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    Cité du multimédia/Cité du commerce électronique - Fermons les robinets et repensons la Cité

    Vinq-cinq mille dollars durant cinq ans, pour tout nouvel emploi créé. Tel était à l'origine le Plan Mercure, une idée intéressante lancée par Sylvain Vaugeois, l'homme derrière la venue d'Ubisoft, et la naissance de la Cité du multimédia. Pourtant, de cette bonne idée, est né un projet où la création de nouveaux emplois a plutôt servi de prétexte à l'édification d'un projet immobilier servant à redonner vie à un quartier tombé en désuétude. Au moment où les gens d'affaires de la Cité se proposent d'envoyer un message de ras-le-bol au gouvernement Charest, celui-ci a l'occasion de réparer les erreurs du passé.

    Une bien belle idée le Plan Mercure. Après tout, remettons-nous dans le contexte des années 90, alors que le multimédia et les nouvelles technologies étaient tout aussi à la mode que le country dans les chics salons d'Outremont et du Plateau.

    Arrive Sylvain Vaugeois, ami du Ministre des Finances de l'époque, Bernard Landry, ex-membre des conspirateurs de l'an 2000 dont faisait partie un certain Gilles Baril, et son Plan Mercure.

    Le but de ce programme financier est fort simple : pour attirer à Montréal les grands joueurs de la nouvelle économie, de l'industrie du logiciel et du jeu, il n'y a qu'à verser une subvention de 25 000 dollars par année durant cinq ans pour tout nouvel emploi créé. Évidemment les espoirs d'un tel plan sont qu'en subventionnant ainsi ces formes de stages rémunérés pour les jeunes au sein d'entreprises qui avaient le vent dans les voiles, ceux-ci ont la quasi-assurance d'avoir un emploi à temps plein une fois la formation écoulée.

    Quelqu'un connaît-il un chef d'entreprise qui résisterait à une telle offre? Pourtant, les fonctionnaires du ministère des Finances sont sceptiques. Cela est loin d'arrêter Vaugeois qui s'envole vers la France rencontrer les frères Guillemot, fondateurs de l'entreprise Ubisoft, en leur proposant le fameux Plan. Croyant le Plan Mercure un programme officiel du gouvernement québécois, les frères Guillemot débarquent à Montréal annoncer la venue d'Ubisoft, et la mise en place de nouveaux studios de création. Avec évidemment, 550 nouveaux emplois à la clé. Petit problème : le Plan Mercure n'est encore qu'un projet dans la mallette de Vaugeois. S'en suit un odieux chantage entre Vaugeois et le gouvernement, Ubisoft menaçant de retourner dans ses terres et adios les 550 emplois.

    Finalement, après plusieurs rencontres avec Bernard Landry et les fonctionnaires du Ministère des Finances, et les ministres fédéraux Cauchon et Pettigrew, l'imbroglio (et le chantage) est chose du passé et bienvenue Ubisoft et les nouveaux emplois. La société décide de s'installer dans un immeuble industriel du boulevard Saint-Laurent et Vaugeois de se promener sur la planète en clamant haut et fort que pour bénéficier de tels programmes, il est préférable d'avoir comme intermédiaire le groupe Vaugeois.

    Évidemment, l'industrie locale naissante fait entendre sa voix haut et fort, tout en réclamant elle aussi les subsides gouvernementaux. Finalement, après plusieurs semaines de discussions «viriles», le gouvernement accouche du programme de crédits d'impôts de la Cité du multimédia.

    Pour en profiter, les entreprises doivent s'engager à s'établir dans la Cité du multimédia à Montréal, au Centre national des nouvelles technologies de Québec (CNNTQ), dans un des Carrefours de la nouvelle économie (CNE) mis en place dans de nombreuses régions de la province ou dans un des Centres de développement des technologies de l'information (CDTI) devant se constituer dans certains centres urbains de la province.

    Bref, on constate rapidement que les fondements même du Plan Mercure ont été dénaturés: des subventions qui devaient mener à la création de nouveaux emplois serviront plutôt à faire revivre un quartier de Montréal qui tombait en ruines. Au lieu d'investir dans le neurone, on a plutôt choisi de privilégier le béton. Et le béton a son prix : cher, très cher. Les prix au pied carré se rapprochent de ceux de la tour IBM, sans avoir le raffinement de cette place d'affaires.

    De plus, on ne parle plus de création de nouveaux emplois : le programme sert à subventionner des emplois déjà existants, en faisait ainsi un magnifique cadeau à des entreprises en excellente santé financière. Disons-le franchement, le programme de la Cité du multimédia a servi à subventionner des déménagements d'emplois.

    Quand au concept même de Cité multimédia... Lui aussi se trouve totalement dénaturé, les portes étant grandes ouvertes pour à peu près n'importe quelle entreprise.

    Et que dire du programme de la Cité du commerce électronique qui ne servira qu'à subventionner lui aussi des emplois existants chez IBM et CGI. On ne peut blâmer les dirigeants de ces entreprises de résister à de tels cadeaux.

    Pendant ce temps Ubisoft, une des rares entreprises a avoir véritablement créé des nouveaux emplois et à avoir respecté l'essence même du Plan Mercure, Ubisoft donc, continue à prospérer dans son immeuble du boulevard Saint-Laurent. Quant à un déménagement vers la Cité, demandez donc aux frères Guillemot pour voir si la chose les intéresse. Pas question ont-ils déjà déclaré à un collègue. Et peut-on les blâmer? Entre la vie urbaine sur Saint-Laurent et un site où les stationnements, les restaurants, les transports en commun et toute vie après 5 heures le soir sont inexistantes, que choisiriez-vous? Un endroit où les améliorations locatives coûtent la peau des fesses. Un endroit où les locataires ont été livrés pieds et poings liés à un promoteur immobilier. Pas cons les Guillemot.

    Arrive en jeu un nouveau gouvernement. Ne devant sa récente victoire à personne, ni aux syndicats et encore moins aux «faiseux» du club Saint-Denis qui ont plutôt préféré appuyer le jeune chef adéquiste, le gouvernement Charest, avec le budget qui sera présenté au début juin, a les mains libres et a la possibilité de réparer les erreurs du passé et d'être cohérent avec le discours tenu durant la campagne électorale.

    La Cité du commerce électronique? Ce programme ne profitant actuellement qu'à quelques rares et richissimes entreprises comme IBM et CGI, il n'y a qu'à déchirer les contrats, finir l'immeuble et mettre la pancarte à vendre devant. Draconienne comme mesure? Sans aucun doute. De toute façon, personne n'y a encore emménagé, et quant aux éventuels nouveaux emplois créés... C'est ce qu'ils sont, éventuels.

    Pour ce qui est de la Cité du Multimédia, son cas est plus complexe. Il est évident que le programme actuel ne favorise pas la création de nouveaux emplois. Il serait facile de dire «on ferme la shoppe demain matin» mais alors que certaines entreprises établies dans la Cité applaudiraient à tout rompre la rupture des engagements en cours, d'autres se retrouveraient dans la panade.

    Quoi qu'il en soit, il faut dès aujourd'hui mettre fin à ce programme. Faut-il par la suite offrir à ceux qui le veulent bien de rompre leurs contrats? Une pétition d'une vingtaine d'entreprises voulant «sacrer leur camp» au plus vite de la Cité a déjà été remise au gouvernement précédent.

    Une idée intéressante, alors que la Cité est en ce moment en vente, serait de l'offrir à différents promoteurs et faire jouer ainsi la concurrence. Je doute fort que les prix et les conditions actuels de la Cité demeureraient les mêmes.

    De plus, les conditions devraient être aussi resserrées, et l'on devrait réintroduire l'esprit (et la lettre) du Plan Mercure : pas de nouveaux emplois, pas de crédits d'impôts.

    Toutefois, cette histoire n'est pas terminée. Demain matin, l'association des gens d'affaires de la Cité Multimédia convoque une conférence de presse pour dénoncer les agissements ' bizarres' des différents intervenants dans ce dossier, d'Investissements Québec au promoteur immobilier. Les gens d'affaires en ont ras-le-bol et entendent bien le dire demain.

    mdumais@ledevoir.com
     
     
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