L'avenir d'un continent passe par l'Internet
Malgré tous les problèmes criants du continent noir, la Toile est vue comme un incontournable pour un développement efficace. Continent instable, pays affamé, régions torturées par la pauvreté extrême, l'Afrique se bat chaque jour pour soigner des plaies immenses qui font de cette parcelle de la planète un endroit aux enjeux considérables. Parmi les solutions avancées, autant par les experts que les membres des pays du G8, les nouvelles technologies figurent en haut de la liste. Internet pour sauver l'Afrique? Pourquoi pas.
Le document de 59 pages du Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NPDA) dresse un portrait alarmant du continent le plus pauvre de la Terre. La moitié de la population de l'Afrique (340 millions de personnes) vit avec moins d'un dollar américain par jour. L'espérance de vie à la naissance est de 54 ans. Seulement 58 % des habitants ont accès à l'eau potable. Et la liste s'allonge. Le constat établi par les pays africains eux-mêmes laisse voir un vaste territoire au bord du gouffre. Comment aider? Alors que le G8 prépare un «nouveau plan Marshall», des initiatives fusent de toutes parts pour tenter de faire quelque chose.
L'une d'elles vient de l'Internet Society, section Québec (ISOC-Québec). Cet organisme, créé il y a deux ans, est une branche de l'imposante Internet Society (présente dans plus de 100 pays), un regroupement qui touche à tout ce qui concerne le Web, de la réglementation jusqu'à l'amélioration des normes en vigueur. Réuni en congrès du 10 au 14 juin prochains à Québec, puis à Montréal, ISOC-Québec abordera la question d'Internet et de l'Afrique. Plus de 40 organismes concernés y prendront part, dont 35 proviennent de pays africains.
Accès aux connaissances
Lors du congrès, ISOC-Québec mettra la question de l'Afrique au coeur de ses priorités. «Internet peut jouer un grand rôle comme levier de développement, autant économique, qu'éducatif ou culturel», estime le président d'ISOC-Québec, Adel El Zaïm. Ce dernier donne une panoplie d'exemples quand vient le temps de démontrer l'utilité d'Internet sur un continent défavorisé comme l'Afrique. «Il faut donner accès aux connaissances, affirme-t-il. Il y a très peu de bibliothèques là-bas, alors connecter les écoles peut remplacer l'achat de livres, qui sont très coûteux. Il y a même des établissements qui commencent à être jumelés avec des écoles des pays occidentaux. Les échanges sont alors très profitables.» Selon lui, même pour le fonctionnement des gouvernements, l'utilité est tangible. «Ça coûte cher d'envoyer un fonctionnaire recueillir de l'information en Europe. C'est beaucoup moins dispendieux d'utiliser Internet. Il y a des économies à faire.»
Pour voir ces possibilités prendre forme, Adel El Zaïm pense qu'il faut commencer par sensibiliser les Africains eux-mêmes. Ce sera d'ailleurs un des points abordés lors du congrès. «Beaucoup d'experts africains en informatique vivent hors du continent, explique-t-il. Ils peuvent pourtant avoir un rôle important chez eux. Ils peuvent prendre leur pays en main.» Lors de cette réunion, ISOC-Québec touchera aussi le développement du français sur la Toile et dans les logiciels, puisque l'Afrique est en grande partie francophone.
Le G8 est de la partie
ISOC-Québec et Adel El Zaïm sont loin d'être dans le champ gauche lorsqu'ils voient Internet comme un levier efficace de croissance de l'Afrique. Les huit pays les plus industrialisés du monde (G8), qui donnent, bon an mal an, les trois quarts de l'aide internationale au continent noir, y voient aussi une formidable opportunité. C'est ainsi qu'en juin 2000 au Japon, le G8 a adopté la Charte sur la société mondiale de l'information. Dans la même foulée, le Groupe d'experts du G8 sur l'accès aux nouvelles technologies (GEANT) a été créé pour explorer comment l'Afrique pouvait suivre la tendance mondiale d'informatisation et même l'utiliser pour combler l'écart qui la sépare des contrées plus fortunées.
Le GEANT cesse officiellement ses recherches à l'occasion du sommet du G8 en Alberta les 26-27 juin prochains. L'heure des bilans approche. Le groupe mettra donc sur pied une série de mesures informelles, tant dans les secteurs publics que privés, pour continuer le travail amorcé. Des réseaux de soutien professionnel, des centres d'informations pour entrepreneurs, du développement de logiciels, etc., verront le jour dans les mois à venir. Le directeur général responsable du commerce électronique à Industrie Canada, Richard Simpson, a travaillé de concert avec l'équipe du GEANT. Il estime lui aussi qu'Internet peut jouer un grand rôle dans l'expansion économique de l'Afrique, autant dans les domaines de «l'éducation que de la démocratie». «Les pays africains comprennent l'importance des nouvelles technologies, estime-t-il. Même le Mozambique s'intéresse à la question, alors que c'est l'un des pays les plus pauvres de la planète.»
Une situation normale, croit le directeur de la politique de développement à Industrie Canada, Richard Bourassa. «La société de l'information est comme une nouvelle révolution industrielle, pense-t-il. Les Africains ont manqué le bateau au début du siècle, ils ne veulent pas le manquer encore aujourd'hui.»
La voie cellulaire
Lorsqu'on porte un regard pragmatique sur l'Afrique, les chiffres remettent en question cette vision d'une société informatisée sur le continent noir. Des milliers de personnes meurent chaque jour, à la suite de famines ou de maladies. Il n'y a que 18 lignes téléphoniques pour 1000 habitants (la moyenne est de 567 dans les pays occidentaux comme le Canada) et dans les régions éloignées des grandes villes, avoir l'électricité est un exploit.
«C'est sûr qu'Internet n'est pas la panacée non plus, concède Adel El Zaïm. Il y a des priorités à suivre. Mais Internet est l'avenir. Il ne faut pas juste envoyer de la farine et du riz! Le but n'est pas de faire en sorte que des entreprises comme Nortel s'installent là-bas. C'est irréaliste. Mais les Africains doivent s'approprier les nouvelles technologies pour être plus compétitifs.» Le président d'ISOC-Québec va encore plus loin. «Il est aussi important de connecter une école à Internet que de construire une usine.»
Richard Simpson estime quant à lui que les moyens techniques déficients, comme le manque d'électricité, ne sont pas des problèmes insolubles. «Les technologies modernes existent pour résoudre ces casse-têtes, souligne-t-il. Par exemple, on peut doter des édifices de panneaux solaires qui produiront l'électricité. En plus, ces grosses infrastructures font l'objet d'investissements des pays africains, en partenariat avec les pays riches. Ça va donc aller en s'améliorant.»
Et pour les lignes téléphoniques, c'est le même optimisme. «On n'a pas besoin de mettre de la fibre optique partout comme au Québec, soutient Adel El Zaïm. Le cellulaire est très populaire en Afrique, alors quand il sera possible de connecter son ordinateur portable à Internet avec son sans-fil [la troisième génération de téléphonie cellulaire], on n'aura plus besoin de lignes téléphoniques. Et on peut aussi imaginer un Intranet africain qui coûterait moins cher d'utilisation que le Web. Les possibilités sont grandes.»
Selon Richard Bourassa, les dirigeants africains sont très conscients de l'importance des nouvelles technologies pour leur développement général. Et c'est la marche à suivre, d'après lui. «Il faut que les gouvernements commencent à travailler sur ces questions tout de suite et pas seulement quand les autres problèmes seront réglés, affirme-t-il. C'est le seul moyen pour que le fossé en matière de nouvelles technologies ne soit pas trop profond dans quelques années.» Un défi de plus pour la population africaine. Mais il semble que l'aide extérieure sera au rendez-vous pour faire face à ce qu'on commence à appeler la «société de l'information».
Le document de 59 pages du Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NPDA) dresse un portrait alarmant du continent le plus pauvre de la Terre. La moitié de la population de l'Afrique (340 millions de personnes) vit avec moins d'un dollar américain par jour. L'espérance de vie à la naissance est de 54 ans. Seulement 58 % des habitants ont accès à l'eau potable. Et la liste s'allonge. Le constat établi par les pays africains eux-mêmes laisse voir un vaste territoire au bord du gouffre. Comment aider? Alors que le G8 prépare un «nouveau plan Marshall», des initiatives fusent de toutes parts pour tenter de faire quelque chose.
L'une d'elles vient de l'Internet Society, section Québec (ISOC-Québec). Cet organisme, créé il y a deux ans, est une branche de l'imposante Internet Society (présente dans plus de 100 pays), un regroupement qui touche à tout ce qui concerne le Web, de la réglementation jusqu'à l'amélioration des normes en vigueur. Réuni en congrès du 10 au 14 juin prochains à Québec, puis à Montréal, ISOC-Québec abordera la question d'Internet et de l'Afrique. Plus de 40 organismes concernés y prendront part, dont 35 proviennent de pays africains.
Accès aux connaissances
Lors du congrès, ISOC-Québec mettra la question de l'Afrique au coeur de ses priorités. «Internet peut jouer un grand rôle comme levier de développement, autant économique, qu'éducatif ou culturel», estime le président d'ISOC-Québec, Adel El Zaïm. Ce dernier donne une panoplie d'exemples quand vient le temps de démontrer l'utilité d'Internet sur un continent défavorisé comme l'Afrique. «Il faut donner accès aux connaissances, affirme-t-il. Il y a très peu de bibliothèques là-bas, alors connecter les écoles peut remplacer l'achat de livres, qui sont très coûteux. Il y a même des établissements qui commencent à être jumelés avec des écoles des pays occidentaux. Les échanges sont alors très profitables.» Selon lui, même pour le fonctionnement des gouvernements, l'utilité est tangible. «Ça coûte cher d'envoyer un fonctionnaire recueillir de l'information en Europe. C'est beaucoup moins dispendieux d'utiliser Internet. Il y a des économies à faire.»
Pour voir ces possibilités prendre forme, Adel El Zaïm pense qu'il faut commencer par sensibiliser les Africains eux-mêmes. Ce sera d'ailleurs un des points abordés lors du congrès. «Beaucoup d'experts africains en informatique vivent hors du continent, explique-t-il. Ils peuvent pourtant avoir un rôle important chez eux. Ils peuvent prendre leur pays en main.» Lors de cette réunion, ISOC-Québec touchera aussi le développement du français sur la Toile et dans les logiciels, puisque l'Afrique est en grande partie francophone.
Le G8 est de la partie
ISOC-Québec et Adel El Zaïm sont loin d'être dans le champ gauche lorsqu'ils voient Internet comme un levier efficace de croissance de l'Afrique. Les huit pays les plus industrialisés du monde (G8), qui donnent, bon an mal an, les trois quarts de l'aide internationale au continent noir, y voient aussi une formidable opportunité. C'est ainsi qu'en juin 2000 au Japon, le G8 a adopté la Charte sur la société mondiale de l'information. Dans la même foulée, le Groupe d'experts du G8 sur l'accès aux nouvelles technologies (GEANT) a été créé pour explorer comment l'Afrique pouvait suivre la tendance mondiale d'informatisation et même l'utiliser pour combler l'écart qui la sépare des contrées plus fortunées.
Le GEANT cesse officiellement ses recherches à l'occasion du sommet du G8 en Alberta les 26-27 juin prochains. L'heure des bilans approche. Le groupe mettra donc sur pied une série de mesures informelles, tant dans les secteurs publics que privés, pour continuer le travail amorcé. Des réseaux de soutien professionnel, des centres d'informations pour entrepreneurs, du développement de logiciels, etc., verront le jour dans les mois à venir. Le directeur général responsable du commerce électronique à Industrie Canada, Richard Simpson, a travaillé de concert avec l'équipe du GEANT. Il estime lui aussi qu'Internet peut jouer un grand rôle dans l'expansion économique de l'Afrique, autant dans les domaines de «l'éducation que de la démocratie». «Les pays africains comprennent l'importance des nouvelles technologies, estime-t-il. Même le Mozambique s'intéresse à la question, alors que c'est l'un des pays les plus pauvres de la planète.»
Une situation normale, croit le directeur de la politique de développement à Industrie Canada, Richard Bourassa. «La société de l'information est comme une nouvelle révolution industrielle, pense-t-il. Les Africains ont manqué le bateau au début du siècle, ils ne veulent pas le manquer encore aujourd'hui.»
La voie cellulaire
Lorsqu'on porte un regard pragmatique sur l'Afrique, les chiffres remettent en question cette vision d'une société informatisée sur le continent noir. Des milliers de personnes meurent chaque jour, à la suite de famines ou de maladies. Il n'y a que 18 lignes téléphoniques pour 1000 habitants (la moyenne est de 567 dans les pays occidentaux comme le Canada) et dans les régions éloignées des grandes villes, avoir l'électricité est un exploit.
«C'est sûr qu'Internet n'est pas la panacée non plus, concède Adel El Zaïm. Il y a des priorités à suivre. Mais Internet est l'avenir. Il ne faut pas juste envoyer de la farine et du riz! Le but n'est pas de faire en sorte que des entreprises comme Nortel s'installent là-bas. C'est irréaliste. Mais les Africains doivent s'approprier les nouvelles technologies pour être plus compétitifs.» Le président d'ISOC-Québec va encore plus loin. «Il est aussi important de connecter une école à Internet que de construire une usine.»
Richard Simpson estime quant à lui que les moyens techniques déficients, comme le manque d'électricité, ne sont pas des problèmes insolubles. «Les technologies modernes existent pour résoudre ces casse-têtes, souligne-t-il. Par exemple, on peut doter des édifices de panneaux solaires qui produiront l'électricité. En plus, ces grosses infrastructures font l'objet d'investissements des pays africains, en partenariat avec les pays riches. Ça va donc aller en s'améliorant.»
Et pour les lignes téléphoniques, c'est le même optimisme. «On n'a pas besoin de mettre de la fibre optique partout comme au Québec, soutient Adel El Zaïm. Le cellulaire est très populaire en Afrique, alors quand il sera possible de connecter son ordinateur portable à Internet avec son sans-fil [la troisième génération de téléphonie cellulaire], on n'aura plus besoin de lignes téléphoniques. Et on peut aussi imaginer un Intranet africain qui coûterait moins cher d'utilisation que le Web. Les possibilités sont grandes.»
Selon Richard Bourassa, les dirigeants africains sont très conscients de l'importance des nouvelles technologies pour leur développement général. Et c'est la marche à suivre, d'après lui. «Il faut que les gouvernements commencent à travailler sur ces questions tout de suite et pas seulement quand les autres problèmes seront réglés, affirme-t-il. C'est le seul moyen pour que le fossé en matière de nouvelles technologies ne soit pas trop profond dans quelques années.» Un défi de plus pour la population africaine. Mais il semble que l'aide extérieure sera au rendez-vous pour faire face à ce qu'on commence à appeler la «société de l'information».
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