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    GES: les scientifiques de plus en plus pessimistes

    Plutôt que les 2 °C prévus, la température moyenne de la planète pourrait augmenter de 6 °C au cours du présent siècle

    Photo: Agence France-Presse (photo)
    L'espèce humaine apparaît fort démunie pour gérer les scénarios «catastrophes» liés aux changements climatiques, et ce, au moment où des chercheurs affirment que la probabilité de leur occurrence augmente puisqu'on semble se diriger non pas vers une hausse de la température moyenne de la planète de 2 °C, mais plutôt vers une hausse de 6 °C.

    Deux études sur ces questions, malgré leur caractère hypothétique, sont tombées coup sur coup au cours des derniers jours. La gravité des conséquences d'une hausse incontrôlée de la température, même fort improbable, incite néanmoins les chercheurs à approfondir ces questions dérangeantes et à anticiper leurs impacts à cause de leur gravité potentielle.

    Des chercheurs de l'Université East Anglia, en Grande-Bretagne, et du British Antarctic Survey, dont Nature Geoscience vient de publier les conclusions, estiment que la probabilité de voir se réaliser le pire scénario en matière de changements climatiques augmente de jour en jour.

    Le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC) estime dans son quatrième et dernier rapport de 2007 que la température moyenne de la planète devrait augmenter de 2 à 6 °C au cours du présent siècle, selon le niveau des émissions de gaz à effet de serre (GES).

    Pour les deux équipes membres du réseau scientifique international Global Carbon Project, à moins d'un coup de barre décisif à Copenhague pour augmenter nos chances de stabiliser le climat à + 2 °C, «ce n'est pas une hausse de 2,5 °C qu'on va avoir, mais plutôt une hausse de 5 ou 6 °C en moyenne: c'est en tout cas la direction qu'on prend», a soutenu à la BBC Corinne Le Quere, auteure principale de cette étude destinée à revoir la probabilité des différents scénarios climatiques.

    Ces chercheurs envisagent désormais sérieusement une hausse de 6 °C parce que les émissions de GES dépassent toutes les prévisions. Entre 2000 et 2008, et malgré l'urgence de les réduire, les émissions d'origine humaines ont bondi de 29 % au total, affirme l'étude. En comparaison, dans les 50 années précédentes, les émissions anthropiques avaient augmenté de 1 % par année. Pendant les huit premières années du millénaire, elles ont augmenté de 3 % en moyenne par année. Certes, elles ont ralenti en 2008 et on prévoit qu'il en sera ainsi en 2009 en raison de la crise économique, mais, ajoutent les chercheurs, la hausse devrait reprendre de plus belle au rythme de la reprise.

    L'essentiel de cette hausse est attribuable aux pays émergents, dont le rythme de développement économique a ralenti sans toutefois s'arrêter avec la crise économique. En même temps, plusieurs signes indiquent que la capacité d'absorption des océans ralentit par effet de saturation et à cause du réchauffement de l'eau de surface.


    Comment réagir?

    D'autres chercheurs du centre de recherche Resources for the Future, aux États-Unis, se sont penchés de leur côté sur la capacité de la communauté internationale à faire face à un véritable scénario «catastrophe».

    La probabilité d'occurrence de ce scénario, disent-ils d'entrée de jeu, est faible et entourée d'incertitude. Mais à leur avis, on a trop peu réfléchi méthodiquement jusqu'ici à la manière d'y faire face. Compte tenu de la volatilité, de l'imprévisibilité et même de l'irrationalité de l'opinion publique — et de la classe politique qui la flirte —, les humains sont fort peu préparés à des changements draconiens et à gérer leurs impacts avec rigueur.

    Les auteurs établissent une nette différence entre les «événements extrêmes» comme les inondations, les sécheresses ou les ouragans, et les véritables «catastrophes» qui pourraient résulter des changements climatiques et qu'on définit comme capables de modifier les conditions d'existence sur la planète.

    Le premier type de véritables «catastrophes» résulteraient du passage irréversible de «seuils» qui modifieraient globalement les conditions de vie sur la planète. Ainsi, la fonte des glaces de l'Antarctique et du Groenland pourrait relever le niveau des mers d'environ 12 mètres en un siècle et demi. Dans la même catégorie, on retrouve l'arrêt possible de la circulation thermohaline des océans, qui assure une régulation thermique de plusieurs continents grâce aux grands courants océaniques.

    Le deuxième type de catastrophes se caractérise, à leur avis, par ses effets dominos, qui peuvent démarrer localement mais avoir des conséquences à l'échelle mondiale. Ainsi, des sécheresses chroniques, des pénuries d'eau ou des crises alimentaires majeures pourraient provoquer des migrations de populations et engendrer des conflits susceptibles de déstabiliser les équilibres politiques internationaux, par exemple.

    Pour l'instant, disent-ils, les humains n'ont pas développé les outils qui permettraient d'identifier les seuils d'irréversibilité et encore moins la façon d'y faire face. Même chose pour les effets dominos qui pourraient être déclenchés par des changements beaucoup moins draconiens. Ainsi, comme le prédit le GIEC, une simple hausse de 2 à 3 °C, plausible dans le contexte actuel, pourrait engendrer la disparition de 20 à 30 % des espèces vivantes d'ici la fin du siècle. À 4 °C, on parle d'un niveau d'extinction allant de 20 à 50 % des espèces, ce qui provoquerait des migrations de populations assoiffées, affamées et appauvries.

    L'humanité a peu de choix, disent-ils, pour réduire l'occurrence des scénarios catastrophes. Elle peut réduire radicalement ses émissions par une réduction de sa consommation d'hydrocarbure, le scénario le moins cher et le plus étalé dans le temps. Mais les populations à l'origine du problème en voient peu la nécessité et ce danger devra leur apparaître très réel pour qu'ils abandonnent leur niveau de confort ou leur désir de progrès.

    Un autre choix consiste à recourir à la géo-ingénierie, qui pourrait apparaître à plusieurs comme un remède miracle, même si les risques sont totalement inconnus de ce côté. Plusieurs envisagent ainsi d'ensemencer la haute atmosphère de particules pour faire écran aux rayons solaires. D'autres songent à augmenter la capacité d'absorption du CO2 atmosphérique par les océans. Mais encore là, disent les chercheurs, il y a peu de chances que cela fonctionne, car les risques d'effets pervers, comme une augmentation radicale de l'acidité dans les cours d'eau, ou les coûts astronomiques — on parle de 20 à 50 milliards de dollars par année — poseraient le problème du partage des risques et de la facture. Sans compter le fait que cela pourrait engendrer un faux sentiment de sécurité qui pourrait avoir pour effet d'augmenter le niveau de risque d'irréversibilité.












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