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L'avenir de Cart@gène reste incertain

Malgré son succès, le projet de banque d'ADN n'est pas assuré d'obtenir le financement nécessaire à la poursuite de ses travaux

Pauline Gravel   2 décembre 2009  Science et technologie
Après neuf ans de gestation, le projet Cart@gène, qui vise à constituer une banque d'ADN et de données sur le mode de vie des participants, vient d'atteindre sa vitesse de croisière grâce à une coopération record du public. Mais alors que quatre autres provinces canadiennes amorcent un projet similaire, l'avenir de Cart@gène est incertain. À partir d'octobre 2010, les coffres seront vides. Le financement de la seconde phase du projet et de l'entreposage des échantillons dans la biobanque n'est pas à ce jour assuré.
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  • Jean-Noël Ringuet
    Abonné
    mercredi 2 décembre 2009 10h40
    CARTaGÈNE: ressource « collective » ou PPP déguisé ?
    Depuis près de 10 ans, les promoteurs de CARTaGÈNE, auto-baptisé « projet de société », ont réussi à canaliser des dizaines de millions en fonds publics pour la constitution d’une infrastructure québécoise de données génétiques qui servira finalement surtout les intérêts privés de la bioindustrie. Nos gouvernements (tant péquiste que libéral) ont accepté de nous faire payer plus cher nos médicaments pour attirer au Québec les investissements des grandes entreprises pharmaceutiques lesquels se sont avérés plutôt volatiles lorsque le rendement à court terme n’était pas au rendez-vous.

    C’est la même stratégie qui se poursuit avec CARTaGÈNE : faire assumer à la population les coûts de la constitution d’une banque d’ADN des Québecois pour ensuite en offrir l’accès à la bio-industrie de plus en plus alléchée par les perspectives de la pharmacogénétique. Le tout, sans le débat public pourtant fortement souhaités tant par le Conseil de la santé et du bien-être (2001) que par la Commission de l’éthique, de la science et de la technologie (2003) qui avaient correctement perçu les risques de ce genre de projet soi-disant d’intérêt public sans un engagement actif des citoyens dans son contrôle.

    Les médias ne devraient-ils pas aller derrière la façade « publique » de CARTaGÈNE et scruter de plus près la nature des retombées qu’on peut en attendre… surtout suite à cette demande de financement public supplémentaire !

    Jean-Noël Ringuet

  • Bernard Terreault
    Abonné
    vendredi 4 décembre 2009 09h57
    Ignorantisme et naiveté
    Je ne suis pas lié à l'industrie pharmaceutique, je ne suis même pas un professionnel de la santé, ni un homme d'affaires, mais un professeur et chercheur en siences physiques à la retraite. Mais je suis toujours étonné que le Devoir, le seul journal "intellectuel" du Québec, ait des lecteurs aussi obscurantistes et naïfs que Monsieur Ringuet, qui s'opposent à des projets scientifiques valables et qui pourraient permettre d'améliorer la santé de tous. Savoir c'est pouvoir. Et je ne comprends pas les bailleurs de fonds qui, après avoir dépensé 27 millions de nos impôts, pourraient laisser tomber le projet.

  • Florence Piron
    Abonnée
    vendredi 11 décembre 2009 15h37
    Le journalisme scientifique consiste-t-il à faire des relations publiques pour des équipes de recherche?
    Quel est le rôle d'un journaliste scientifique, surtout dans un quotidien "indépendant" comme Le Devoir? Est-il vraiment de relayer dans l'espace public les demandes de financement d'une équipe de recherche qui semble ne pas réussir à se faire "comprendre" de certains de ses bailleurs de fonds? Est-il de plaider la cause, sans aucune forme d'analyse critique, d'un projet scientifique déjà très largement financé par l'État malgré les controverses qui l'entourent depuis son lancement il y a 10 ans? N'est-il pas plutôt de fournir aux lecteurs une explication et une mise en contexte qui leur permettent de se faire une idée claire de la valeur scientifique et sociétale de ce projet? Non seulement il semble inacceptable qu'un article qui n’est pas un éditorial relaie ainsi des demandes d'acteurs du monde scientifique, mais les données présentées au forum sur le projet de banque de données génétiques CARTaGENE, telles que rapportées par Le Devoir, ne permettent pas de conclure à la nécessité de reconduire le financement de cette démarche: comment comprendre et tolérer qu'avec 23 millions de dollars dans les trois dernières années et des dizaines d'autres depuis dix ans, cette équipe si "fonctionnelle" n'ait réussi à recruter que 1413 personnes!

    Au moment présent, de nombreux autres chercheurs en santé ou en sciences sociales travaillent à améliorer le bien-être de nos concitoyens en essayant de mieux comprendre ce qui génère les souffrances physiques, morales, sociales, politiques et psychiques dont nous ne voulons plus collectivement: misère, solitude, violence, pression à la performance, pollution, malbouffe, etc. Les responsables de ces projets doivent se battre pour convaincre les bailleurs de fonds que leur idée est bonne, que leur projet est bénéfique pour le bien commun. Eux aussi ne savent pas si leur projet sera renouvelé. Ils doivent convaincre en montrant leurs résultats, pas en séduisant des journalistes à coup de relations publiques bien ciblées! Le projet CARTaGENE a suscité dès le départ de nombreuses réserves tant dans le milieu de la recherche en santé qu'en éthique. Il n'a d'ailleurs obtenu l'approbation de la Commission d'accès à l'Information et du Comité d'éthique de la recherche de l'Université de Montréal qu'après de longues négociations. Aucun débat public n'a été réalisé sur la pertinence d'affecter autant d'argent public à un projet d'infrastructure de recherche, alors que d'autres secteurs de la recherche, pour ne pas parler des services, en santé sont sous-financés. Les banques de données génétiques, des miroirs aux alouettes? Peut-être pas. Mais il aurait fallu faire un authentique débat public concluant à la réelle pertinence sociale de ce type de projet pour que les demandes de millions de dollars soient recevables et n'apparaissent pas suspectes. Le recours au secteur privé, envisagé selon l'article du Devoir, devrait mettre la puce à l'oreille et de la journaliste et des lecteurs: comment se fait-il qu'un "projet de société" aussi onéreux puisse se tourner si facilement vers le secteur privé? De quel secteur privé s'agit-il? Voilà un sujet d'enquête à la hauteur du rôle d'un journaliste scientifique dans un quotidien de la qualité du Devoir.


    Florence Piron
    Citoyenne et chercheure
    Québec

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