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Prix André-Laurendeau - «  Je suis de la génération des années 1960  »

Professeur et titulaire d'une chaire de recherche du Canada à l'Université du Québec à Montréal, Claude Panaccio met en relation des idées d'auteurs médiévaux et des théories philosophiques contemporaines du langage, de la connaissance et de l'esprit. L'Acfas vient de lui décerner le prix André-Laurendeau en sciences humaines.

Claude Panaccio s'intéresse à la pensée d'auteurs médiévaux depuis une quarantaine d'années. Après avoir obtenu une maîtrise en philosophie, il s'inscrit à un programme de maîtrise en sciences médiévales, puis il obtient un doctorat dans la même discipline. Il voit dès lors un intérêt à la fois historique et théorique dans l'étude de textes médiévaux. « Je trouvais là des idées qui me semblaient, et me semblent toujours, pertinentes philosophiquement aujourd'hui, des idées sur le langage, sur l'esprit, sur le monde en général », indique le professeur au département de philosophie de l'Université du Québec à Montréal (UQAM).

Le professeur Claude Panaccio est à la fois un médiéviste de renom et un philosophe très respecté. Dans les années 1970, il s'intéresse à l'analyse et à la justification du discours moral, à sa signification et à sa pertinence en l'absence d'un fondement religieux ou métaphysique. Il travaille par la suite sur le phénomène de l'idéologie et codirige un ouvrage sur cette question en 1984. Il s'interroge plus tard sur la connaissance que nous pouvons avoir des phénomènes linguistiques et sociaux et apporte des contributions à l'épistémologie des sciences humaines, comme

le rapporte le recteur de l'UQAM, Claude Corbo.

Parallèlement à ses travaux de recherche, M. Panaccio s'engage dans l'animation du milieu philosophique québécois et canadien. Il est l'un des fondateurs de la Société de philosophie du Québec et s'y investit beaucoup dans les années 1970 et 1980. « Je suis de la génération des années 1960, où il allait de soi qu'un intellectuel ou un philosophe devait s'engager d'une façon ou d'une autre dans la vie sociale », dit le philosophe et historien de la philosophie médiévale. « Moi, j'ai conçu mon propre engagement comme un engagement dans le milieu philosophique », poursuit-il. M. Panaccio souhaite alors favoriser à la fois les échanges et la « qualité académique ». Il devient plus tard directeur francophone de Dialogue, la revue de l'Association canadienne de philosophie, une fonction qu'il occupe de 1991 à 2003. Au cours des années, il organise de nombreux congrès.

De 1974 à 2004, il est professeur au département de philosophie à l'Université du Québec à Trois-Rivières. En 2004, il obtient la Chaire de recherche du Canada en théorie de la connaissance à l'UQAM et se joint alors au département de philosophie de cet établissement. En septembre dernier, il est nommé membre de la Société royale du Canada. Il est spécialiste tant de la philosophie médiévale que de la philosophie contemporaine de l'esprit, du langage, de la logique et de la connaissance.

Nominalisme et reconstruction

Au fil des ans, Claude Panaccio acquiert une reconnaissance internationale, en particulier pour ses travaux sur Guillaume d'Ockham, auteur nominaliste du XIVe siècle. « Le nominalisme est une conception du monde selon laquelle il n'existe réellement dans l'univers que des entités singulières, que des individus comme vous, moi, cette table, un cheval, et pas de nature commune », explique le professeur de l'UQAM.

Pour les nominalistes, il n'y a pas, par exemple, de nature humaine au-dessus des individus, ni d'entités abstraites comme les nombres, mentionne-t-il. Cette position « est revenue à l'avant-scène de la réflexion philosophique dans les dernières décennies, de-puis un demi-siècle à peu près », ajoute le philosophe et historien de la philosophie médiévale.

En 1992, Claude Panaccio fait paraître Les Mots, les concepts et les choses. La sémantique de Guillaume d'Occam et le nominalisme d'aujourd'hui. Dans cet ouvrage, il reformule dans un langage philosophique d'aujourd'hui des thèses de cet auteur du XIVe siècle. « Ce que j'ai essayé de faire, c'est de mettre cette théorie reconstruite en dialogue avec un certain nombre de philosophes récents », dit-il, mentionnant Nelson Goodman, Donald Davidson et

Jerry Fodor. Des médiévistes contemporains, dont Alain de Libera, professeur à l'Université de Genève, estiment qu'il existe ainsi une « méthode

Panaccio ».

Le professeur de l'UQAM a en effet beaucoup été associé à la notion de reconstruction. « J'appelle "reconstruction" la nouvelle mise en forme à laquelle l'historien de la pensée se livre pour rendre accessible à ses contemporains la pensée de quelqu'un d'une autre époque », explique-t-il. Selon lui, tous les historiens de la pensée en font, à divers degrés. Deux contraintes sont associées à la reconstruction, explique M. Panaccio. La première est celle de la fidélité, c'est-à-dire la nécessité de ne pas trahir l'auteur ancien. La deuxième est celle de la pertinence par rapport aux lecteurs d'aujourd'hui. « Selon qu'on insiste davantage sur la pertinence, par exemple, ou sur la fidélité, on peut être amené à mettre davantage en évidence certains aspects de la théorie originale plutôt que certains autres », indique le professeur.

M. Panaccio dit avoir fait, pour sa part, de la reconstruction de façon très consciente, dans un objectif de mise en dialogue. « Dans la mesure où c'est fait avec tout le respect dû aux exigences du travail d'historien, cela permet de dépoussiérer des théories qu'autrement on a tendance à enfermer dans des musées », estime-t-il. Selon lui, cette mise en dialogue est éclairante sur les plans à la fois historique et philosophique.

Travaux ultérieurs

En 1999, Claude Panaccio fait paraître Le Discours intérieur. De Platon à Guillaume d'Ockham. Il obtient pour cet ouvrage le prix Grammaticakis-Neumann, de l'Académie des sciences morales et politiques de l'Institut de France, et le prix Nicholas Hoare-Renaud-Bray, de l'Association canadienne de philosophie. En 2002, le Conseil des arts du Canada lui décerne une bourse de recherche Killam. Et il publie en 2004 Ockham on Concepts, pour lequel il reçoit le Prix du livre de l'Association canadienne de philosophie.

Depuis quelques années, il explore le lien entre le nominalisme médiéval et l'externalisme, une position défendue par plusieurs auteurs depuis les années 1970. Le professeur Claude Panaccio indique que l'externalisme est le concept selon lequel le contenu de ce que nous disons, voire de ce que nous pensons, ne dépend pas seulement de ce que nous avons dans l'esprit, de ce qui est à l'intérieur de nous, mais aussi d'éléments extérieurs. « Ce dont je me suis rendu compte au fil de mes lectures sur le XIVe siècle, c'est qu'il y a une tendance externaliste assez forte chez certains, notamment chez Guillaume d'Ockham », mentionne-t-il.

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