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Accessibilité - À qui appartient l'Internet?

La statistique surprend: 82 % de la bande passante internationale n'est pas utilisée. Un expert québécois, Philippe Le Roux, propose une solution économique pour permettre de rendre accessible à tous ce nouveau secteur de la communication.

Depuis son déploiement sur l'ensemble du globe, le réseau Internet est constamment la cible de nombreux intérêts qui aimeraient bien le contrôler. Toutefois, la nature même du «réseau des réseaux» semble contraire à cette appropriation monopolistique. Loin de l'organisation classique de notre société industrielle, la structure d'Internet et l'absence de régulation judiciaire permet à toute personne qui possède l'infrastructure nécessaire d'y distribuer ce qu'elle veut. C'est dans cette optique que la section québécoise de l'organisation internationale Internet Society (ISOC) organise la première Rencontre internationale ISOC Francophonie 2002.

Intitulée «Internet pour tout le monde! Langues, cultures et citoyennetés», la réunion qui se déroulera du 10 au 14 juin se veut l'occasion pour l'Association ISOC-Québec de développer, avec les autres chapitres ISOC francophones de par le monde, une «position commune sur les enjeux fondamentaux reliés aux technologies, à la gouvernance d'Internet, à la diffusion des contenus et à la coopération». Bref, que les francophones soient en mesure de «s'approprier» Internet afin de pouvoir l'utiliser au maximum de ses possibilités.

Pour parvenir à régler les nombreux problèmes que rencontrent ces francophones lorsqu'ils désirent utiliser l'Internet, il faut toutefois être en mesure de les identifier. Pour Philippe Le Roux, un des associés de la firme VDL2 qui s'est chargée de dénicher ces embûches majeures, «l'enjeu de la production de contenu en français n'est pas le problème. Ce qui ressort, c'est davantage une difficulté de diffusion et de pertinence de ces contenus».

Selon lui, les gouvernements ont investi des dizaines de millions de dollars dans de nombreux projets destinés à produire des contenus originaux qui n'ont pas fait augmenter la présence francophone dans Internet, ni donné de résultats. Il croit qu'il aurait été plus profitable de mettre à la disposition des francophones des contenus et des services déjà existants en dehors d'Internet, ce qui aurait attiré plus d'internautes de langue française sur le réseau. «Il existe également une difficulté d'expertise car les gens qui disposent des contenus qui vont intéresser les internautes n'ont pas nécessairement les connaissances techniques pour les rendre disponibles dans Internet», poursuit-il.


Un «outil de riches»

Autre problème important: l'accessibilité. «Actuellement, 82 % de la bande passante internationale n'est pas utilisée!, lance Philippe Le Roux. Tous les gros joueurs des télécommunications ont développé leurs propres réseaux indépendants, ce qui crée une surcapacité des réseaux et il n'y a pas assez de marché pour ces infrastructures.» Pour rentabiliser leurs investissements, les fournisseurs d'accès sont ainsi obligés de charger des prix très élevés. L'Internet demeure alors un «outil de riches».

«Il y a des pays qui n'ont pas les moyens de se brancher à Internet parce que la bande passante est vendue beaucoup trop chère et que les connections satellites coûtent des prix de fous. Pourtant, une fois le satellite en orbite, il n'en coûte presque rien pour le faire fonctionner. L'Internet pourrait aider ces pays à combattre l'analphabétisme et avoir accès aux ressources médicales et autres», s'indigne Philippe Le Roux.

En plus de ces problématiques, la firme VDL2 a également relevé des pistes d'action qu'elle entend bien mettre en évidence lors de la rencontre organisée par ISOC-Québec. La nouvelle technologie sans fil «Wifi» (Wireless fidelity) est une de celles-là. «Dans toutes les régions où il y a des enjeux de coûts et d'infrastructures reliés à Internet, il faut pousser cette technologie qui demande un investissement minimum et même inciter les communautés à le mettre en oeuvre elles-mêmes, en fonction de leurs besoins, poursuit Philippe Le Roux. Ce n'est même pas un enjeu de coûts, c'est plus un enjeu de sensibilisation, de formation». Selon lui, si ces communautés ne le font pas, c'est une entreprise qui viendra le faire selon un plan d'affaires bien élaboré. Il recommande également de préserver une longueur d'onde qui serait exclusivement destinée à la société civile.

Le rapport que remettra VDL2, et sur lequel les participants d'ISOC Francophonie 2002 baseront leurs discussions, est ainsi orienté dans une optique qui exclue les intérêts commerciaux des entreprises. Le but n'est pas de développer les capacités commerciales d'Internet, mais plutôt de favoriser et de rendre plus harmonieuse l'implantation de cet outil de communication indispensable. «Toute notre approche d'analyse est basée sur le point de vue de l'utilisateur, dit Philippe Le Roux. L'enjeu fondamental n'est pas seulement francophone, c'est également de s'assurer que l'ensemble des gens s'approprient le réseau. [...] Internet s'est basé sur un paradigme collaboratif. Il faut donc faire avancer les choses dans un mode de collaboration si l'on veut que cela réussisse.»


Aller toujours plus loin

Ces problématiques seront discutées et débattues lors de la rencontre d'ISOC Francophonie 2002. Le regroupement québécois ISOC-Québec, qui organise l'événement, a été fondé en avril 2000 et a pour mandat de «renforcer et d'assurer une présence québécoise au sein d'organismes de normalisation comme le World Wide Web Consortium (W3C)», un organisme visant à rendre plus facile le développement des technologies destinées à l'Internet.

Une cinquantaine de délégués de la Francophonie, membres et représentants des diverses associations régionales d'ISOC, des experts des technologies de l'information et des inforoutes de la Francophonie et d'organisations internationales, des gestionnaires et des professionnels du secteur des technologies de l'information et des inforoutes en provenance des secteurs public et privé et du milieu de la recherche seront présents lors de cette première rencontre internationale. Regroupés lors de quatre ateliers thématiques portant sur les technologies, la gouvernance d'Internet, les contenus et la coopération, ils devront réussir à établir des consensus afin d'en dégager des priorités dans les actions à entreprendre. Les résultats de cet exercice seront également transmis à la conférence annuelle de l'Internet Society, INET 2002, qui se déroulera du 18 au 21 juin à Washington.






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