Des signes de conscience chez des patients dans un état végétatif
«Certains pourraient éventuellement exprimer leurs pensées, contrôler leur environnement et ainsi accroître leur qualité de vie»
Cerveau
On se souvient du Belge Rom Houben, que l'on croyait plongé dans un état végétatif à la suite d'un traumatisme crânien, et qui pendant les 22 ans qui ont suivi son accident d'automobile était pourtant conscient sans jamais pouvoir communiquer. Le neurologue belge qui avait réussi à prouver en 2006 qu'Houben était bel et bien conscient a poursuivi ses recherches sur d'autres patients. Et voici qu'en collaboration avec des collègues belges et britanniques, il affirme dans un article publié hier dans le New England Journal of Medicine (NEJM) avoir mis en évidence des signes de conscience dans le cerveau de cinq patients ayant été cliniquement déclarés dans un état végétatif, c'est-à-dire dans un éveil inconscient.
Les patients qui se trouvent dans un état végétatif traversent un cycle de sommeil et d'éveil. «Ils ont les yeux fermés ou ouverts selon qu'ils sont endormis ou éveillés, mais ils n'établissent aucun contact avec leur environnement. On a beau solliciter un contact, attendre une réponse à nos ordres, nous ne voyons aucune réaction. Si la personne est consciente à l'intérieur d'elle-même et qu'elle est incapable de le démontrer par une action motrice, nous n'en saurons rien», explique d'entrée de jeu la Dre Jeanne Teitelbaum, neurologue spécialisée dans les soins intensifs à l'Institut neurologique de Montréal de l'Université McGill.
40% des patients
Selon les auteurs de la publication du NEJM, environ 40 % des patients que l'on croit dans un état végétatif parce qu'ils sont totalement incapables de communiquer seraient potentiellement conscients.
«Depuis longtemps, on cherchait des moyens de savoir ce qui se passe dans le cerveau de ces personnes afin d'obtenir des signes qui pourraient nous indiquer notamment si elles ont des chances d'émerger un jour de leur état végétatif ou si elles y resteront pour toujours, comme c'est le cas pour la grande majorité des patients, poursuit la Dre Teitelbaum. Aujourd'hui, l'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle [IRMF] nous le permet en nous montrant l'intensité de la perfusion sanguine dans les différentes régions du cerveau, une information qui nous renseigne sur l'intensité de l'activité des neurones de chaque région.»
L'expérience
Les équipes du Dr Steven Laureys, du Service de neurologie de l'Hôpital universitaire de Liège en Belgique, et du neuroscientifique Adrian Owen, du Medical Research Council à Cambridge en Angleterre, ont demandé à 54 patients se trouvant dans un état végétatif et que l'on avait introduit dans un scanner d'IRMF, d'imaginer dans un premier temps qu'ils jouaient au tennis, et dans un second temps qu'ils se déplaçaient dans leur maison d'une pièce à l'autre. Chez 5 de ces 54 patients, le fait de penser à l'activité motrice associée au tennis a induit l'activation du cortex moteur du cerveau (l'aire motrice supplémentaire), tandis que le fait de se visualiser dans leur maison a suscité une mise en branle des aires spatiales (le gyrus parahippocampal). «Cette expérience a démontré que ces cinq patients avaient la capacité de décoder l'information et de moduler leur activité cérébrale», souligne la Dre Teitelbaum.
Les chercheurs ont ensuite réussi à établir une voie de communication avec l'un de ces cinq patients, après lui avoir donné la consigne de penser au tennis lorsqu'il voudrait dire «oui» et de s'imaginer dans sa maison quand il désirerait prononcer «non». Grâce à l'IRMF, les chercheurs ont ensuite pu mettre en évidence que ce jeune de 29 ans — qu'on disait dans un état de «conscience minimale», car on avait décelé chez lui de façon intermittente une réponse physique à des questions — était effectivement conscient puisqu'il a répondu correctement à diverses questions d'ordre autobiographique.
«Cette méthode pourrait servir à demander aux patients s'ils éprouvent de la douleur et cette information pourrait être utile pour déterminer s'il est souhaitable de leur administrer des analgésiques. Elle pourrait aussi permettre à certains patients d'exprimer leurs pensées, de contrôler leur environnement, et ainsi d'accroître leur qualité de vie», font valoir les chercheurs dans leur publication.
Prudence de mise
Mais comme le fait remarquer le neurologue Allan Ropper, de Brigham et du Women's Hospital à Boston dans un éditorial publié dans le NEJM et intitulé «Cogito ergo sum by MRI», il faut être prudent avant d'affirmer qu'une activité neuronale est signe d'une pensée pleinement consciente, comme l'a défini René Descartes. Ne sachant pas jusqu'à quel point la conscience qui subsiste chez ces patients est élaborée, il faudra interpréter prudemment les réponses qu'ils donneront aux «questions subtiles qui exigent l'intégration de beaucoup d'informations, et d'éthique et de cogitation», ajoute la Dre Teitelbaum, qui souligne le fait que ce nouvel article «nous montre avant tout qu'il est possible d'établir une certaine communication avec ces patients».
«L'article ne se prononce toutefois pas sur le pronostic. La suite de cette recherche consistera à répondre à cette deuxième question et à voir s'il est possible de réveiller ces patients et de leur redonner la capacité de communiquer de façon motrice», comme cela a été possible pour Rom Houben, qui peut aujourd'hui taper ce qu'il veut dire sur un écran d'ordinateur. Des recherches sont en effet menées dans le but de mettre au point des traitements qui permettraient de moduler l'activité cérébrale et ainsi de redonner aux patients la possibilité de communiquer de façon motrice. Parmi les traitements explorés, on trouve la stimulation électrique de certaines régions du cerveau et le recours à des médicaments susceptibles d'influer sur la concentration de certains neurotransmetteurs du cerveau.
Selon la Dre Teitelbaum, «cette nouvelle étude nous aidera à identifier les patients qui ont un réel potentiel de récupération», car comme le confirment les auteurs de la publication, ceux-ci sont loin de représenter la majorité des cas. L'article souligne aussi le fait que les examens cliniques qui sont effectués au chevet du patient sont parfois insuffisants pour mesurer le véritable état de conscience de certains patients incapables de manifester physiquement ce qu'ils pensent.
Les patients qui se trouvent dans un état végétatif traversent un cycle de sommeil et d'éveil. «Ils ont les yeux fermés ou ouverts selon qu'ils sont endormis ou éveillés, mais ils n'établissent aucun contact avec leur environnement. On a beau solliciter un contact, attendre une réponse à nos ordres, nous ne voyons aucune réaction. Si la personne est consciente à l'intérieur d'elle-même et qu'elle est incapable de le démontrer par une action motrice, nous n'en saurons rien», explique d'entrée de jeu la Dre Jeanne Teitelbaum, neurologue spécialisée dans les soins intensifs à l'Institut neurologique de Montréal de l'Université McGill.
40% des patients
Selon les auteurs de la publication du NEJM, environ 40 % des patients que l'on croit dans un état végétatif parce qu'ils sont totalement incapables de communiquer seraient potentiellement conscients.
«Depuis longtemps, on cherchait des moyens de savoir ce qui se passe dans le cerveau de ces personnes afin d'obtenir des signes qui pourraient nous indiquer notamment si elles ont des chances d'émerger un jour de leur état végétatif ou si elles y resteront pour toujours, comme c'est le cas pour la grande majorité des patients, poursuit la Dre Teitelbaum. Aujourd'hui, l'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle [IRMF] nous le permet en nous montrant l'intensité de la perfusion sanguine dans les différentes régions du cerveau, une information qui nous renseigne sur l'intensité de l'activité des neurones de chaque région.»
L'expérience
Les équipes du Dr Steven Laureys, du Service de neurologie de l'Hôpital universitaire de Liège en Belgique, et du neuroscientifique Adrian Owen, du Medical Research Council à Cambridge en Angleterre, ont demandé à 54 patients se trouvant dans un état végétatif et que l'on avait introduit dans un scanner d'IRMF, d'imaginer dans un premier temps qu'ils jouaient au tennis, et dans un second temps qu'ils se déplaçaient dans leur maison d'une pièce à l'autre. Chez 5 de ces 54 patients, le fait de penser à l'activité motrice associée au tennis a induit l'activation du cortex moteur du cerveau (l'aire motrice supplémentaire), tandis que le fait de se visualiser dans leur maison a suscité une mise en branle des aires spatiales (le gyrus parahippocampal). «Cette expérience a démontré que ces cinq patients avaient la capacité de décoder l'information et de moduler leur activité cérébrale», souligne la Dre Teitelbaum.
Les chercheurs ont ensuite réussi à établir une voie de communication avec l'un de ces cinq patients, après lui avoir donné la consigne de penser au tennis lorsqu'il voudrait dire «oui» et de s'imaginer dans sa maison quand il désirerait prononcer «non». Grâce à l'IRMF, les chercheurs ont ensuite pu mettre en évidence que ce jeune de 29 ans — qu'on disait dans un état de «conscience minimale», car on avait décelé chez lui de façon intermittente une réponse physique à des questions — était effectivement conscient puisqu'il a répondu correctement à diverses questions d'ordre autobiographique.
«Cette méthode pourrait servir à demander aux patients s'ils éprouvent de la douleur et cette information pourrait être utile pour déterminer s'il est souhaitable de leur administrer des analgésiques. Elle pourrait aussi permettre à certains patients d'exprimer leurs pensées, de contrôler leur environnement, et ainsi d'accroître leur qualité de vie», font valoir les chercheurs dans leur publication.
Prudence de mise
Mais comme le fait remarquer le neurologue Allan Ropper, de Brigham et du Women's Hospital à Boston dans un éditorial publié dans le NEJM et intitulé «Cogito ergo sum by MRI», il faut être prudent avant d'affirmer qu'une activité neuronale est signe d'une pensée pleinement consciente, comme l'a défini René Descartes. Ne sachant pas jusqu'à quel point la conscience qui subsiste chez ces patients est élaborée, il faudra interpréter prudemment les réponses qu'ils donneront aux «questions subtiles qui exigent l'intégration de beaucoup d'informations, et d'éthique et de cogitation», ajoute la Dre Teitelbaum, qui souligne le fait que ce nouvel article «nous montre avant tout qu'il est possible d'établir une certaine communication avec ces patients».
«L'article ne se prononce toutefois pas sur le pronostic. La suite de cette recherche consistera à répondre à cette deuxième question et à voir s'il est possible de réveiller ces patients et de leur redonner la capacité de communiquer de façon motrice», comme cela a été possible pour Rom Houben, qui peut aujourd'hui taper ce qu'il veut dire sur un écran d'ordinateur. Des recherches sont en effet menées dans le but de mettre au point des traitements qui permettraient de moduler l'activité cérébrale et ainsi de redonner aux patients la possibilité de communiquer de façon motrice. Parmi les traitements explorés, on trouve la stimulation électrique de certaines régions du cerveau et le recours à des médicaments susceptibles d'influer sur la concentration de certains neurotransmetteurs du cerveau.
Selon la Dre Teitelbaum, «cette nouvelle étude nous aidera à identifier les patients qui ont un réel potentiel de récupération», car comme le confirment les auteurs de la publication, ceux-ci sont loin de représenter la majorité des cas. L'article souligne aussi le fait que les examens cliniques qui sont effectués au chevet du patient sont parfois insuffisants pour mesurer le véritable état de conscience de certains patients incapables de manifester physiquement ce qu'ils pensent.
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

