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L'« app », application pour téléphone intelligent

Un objet «dématérialisé» qui modifie la façon de communiquer, de s'informer, de travailler, de jouer, de cuisiner...

Fabien Deglise   31 décembre 2009  Science et technologie
Les nouvelles applications pour les cellulaires se multiplient.
Photo : Agence Reuters Daniel Munoz
Les nouvelles applications pour les cellulaires se multiplient.
La capsule de couleur est certainement là pour rester. Si 2008 a été l'année du téléphone intelligent, 2009 a certainement marqué celle des applications pour services mobiles qui viennent désormais avec lui.

Généralement symbolisées par un pictogramme tenant dans un carré de couleur, ces «App», comme on dit dans le milieu, se sont en effet multipliées cette année comme les révélations sur les mains sales qui contrôlent les contrats de travaux publics au Québec. Mais les ambitions de ces microprogrammes dont Apple, avec son célèbre AppStore, s'est fait le chantre sont toutefois loin de contenir les mêmes ambiguïtés. Ces applications veulent finalement dématérialiser le monde, un fichier numérique à la fois, et ce, pour résoudre les petits problèmes de tous les jours à partir d'un simple téléphone. Rien de moins.

S'informer, communiquer, cuisiner, se repérer, jouer, trouver l'horaire du prochain autobus, acheter un livre, une chanson ou un condominium et même régler le chauffage de son appartement: les ambitions de ces applications pour téléphones dits intelligents sont démesurées. Elles trouvent aussi, depuis quelques semaines, leur expression dans une publicité largement diffusée au Québec par un marchand de sans-fil réputé qui vend un téléphone intelligent américain qui l'est tout autant: le iPhone.

Sur papier journal, l'écran de l'objet expose ses pictogrammes bien rangés et prêts à être activés d'une simple pression du doigt. Ces «app» font rêver. Certaines sont gratuites, d'autres pas. Elles permettent d'obtenir la liste des concerts présentés le soir dans la ville où on se trouve, de corriger les fautes de ses courriels et textos, de jouer avec les Sims — un jeu de rôle très populaire à l'époque des gros ordinateurs de table — d'écouter la radio de Radio-Canada, de suivre la météo en direct, d'envoyer des cartes postales (à partir d'une photo prise avec son téléphone), d'échanger des fichiers entre deux propriétaires de iPhone d'un seul coup de poignet, de trouver une recette pour le repas du soir...

Un modèle à redéfinir

La liste est bien sûr loin d'être exhaustive. Et comment! À la mi-décembre, soit près d'un an et demi après son ouverture dans les univers virtuels, l'AppStore, le magasin en ligne du géant américain de l'informatique et artisan hégémonique de cette prolifération d'applications en format mobile, a franchi en effet la barre des 115 000 applications mises à la disposition des accros du portable. Il n'en existait que 500 à son ouverture.

Le rythme est effréné. Désormais, les 30 millions de consommateurs qui fréquentent ces lieux — c'est quatre fois la population du Québec — s'exposent à près de 8000 nouveaux programmes chaque mois, au-delà de 260 par jour. Des «app» qui cherchent à s'immiscer dans toutes les strates de la culture (jeux, diffusion de films, visite de musée, écoute de la télé, lecture du dernier bouquin à la mode ou du quotidien du coin), mais aussi de l'activité humaine (socialisation en ligne, gestion d'équipement à distance, appel d'un taxi).

Fier de son coup et de son succès, Apple sourit et professe sa vision d'avenir: «Avec le iPhone et l'AppStore, je crois qu'il y a là une possibilité de redéfinir le futur», a résumé récemment Greg Joswiak, vice-président marketing de l'empire de la pomme, dans les pages de la publication en ligne Edge, spécialiste du jeu.

Un nouvel ordre économique

La formule est prétentieuse, mais pas forcément erronée, au regard des transformations qu'imposent désormais ces «app» dans le monde des affaires et de la création. La question n'est plus de savoir quelle entreprise a la sienne, mais plutôt d'identifier celle qui n'en a pas.

À ce jour, près de 125 000 créateurs de programmes s'activent pour alimenter ce vaste magasin en ligne en nouveaux pictogrammes de couleur qui va permettre à l'humain de faire converger dans son téléphone des contenus auxquels il accédait jusqu'à maintenant ailleurs. Le fruit de leur travail a été téléchargé plus de deux milliards de fois à ce jour. Dans le cas des applications payantes, 30 % de la facture est restée dans les mains d'Apple. Le reste est envoyé au créateur.

C'est que, loin de chercher uniquement à dématérialiser leur environnement, ces applications à distribution numérique épidémique viennent également forcer le traçage de nouveaux contours autour de la diffusion des produits culturels, tout comme de la vente de produits et services.

Un doute? Avec une facilité d'accès et surtout une interface qui facilite les transactions, l'App-sStore fait en effet le pari de l'achat compulsif et adapte sa politique de prix en conséquence: la plupart des «app» s'exposent dans cet espace à des prix inférieurs à 10 $ pour la plupart, y compris pour les jeux, dont les cartouches pour autres consoles portables, dans le monde réel et palpable, se vendent parfois quatre ou cinq fois plus cher.

La stratégie est payante. Elle cherche aussi à favoriser, comme l'a fait quelques années plus tôt le magasin de musique en ligne iTunes, l'achat au détriment du piratage, dans des espaces numériques où le tout-est-permis semble être de mise. Ce type de commerce veut aussi à fidéliser son public-cible, très vite transformé en clientèle captive toujours obligée de revenir au même endroit pour s'approvisionner en «app».

Le modèle semble toutefois commencer à se fissurer, comme en témoigne la récente montée de lait contre Apple de Joe Hewitt, créateur chargé de l'application Facebook pour téléphone intelligent. Raison de la colère: le processus de validation draconien des «app» par Apple avant la mise en ligne dans son magasin, qui commence à agacer plus d'un inventeur d'application en format nomade. Certains n'hésitent d'ailleurs plus à parler de censure et de contrôle indu de la multinationale sur ces nouveaux contenus dématérialisés.

Le quasi-monopole d'Apple sur ces «app» alimente certainement la critique, tout en soulignant à gros traits le manque de concurrence dans ce marché. Il pointe aussi le retard évident sur ce terrain des Palm Pre, Nokia, Google et consorts, qui, dans les derniers mois, ont commencé à répandre leurs propres icônes, liés à leurs propres «app», afin de détourner le regard des consommateurs des pictogrammes de l'AppStore.

But de la manoeuvre: s'assurer d'avoir leur part du gâteau en 2010, mais aussi faire en sorte que la dématérialisation des contenus et leur mise en mobilité amorcent une véritable révolution dans les prochaines années. Comment? En évitant de l'inscrire dans une logique de concentration économique qui, pour le consommateur du moins, n'a pas vraiment révélé ses avantages dans les univers matériels.
 
 
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