribution Linux, car tout n'a pas été dit, faute d'espace. J'ose croire que ses trois auteurs me pardonneront de ne pas avoir pu livrer toute leur réflexion sur ÉduLinux.
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Peu d'enjeux technologiques
Contrairement à ce que l'on pourrait croire, il y a peu d'enjeux technologiques reliés à la sortie de cette distribution Linux. Tout comme les dernières versions de Windows, Linux est stable, en plus d'être maintenant plus simple d'utilisation et facile à installer. Il est cependant plus sécuritaire (même si certains trous de sécurité perturbent aussi le logiciel libre), et surtout, beaucoup mieux armé pour faire face aux virus, vers et autres saloperies qui affectent l'univers de l'Oncle Bill. Cependant, les enjeux économiques et sociaux sont beaucoup plus importants.
Primo, Linux est gratuit. Il l'est et le restera pour toujours, à cause de sa licence d'utilisation GPL, tout comme une grande majorité des logiciels à code source libre. Dans un contexte budgétaire difficile, il sera maintenant beaucoup plus ardu pour les institutions du savoir de ne pas considérer le Pingouin.
Secundo, Linux n'est plus une technologie réservée à quelques «geeks» égarés sur la planète Terre. Linux est maintenant le choix de nombreuses administrations publiques, la dernière en liste à avoir choisi de se convertir au libre étant la Ville de Munich en Allemagne.
C'est ainsi que plus de 14 000 postes de travail bavarois se rallieront au mouvement du logiciel libre, et ce, malgré l'intervention personnelle du président de Microsoft, Steve Ballmer, et la promesse récente de ses dirigeants que Linux ne passerait plus. Quitte à donner ses progiciels. Et pourtant, malgré tout, le libre continue à gagner du terrain en France, aux Indes, au Chili, en Afrique du Sud et un peu partout dans le monde. Par choix.
Tertio, Linux est un choix des plus intéressants pour les administrations publiques et les institutions du savoir parce que la quasi totalité des progiciels OpenSource proclament leur adhésion aux normes libres. Terminé le temps où une administration était soumise aux diktats d'une société et l'utilisation de ses données liées à l'usage d'un seul logiciel dont les conditions d'utilisation pouvaient varier selon les désirs de son éditeur. La nouvelle «License d'utilisation 6.0» de Microsoft a irrité au plus haut point de nombreux responsables de parcs informatiques.
Linux permet aussi à la société entière d'être légale et respectueuse de ses propres lois sur le droit d'utilisation d'un progiciel. Ne nous leurrons pas, l'adoption et la quasi-standardisation de la suite bureautique MS Office dans les administrations publiques, les institutions du savoir et les sociétés privées a été un incitatif au piratage dans nos chaumières.
Avec la mise en marché d'une distribution Linux qui respecte le contexte culturel et linguistique de notre province, le gouvernement en place a la chance de pouvoir réaliser plusieurs de ces objectifs. Des objectifs économiques, en réduisant et même, en éliminant le coût d'acquisition de logiciels. Des objectifs d'innovation, une pierre angulaire de son programme, en étant parmi les premières administrations en Amérique du Nord à encourager l'utilisation du logiciel libre. Des objectifs sociaux aussi, en permettant à tous d'avoir accès à la technologie sans devoir hypothéquer son budget ou, encore, sans inciter à la piraterie.
Reste maintenant à savoir maintenant si notre société est prête à examiner ces nouvelles options qui nous permettent enfin d'avoir le choix, ou si nous devons encore nous contenter de cette attitude de porteur d'eau?
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