Médias - Internet pour tous, avant l'iPad
Photo : Pedro Ruiz - Le Devoir
L’accès à Internet est-il un service essentiel?
Tous les médias sont bien excités par l'arrivée du iPad. Mais si certains Québécois sont prêts à se précipiter sur les dernières innovations technologiques, d'autres ont toutes les difficultés du monde à se brancher sur Internet, tout bêtement.
Jeudi dernier, la Fédération québécoise des municipalités (FQM) reprochait à Ottawa de ne pas avoir rempli sa promesse de 225 millions pour brancher les régions rurales à Internet haute vitesse.
Cette promesse avait été faite en juillet dernier dans le cadre du plan de relance économique du premier ministre Harper. Selon les calculs de la FQM, 60 des 225 millions prévus dans ce plan canadien devraient revenir aux municipalités québécoises.
Vieux problème
L'accès universel à Internet sur le territoire est un vieux problème, particulièrement dans les régions éloignées et les secteurs ruraux. Lors de sa grande tournée québécoise au printemps 2008, le Conseil de presse du Québec avait constaté que plusieurs citoyens hors des grands centres se plaignaient de ne pas avoir accès à la haute vitesse, sinon à Internet tout court.
Le groupe de travail sur le journalisme et l'avenir de l'information au Québec, récemment créé par la ministre Christine St-Pierre et présidé par Dominique Payette, a fait de cette question un de ses enjeux. Sur son site Web, le groupe soutient que près de 800 000 Québécois n'ont pas accès à Internet haute vitesse.
Quels sont les secteurs du territoire les plus mal desservis? Le groupe doit justement brosser un état de la situation.
En 2008, le président de la Fédération québécoise des municipalités, Bernard Généreux, avait déclaré au Conseil de presse que de 400 à 660 municipalités rurales n'avaient pas accès à Internet haute vitesse.
La semaine dernière, le même Bernard Généreux déclarait, selon une dépêche de la Presse canadienne, que 40 municipalités n'ont aucun accès Internet (ce qui peut paraître incroyable aux branchés urbains!) et que 250 autres sont «partiellement ou mal desservies».
Pas de plan structuré
De telles données mettent en lumière les lacunes, voire l'inexistence, d'un plan structuré d'accès à Internet au Québec et au Canada.
En octobre dernier, le gouvernement français a lancé un grand plan de développement de l'économie numérique, «France numérique 2012», dont un des premiers objectifs consiste à garantir un accès universel aux réseaux numériques et même à développer le «très haut débit» pour 4 millions de foyers, dès 2012.
À la mi-mars, la Federal Communication Commission (le CRTC américain) présentait au Congrès américain un plan ambitieux qui prévoit brancher 100 millions de foyers américains à un service à très haute vitesse, à coût abordable, d'ici dix ans.
La FCC constate d'ailleurs que 93 millions d'Américains perdent régulièrement leur service Internet à la maison et que 14 millions n'y ont même pas accès. En ce qui concerne la haute vitesse, les États-Unis sont à la traîne derrière plusieurs pays d'Asie et d'Europe.
Une étude du Public Policy Institute of California soutient que le branchement d'une région non desservie par Internet haute vitesse permet d'augmenter de 6,4 % le taux de croissance de l'emploi. Lors de l'annonce du plan américain il y a trois semaines, le patron de Google déclarait d'ailleurs que le retard américain en matière de haute vitesse «est un poids mort pour l'économie et les travailleurs».
Service essentiel ?
Et chez nous? Le groupe de travail de Dominique Payette constate que le dernier plan numérique au Québec, la Politique québécoise de l'autoroute de l'information, remonte à 1998 et qu'il n'existe aucun plan à l'échelle du Canada...
On peut prendre toute cette question sous un autre angle: Internet devrait-il être considéré comme un service essentiel? Bernard Généreux, de la FQM, affirme qu'Internet est devenu «un service pratiquement aussi essentiel que l'électricité».
Internet devrait-il être un droit reconnu dans les chartes? En tout cas, la BBC diffusait au début mars une enquête qu'elle a commandée auprès de 28 000 personnes dans 26 pays. Résultat: 79 % des répondants croient qu'Internet devrait être «un droit fondamental pour tous».
Chez les répondants canadiens de cette enquête, 46 % se disent «tout à fait d'accord» avec l'assertion qu'Internet est un droit fondamental, et 31 % sont «plutôt d'accord» (aux États-Unis, les réponses sont respectivement de 51 et 25 %). Bref, la fracture numérique entre les branchés et ceux qui ne peuvent pas l'être devient de plus en plus inacceptable.
***
pcauchon@ledevoir.com
Jeudi dernier, la Fédération québécoise des municipalités (FQM) reprochait à Ottawa de ne pas avoir rempli sa promesse de 225 millions pour brancher les régions rurales à Internet haute vitesse.
Cette promesse avait été faite en juillet dernier dans le cadre du plan de relance économique du premier ministre Harper. Selon les calculs de la FQM, 60 des 225 millions prévus dans ce plan canadien devraient revenir aux municipalités québécoises.
Vieux problème
L'accès universel à Internet sur le territoire est un vieux problème, particulièrement dans les régions éloignées et les secteurs ruraux. Lors de sa grande tournée québécoise au printemps 2008, le Conseil de presse du Québec avait constaté que plusieurs citoyens hors des grands centres se plaignaient de ne pas avoir accès à la haute vitesse, sinon à Internet tout court.
Le groupe de travail sur le journalisme et l'avenir de l'information au Québec, récemment créé par la ministre Christine St-Pierre et présidé par Dominique Payette, a fait de cette question un de ses enjeux. Sur son site Web, le groupe soutient que près de 800 000 Québécois n'ont pas accès à Internet haute vitesse.
Quels sont les secteurs du territoire les plus mal desservis? Le groupe doit justement brosser un état de la situation.
En 2008, le président de la Fédération québécoise des municipalités, Bernard Généreux, avait déclaré au Conseil de presse que de 400 à 660 municipalités rurales n'avaient pas accès à Internet haute vitesse.
La semaine dernière, le même Bernard Généreux déclarait, selon une dépêche de la Presse canadienne, que 40 municipalités n'ont aucun accès Internet (ce qui peut paraître incroyable aux branchés urbains!) et que 250 autres sont «partiellement ou mal desservies».
Pas de plan structuré
De telles données mettent en lumière les lacunes, voire l'inexistence, d'un plan structuré d'accès à Internet au Québec et au Canada.
En octobre dernier, le gouvernement français a lancé un grand plan de développement de l'économie numérique, «France numérique 2012», dont un des premiers objectifs consiste à garantir un accès universel aux réseaux numériques et même à développer le «très haut débit» pour 4 millions de foyers, dès 2012.
À la mi-mars, la Federal Communication Commission (le CRTC américain) présentait au Congrès américain un plan ambitieux qui prévoit brancher 100 millions de foyers américains à un service à très haute vitesse, à coût abordable, d'ici dix ans.
La FCC constate d'ailleurs que 93 millions d'Américains perdent régulièrement leur service Internet à la maison et que 14 millions n'y ont même pas accès. En ce qui concerne la haute vitesse, les États-Unis sont à la traîne derrière plusieurs pays d'Asie et d'Europe.
Une étude du Public Policy Institute of California soutient que le branchement d'une région non desservie par Internet haute vitesse permet d'augmenter de 6,4 % le taux de croissance de l'emploi. Lors de l'annonce du plan américain il y a trois semaines, le patron de Google déclarait d'ailleurs que le retard américain en matière de haute vitesse «est un poids mort pour l'économie et les travailleurs».
Service essentiel ?
Et chez nous? Le groupe de travail de Dominique Payette constate que le dernier plan numérique au Québec, la Politique québécoise de l'autoroute de l'information, remonte à 1998 et qu'il n'existe aucun plan à l'échelle du Canada...
On peut prendre toute cette question sous un autre angle: Internet devrait-il être considéré comme un service essentiel? Bernard Généreux, de la FQM, affirme qu'Internet est devenu «un service pratiquement aussi essentiel que l'électricité».
Internet devrait-il être un droit reconnu dans les chartes? En tout cas, la BBC diffusait au début mars une enquête qu'elle a commandée auprès de 28 000 personnes dans 26 pays. Résultat: 79 % des répondants croient qu'Internet devrait être «un droit fondamental pour tous».
Chez les répondants canadiens de cette enquête, 46 % se disent «tout à fait d'accord» avec l'assertion qu'Internet est un droit fondamental, et 31 % sont «plutôt d'accord» (aux États-Unis, les réponses sont respectivement de 51 et 25 %). Bref, la fracture numérique entre les branchés et ceux qui ne peuvent pas l'être devient de plus en plus inacceptable.
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pcauchon@ledevoir.com
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