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Informatique - Que nous réserve l'Internet?

La toile informatique a une surcapacité de diffusion. Pour quelque temps encore. De quoi nous permettre de se préparer aux diverses agressions faites à la vie privée. Des experts du Centre de recherche informatique de Montréal, le CRIM, témoignent.

L'an dernier, la télévision canadienne fêtait son cinquantenaire, en ces années où nous assistons également à la naissance d'un autre média de communication révolutionnaire: l'Internet. En effet, au cours de la dernière décennie, nous avons été témoins de son apparition spectaculaire — sans doute un peu comme la télé dans les années 1950 —, alors que les dernières années en télécommunication ont été marquées par une pause, suite de l'effondrement (tout aussi spectaculaire) des compagnies «point-com». Il ne fait cependant aucun doute que nous n'en sommes qu'au début d'une révolution médiatique, peut-être comme à l'époque où il n'y avait que trois ou quatre canaux télé en noir et blanc. D'ailleurs, la «couleur» se profile déjà à l'horizon de l'Internet.

C'est du moins ce que pressentent les spécialistes et observateurs du domaine, notamment trois chercheurs du CRIM, le Centre de recherche informatique de Montréal.

Après une croissance phénoménale

«Durant la période des fameux "point-com", il y a eu une croissance phénoménale dans le développement du réseau Internet, de sorte qu'aujourd'hui encore, nous disposons toujours d'une surcapacité de diffusion», relate Louis Fortier, directeur de l'Équipe Développement et transfert technologiques du CRIM. «Ce qui manque, enchaîne-t-il, c'est du contenu et du service!»

Le CRIM est un organisme à but non lucratif créé en 1985 afin de renforcer les liens entre les universités et les entreprises du secteur des technologies de l'information. Cet institut participe activement au développement de ces technologies ainsi que des applications de l'informatique.

«Aujourd'hui, poursuit M. Fortier, il y a deux aspects à régler pour assurer la continuité de l'aventure Internet: gérer la complexité et assurer la qualité du service. Mais comment va-t-on s'y prendre? Ça, c'est la grande question!»

La sécurité,ou quand on s'intéresse trop à qui nous sommes

Les trois chercheurs du CRIM considèrent que l'un des enjeux majeurs de l'Internet est d'assurer la sécurité de ceux et celles qui y naviguent. Il y a, rapportent-ils, bien plus dangereux que les «virus» et autres nuisances de toute sorte que colportent les courriels et autres fichiers qu'on télécharge.

Ainsi, Adnane Benjelloun, agent de recherche senior dans l'équipe de Louis Fortier, estime que le problème le plus sérieux est la sécurité des informations personnelles qu'on transige via l'Internet. «Lorsque nous utilisons l'Internet, dit-il, nous ne soupçonnons pas jusqu'à quel point les compagnies recueillent de l'information sur notre vie privée et sur notre profil.»

Son collègue Robert Bolduc, conseiller en recherche pour l'Équipe Développement et transfert technologiques, renchérit: «Il y a en effet beaucoup d'efforts mis en oeuvre pour suivre à distance le comportement des internautes afin d'en déduire le genre de services qu'on pourrait leur offrir, comment on pourrait les catégoriser et quelle stratégie de mise en marché on pourrait adapter par suite de l'analyse de leur profil et de leur comportement.» Les chercheurs observent que, très souvent, cette surveillance de notre navigation se fait complètement à notre insu!

Adnane Benjelloun explique: «Les "virus" qui nous attaquent ces temps-ci sont souvent de petits programmes qui s'installent discrètement sur notre ordinateur afin de capter les détails de notre navigation, pour voir nos habitudes...» Il précise que ces logiciels-pirates ne nous sont pas transmis que par courriel (comme c'est souvent le cas avec les virus), mais qu'ils prennent souvent place lorsque nous installons des logiciels gratuits.

Dangeureux logiciels gratuits

Souvent, poursuit le chercheur, ces logiciels gratuits annoncent bel et bien qu'ils recueilleront et transmettront certaines données, mais cet avis est caché dans la notice de licence qui se présente à nous au moment d'installer le logiciel. Mais qui donc prend la peine de lire ce charabia légal?

«Le fait est que quelqu'un qui installe fréquemment des logiciels sur son ordinateur est pratiquement assuré qu'il va se retrouver avec des programmes qu'on appelle spyware qui recueillent toutes sortes d'informations, affirme sans hésiter M. Benjelloun. Cela vient davantage de programmes tels que ceux très largement utilisés comme des logiciels d'échange de fichiers du type Napster, Morpheus, CASA, etc.»

Louis Fortier rappelle néanmoins que ce danger existe déjà avec les guichets automatiques: «N'oublions pas que chaque fois qu'on utilise une carte de paiement par débit, il y a une petite note envoyée quelque part, ce qui permet de savoir ce qu'on a acheté. De fait, c'est le même phénomène qu'on voit apparaître de plus en plus sur Internet.» Robert Bolduc ne se fait pas rassurant en soulignant que: «La plupart des compagnies qui cherchent à développer ce type de moyens n'en sont encore qu'à leurs premiers balbutiements.»

Heureusement, il existe de petits logiciels, semblables mais différents des antivirus, qui permettent de détecter la présence sur notre ordinateur de spyware puis de les éliminer. M. Benjelloun recommande d'ailleurs à tout le monde d'installer sur son appareil le logiciel Ad-Aware, disponible gratuitement chez lavasoftusa.com.

Bientôt l'ère de l'intelligence artificielle sur Internet

M. Fortier affirme sans hésiter qu'Internet est «une véritable mine d'or» d'information. «Toute l'information qu'on peut avoir sur Internet, c'est incroyable!, dit-il. N'importe quoi, on trouve tout sur Internet!»

Comme nous tous, il constate cependant qu'il est souvent difficile de trouver ce qu'on cherche parmi les millions de pages Web. «Ce qu'on peut espérer obtenir éventuellement, indique son collègue Benjelloun, c'est de l'information structurée et de véritables services utiles. Déjà, on peut payer nos facteurs via l'Internet, ce qu'on ne pouvait pas faire il y a quelques années. Et dans les prochaines années, d'autres services faciliteront notre vie quotidienne...»

Les spécialistes entrevoient que des logiciels travailleront pour nous sur Internet afin d'afficher précisément l'information qu'on cherche en l'extirpant des pages Web puis en l'affichant de façon cohérente. «Par exemple, évoque M. Benjelloun, si je cherche à me procurer un téléviseur, je dois actuellement parcourir quantité de sites Web en espérant trouver qui me fait le meilleur prix ou qui m'offre le meilleur service. Or, un jour, en un seul clic de souris, j'aurai tout de suite la liste des revendeurs dans ma région, les prix qu'ils offrent, etc.»

«On parle alors d'intelligence artificielle puisque tout cela se fera de façon automatisée», ajoute Louis Fortier.






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