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L'année où Facebook est devenu grand public

Adolescents, parents et même grands-parents sont inscrits sur les divers réseaux sociaux

Près de 80 % des utilisateurs d’Internet au Canada se servent d’un site de réseautage social comme Facebook ou Twitter au moins une fois par mois.
Photo : Agence France-Presse Gilles Mingasson
Près de 80 % des utilisateurs d’Internet au Canada se servent d’un site de réseautage social comme Facebook ou Twitter au moins une fois par mois.
Toronto — Le réseautage social est sans aucun doute devenu la technologie la plus populaire en 2009 au Canada et à travers le monde, en grande partie grâce au fait qu'il n'est plus exclusivement réservé à l'usage des adolescents et des collégiens.

Il est presque devenu cliché de voir de jeunes adeptes de sites de réseautage social se plaindre lorsque leurs parents ou grands-parents leur demandent de se joindre à leur liste d'amis virtuels. Mais, au grand dam de leurs cadets, les utilisateurs plus âgés sont désormais les plus nombreux, dans toutes les catégories d'âge, à se joindre au mouvement.

Une étude menée en août par l'agence de marketing iStrategy Labs révèle que le nombre de nouveaux utilisateurs du site Facebook qui sont âgés de 55 ans ou plus a augmenté de près de 514 % au cours des six mois ayant précédé l'enquête, comparativement à une augmentation de 4,8 % parmi les 18 à 24 ans et de 24,2 % chez les 17 ans ou moins.

Amy Webb, consultante et chef de la direction de l'entreprise américaine Webbmedia Group, explique que les utilisateurs de Facebook sont désormais des gens beaucoup plus âgés — des retraités ou des personnes dans la cinquantaine ou la soixantaine — qui commencent à utiliser Facebook comme principal moyen de communication.

Elle croit que 2009 peut être définie comme l'année où le réseautage social a eu, pour la première fois, un impact réel dans l'espace public. Cela est particulièrement vrai, selon elle, pour Twitter, qui existe depuis 2006 mais qui n'est sorti de l'ombre que cette année.

Selon une autre étude menée par Forrester Research, près de 80 % des utilisateurs d'Internet au Canada se servent d'un site de réseautage social au moins une fois par mois. Parmi tous les pays concernés par l'étude, cela représente le plus haut taux d'adhésion à ces sites.

L'entreprise qui mesure le comportement des utilisateurs d'Internet, comScore, estime aussi que les Canadiens disposant d'une connexion à Internet sont allés sur des sites de réseautage social en moyenne 13,6 jours par mois, pour un total de 5,5 heures par mois. Cela dépasse largement la moyenne dans les autres pays.

Selon Melanie Dempsey, professeure adjointe en marketing à l'école de gestion Ted-Rogers de l'Université Ryerson, le réseautage social est voué à devenir encore plus populaire en 2010, puisque les consommateurs peuvent désormais configurer leur «téléphone intelligent». Ils peuvent ainsi faire usage de cette forme de communication partout où ils vont.

Mme Dempsey croit que les sites de réseautage social ont eu un impact important sur la manière dont les gens utilisent Internet. Ces sites sont devenus, pour certains, leur façon prioritaire de communiquer. «Ce que j'ai découvert avec les jeunes, c'est qu'ils considèrent que les courriels sont réservés aux personnes plus âgées, a expliqué Mme Dempsey. Mais tout le monde se connecte et l'âge n'est plus une frontière.»

Les utilisateurs de sites de réseautage les plus assidus tentent de se démarquer en essayant de créer leur propre personnage en ligne, croit Mme Dempsey.

«Ils veulent être reconnus comme des experts. Ils essaient également de gérer leur propre image [...], ils veulent être uniques», explique-t-elle. Mais ils veulent aussi être reconnus comme des membres à part entière d'un groupe, et le réseautage social peut donner aux gens un sentiment d'inclusion.

L'avènement du réseautage social en 2009 — et la volonté croissante du public de divulguer en ligne des renseignements personnels — est quelque peu paradoxale, selon la consultante Amy Webb, puisqu'il n'y a pas si longtemps les gens cherchaient à protéger coûte que coûte leur vie privée.

«Il y a cinq ans, la plupart des personnes que je connaissais ne voulaient pas utiliser leur carte de crédit pour acheter quelque chose en ligne, parce qu'elles craignaient de se faire voler leur identité. Maintenant, des millions de gens sont prêts à mettre en ligne des photos de leur enfant de deux ans et à dévoiler de grands pans de leur vie quotidienne», explique l'universitaire, qui estime que le plus grand changement au cours de l'année concerne l'attitude envers cette technologie.

L'un des derniers nés dans le monde du réseautage social en 2009 est Foursquare, qui encourage les utilisateurs à communiquer en ligne leurs allées et venues, laissant ainsi savoir à tout le monde où ils ont voyagé et où ils se trouvent en temps réel. Très populaire, ce site a cependant le défaut de faire perdre aux utilisateurs leur «gros bon sens», croit Mme Webb, puisque plusieurs d'entre eux laissent savoir à la cyberpopulation qu'ils ne sont pas chez eux, donnant ainsi libre cours aux cambrioleurs.

Mais si on estime que les réseaux sociaux en ligne commencent à devenir quelque peu dérangeants, ce n'est rien lorsqu'on les compare à ce qui s'en vient, croit Mme Webb. Ces réseaux, dit-elle, combineront bientôt l'accès à Internet, la «réalité amplifiée» ainsi que la reconnaissance faciale.

La réalité amplifiée utilise une image prise par un téléphone cellulaire et la superpose à des informations récupérées dans Internet. Par exemple, si on photographie avec un cellulaire une vitrine de magasin, il sera possible d'obtenir des renseignements au sujet de ce commerce — comme ses soldes ou ses heures d'ouverture. Un nouveau logiciel pour les cellulaires, appelé «Google Goggles», explore présentement cette idée. Mais déjà certains utilisateurs sont préoccupés par les conséquences en matière de sécurité qui sont associées à la reconnaissance faciale.

Selon Mme Webb, il n'est pas impossible de penser qu'une technologie similaire fera son apparition dans les sites de réseautage social. Elle croit que ce n'est qu'une question de temps avant qu'on soit capable de découvrir l'identité de quelqu'un qu'on croit reconnaître dans la rue grâce à une photo qu'on prendra de cette personne.

D'ici là, dit-elle, ce seront les entreprises qui tenteront de tirer parti du réseautage social en faisant davantage appel à cette forme de communication pour faire la promotion de leurs produits.

Sidney Eve Matrix, professeure au département de cinéma et des médias à l'Université Queen's, explique d'ailleurs que les consommateurs sont beaucoup plus enclins à adhérer à des publicités lorsqu'elles proviennent d'autres consommateurs.

«Seulement environ 20 % d'entre nous croient à la publicité, mais 70 % croiront des messages s'ils proviennent d'amis — en ligne ou en personne. Cette personne n'a pas besoin d'être un "ami réel", cela peut être un ami Facebook, mais il faut qu'elle ait un visage humain», a expliqué Mme Eve Matrix.
 
 
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