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Prix Jacques-Rousseau - La musique avant toute chose

La neuropsychologue Isabelle Peretz, qui a fait la preuve de l'existence bien concrète du « cerveau musical », reçoit le prix Jacques-Rousseau.

10 octobre 2009  Science et technologie
Le cerveau est un objet d'étude fascinant. Et si certains chercheurs travaillent à mieux connaître, par exemple, les mécanismes de la mémoire ou encore le dosage, la nature et même le tracé des échanges électrochimiques qui quittent chaque milliseconde le vide synaptique, Isabelle Peretz s'intéresse, elle, à la musique. « À la circuiterie bien particulière de notre cerveau qui ne sert que pour la musique », précise-t-elle au téléphone.

Rencontre, trop brève, avec une ancienne guitariste classique devenue chercheure passionnée...

Depuis plus de 25 ans, la fondatrice du Laboratoire international pour la recherche sur le cerveau, la musique et le son (BRAMS) est une pionnière de ce secteur de pointe, aux frontières des sciences cognitives, neurologiques et musicologiques. Ses travaux et ses publications ont littéralement donné naissance au secteur: ses recherches ont montré que la musique, en plus d'être un art, est un langage en soi, une façon de communiquer propre aux êtres humains, bref, une composante de base de l'expérience cognitive humaine. Si la chose peut sembler évidente à tous les amateurs de musique, la contribution d'Isabelle Peretz aura d'abord été de démontrer scientifiquement les fondements biologiques, neurologiques et même génétiques d'une telle affirmation.

Elle fut ainsi la première à défendre l'idée que le cerveau dispose de réseaux corticaux spécialisés permettant de percevoir et de goûter la musique; en fait, de « modules » bien précis, différents de ceux du langage et situés dans une zone particulière du cortex cérébral. Pour y arriver, elle a conçu une série de tests s'adressant tout autant à des musiciens qu'à des sujets non musiciens et a publié ses résultats dans une série d'articles sur la reconnaissance et le traitement des mélodies par le cerveau humain; ses conclusions furent peu après confirmées par les développements de la neuro-imagerie.

Isabelle Peretz s'est ensuite occupée d'étendre les bases empiriques de son champ de recherche en travaillant avec des patients qui lui permirent de démontrer, entre autres, que le dysfonctionnement du module musical est à la base du phénomène de l'amnésie musicale ou amusie, un « trouble neurologique caractérisé par l'incapacité à identifier ou à reproduire des sons musicaux ». Approfondissant encore plus cette découverte, elle a ensuite mis en relief le syndrome d'amusie congénitale. C'est dans ce secteur précis des fondements génétiques de l'amusie et des possibilités d'intervention que s'effectuent aujourd'hui une bonne partie de ses travaux de recherche. Mais elle travaille aussi dans un tout nouveau champ, qui est celui de la réponse esthétique émotionnelle.

Tout pour BRAMS

Isabelle Peretz a toutefois le triomphe modeste. Même si elle a réussi à démontrer que les capacités musicales du cerveau — que Darwin voyait comme un simple outil de stimulation d'ordre sexuel — marquent une étape importante de l'évolution de l'homme, elle déplore ne plus avoir le temps de jouer de son instrument. Elle souligne aussi que ce qui l'occupe le plus, c'est son « bébé », le BRAMS, fondé en 2005, avec son complice de l'Université McGill, Robert Zattore.

L'importance de ses travaux et de ses découvertes a fait se canaliser là d'importants projets de recherche, financés par des organismes comme l'Institut de recherche en santé, le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, le Fonds de recherche en santé, nature et technologie du Québec et même le Human Frontier Science Program.

Laboratoire multidisciplinaire unique au monde, où on retrouve à parts égales des chercheurs de l'Université de Montréal et de l'Université McGill, le BRAMS entretient des liens avec une foule d'universités et d'instituts de recherche en tout genre. C'est en fait une véritable ruche, qui attire déjà dans ses nouveaux locaux les plus grands spécialistes étrangers et où travaillent 25 chercheurs à temps plein et plus de 80 étudiants, du bac au post-doc. On aura une petite idée de l'ampleur de tout cela en consultant le site Internet www.brams.org.

On saisira là encore plus pourquoi la prestigieuse revue Science a dit d'Isabelle Peretz que son travail avait « fondamentalement changé notre compréhension de la façon dont le cerveau analyse et traite la musique ».
 
 
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