ISOC - La fin de l'empire américain
ISOC, à savoir l'Internet Society, est un organisme en refonte. La semaine prochaine, à Montréal et à Québec, les membres francophones demanderont à l'association, au départ américaine, de se donner un mandat qui soit vraiment international.
Sous le thème «Internet pour tout le monde! Langues, cultures et citoyennetés» se tiendra à Québec, les 10 et 11 juin, et à Montréal, du 12 au 14 juin, la première rencontre internationale des associations ISOC (Internet Society — association de gouvernance d'Internet) de la francophonie. On y attend une cinquantaine de délégués majoritairement originaires des pays d'Afrique.
Il est intéressant de constater que le président du comité de programmation de cet événement, Jean-Claude Guédon, est professeur en littérature comparée à l'Université de Montréal. Cette incursion dans le milieu électronique remonte à quelques années déjà. «À la fin des années 1980, nous avons décidé de créer une revue de littérature et comme les perspectives financières étaient limitées à l'époque, j'avais suggéré qu'on le fasse électroniquement. Cela a conduit à la création de la revue Surface qui a commencé à paraître à l'automne 1991. Il s'agit de la plus vieille revue canadienne électronique universitaire.»
Si la notion de publication électronique des revues savantes est en train de passer par de grandes transitions, M. Guédon s'intéresse toujours de son côté aux manières de créer et de distribuer du contenu informatique et se penche plus particulièrement sur le phénomène Internet lui-même, sur ses effets socioculturels et linguistiques. Fondateur et ancien président du chapitre québécois de l'ISOC, son rôle de président du comité scientifique du congrès consistait surtout, comme il le précise, à valider les invitations plutôt qu'à les initier.
Éliminer les frontières
La tenue de cet événement devrait selon lui permettre de faire avancer certaines idées. «Il y a très longtemps que j'argumente à l'intérieur de cette Société que ce n'est pas parce que l'Internet est un dispositif technique global universalisant, et probablement à volonté parfois uniformisante, qu'on ne peut pas ou ne doit pas faire face à des frontières naturelles qui existent sur la planète. Ce ne sont plus des frontières géographiques mais des frontières linguistiques et culturelles. Faire comme si elles n'existaient pas, c'est présenter l'argument qu'Internet en général, et l'Internet Society en particulier, seraient beaucoup plus riches et plus forts s'ils tiraient partie de cette diversité et de cette multiplicité, que s'ils continuaient d'essayer de jouer sur la base d'un ethnocentrisme américain cherchant à étendre un empire à l'échelle de la planète.» Il croit que cette conférence sera d'autant plus importante que c'est la première fois dans l'histoire de l'Internet Society que celle-ci s'intéresse à un autre pivot linguistique. «J'ai dû convaincre l'ISOC que ce pivot n'était pas contre elle mais qu'il offrait au contraire des perspectives nouvelles et riches pour le développement de l'Internet dans le monde à condition de ne pas le considérer comme un dispositif américain.»
Il préconise d'ailleurs les regroupements linguistiques et incite des collègues hispanophones, arabophones et chinois à faire de même en soutenant que petit à petit, des groupes régionaux, culturels ou linguistiques peuvent s'organiser à l'intérieur d'Internet et ainsi créer des entités humaines qui dépasseraient l'État-nation et qui en même temps ne seraient pas simplement «une expression bête et banale d'une sorte d'homogénéité humaine qui n'existe pas».
Pour ce qui est du développement d'Internet en Afrique, il reconnaît d'emblée que ce problème dépasse complètement les compétences d'ISOC. «Le développement de l'Internet en Afrique n'est pas un problème technique. C'est un problème réellement politique et de chasse-gardée de compagnies, en particulier anglaises et françaises, qui dominent encore le champ néo-colonial de cette région du monde. Et c'est aussi un problème politique en ce sens que beaucoup d'États en Afrique sont à la fois autoritaires et fragiles. Ces États cherchent à contrôler le plus possible l'opinion de leur population, et donc à limiter l'accès à l'information. L'Internet constitue pour tous ces gouvernements un énorme défi et d'énormes menaces en ce sens que ça pourrait remettre en cause des monopoles établis et des dictatures ou des États qui ont des tendances dictatoriales.»
L'Internet, un droit fondamental
Il convient que l'ISOC pourrait très bien documenter de manière précise les obstacles au développement et ce, pays par pays, en dénonçant systématiquement les côtés monopolistes et dictatoriaux de certaines administrations. «À la manière de Greenpeace, d'Amnistie internationale ou d'autres organisations qui dénoncent le non-respect des droits humains, on pourrait en venir à traiter l'accès à l'Internet comme un droit fondamental et ensuite montrer comment il est violé çà et là par différentes restrictions de types économique, technique, légale ou politique qui empêchent les citoyens de certains pays d'avoir accès à l'Internet.»
ISOC Francophonie 2002 va réunir des membres et des représentants d'associations ISOC, et des pays de la Francophonie et de langues dites partenaires de la langue française. Des représentants du conseil d'administration de l'Internet Society seront aussi présents et c'est le cas du tout récent vice-président des chapitres.
Dr James M. Galvin est responsable de la gestion des différents chapitres et des membres auprès de l'Isoc. Il s'occupe aussi de tous les programmes et activités de cet organisme, qui passent tous par une étape de complète réforme: comme quoi les actions passées ont été loin de recueillir les résultats escomptés. «Nous croyons que, pour mieux servir nos membres de par le monde, nous devons améliorer le programme des chapitres locaux. Ce sont eux qui fournissent le cadre dans lequel les activités peuvent être structurées pour agir comme pierre angulaire. Les chapitres permettent aux membres de comprendre leur communauté et ses besoins, de travailler dans la langue et la culture des communautés et fournissent l'occasion directe de participer et donc de faire une différence dans la communauté.»
La présentation qu'il donnera dans le cadre du congrès aura pour objet d'exposer le besoin d'un meilleur programme pour les chapitres et d'amener les chapitres à s'impliquer directement dans la création de ce nouveau programme. «Je crois que les chapitres eux-mêmes sont les mieux placés pour comprendre comment bien réussir ce qu'ils entreprennent.»
Sous le thème «Internet pour tout le monde! Langues, cultures et citoyennetés» se tiendra à Québec, les 10 et 11 juin, et à Montréal, du 12 au 14 juin, la première rencontre internationale des associations ISOC (Internet Society — association de gouvernance d'Internet) de la francophonie. On y attend une cinquantaine de délégués majoritairement originaires des pays d'Afrique.
Il est intéressant de constater que le président du comité de programmation de cet événement, Jean-Claude Guédon, est professeur en littérature comparée à l'Université de Montréal. Cette incursion dans le milieu électronique remonte à quelques années déjà. «À la fin des années 1980, nous avons décidé de créer une revue de littérature et comme les perspectives financières étaient limitées à l'époque, j'avais suggéré qu'on le fasse électroniquement. Cela a conduit à la création de la revue Surface qui a commencé à paraître à l'automne 1991. Il s'agit de la plus vieille revue canadienne électronique universitaire.»
Si la notion de publication électronique des revues savantes est en train de passer par de grandes transitions, M. Guédon s'intéresse toujours de son côté aux manières de créer et de distribuer du contenu informatique et se penche plus particulièrement sur le phénomène Internet lui-même, sur ses effets socioculturels et linguistiques. Fondateur et ancien président du chapitre québécois de l'ISOC, son rôle de président du comité scientifique du congrès consistait surtout, comme il le précise, à valider les invitations plutôt qu'à les initier.
Éliminer les frontières
La tenue de cet événement devrait selon lui permettre de faire avancer certaines idées. «Il y a très longtemps que j'argumente à l'intérieur de cette Société que ce n'est pas parce que l'Internet est un dispositif technique global universalisant, et probablement à volonté parfois uniformisante, qu'on ne peut pas ou ne doit pas faire face à des frontières naturelles qui existent sur la planète. Ce ne sont plus des frontières géographiques mais des frontières linguistiques et culturelles. Faire comme si elles n'existaient pas, c'est présenter l'argument qu'Internet en général, et l'Internet Society en particulier, seraient beaucoup plus riches et plus forts s'ils tiraient partie de cette diversité et de cette multiplicité, que s'ils continuaient d'essayer de jouer sur la base d'un ethnocentrisme américain cherchant à étendre un empire à l'échelle de la planète.» Il croit que cette conférence sera d'autant plus importante que c'est la première fois dans l'histoire de l'Internet Society que celle-ci s'intéresse à un autre pivot linguistique. «J'ai dû convaincre l'ISOC que ce pivot n'était pas contre elle mais qu'il offrait au contraire des perspectives nouvelles et riches pour le développement de l'Internet dans le monde à condition de ne pas le considérer comme un dispositif américain.»
Il préconise d'ailleurs les regroupements linguistiques et incite des collègues hispanophones, arabophones et chinois à faire de même en soutenant que petit à petit, des groupes régionaux, culturels ou linguistiques peuvent s'organiser à l'intérieur d'Internet et ainsi créer des entités humaines qui dépasseraient l'État-nation et qui en même temps ne seraient pas simplement «une expression bête et banale d'une sorte d'homogénéité humaine qui n'existe pas».
Pour ce qui est du développement d'Internet en Afrique, il reconnaît d'emblée que ce problème dépasse complètement les compétences d'ISOC. «Le développement de l'Internet en Afrique n'est pas un problème technique. C'est un problème réellement politique et de chasse-gardée de compagnies, en particulier anglaises et françaises, qui dominent encore le champ néo-colonial de cette région du monde. Et c'est aussi un problème politique en ce sens que beaucoup d'États en Afrique sont à la fois autoritaires et fragiles. Ces États cherchent à contrôler le plus possible l'opinion de leur population, et donc à limiter l'accès à l'information. L'Internet constitue pour tous ces gouvernements un énorme défi et d'énormes menaces en ce sens que ça pourrait remettre en cause des monopoles établis et des dictatures ou des États qui ont des tendances dictatoriales.»
L'Internet, un droit fondamental
Il convient que l'ISOC pourrait très bien documenter de manière précise les obstacles au développement et ce, pays par pays, en dénonçant systématiquement les côtés monopolistes et dictatoriaux de certaines administrations. «À la manière de Greenpeace, d'Amnistie internationale ou d'autres organisations qui dénoncent le non-respect des droits humains, on pourrait en venir à traiter l'accès à l'Internet comme un droit fondamental et ensuite montrer comment il est violé çà et là par différentes restrictions de types économique, technique, légale ou politique qui empêchent les citoyens de certains pays d'avoir accès à l'Internet.»
ISOC Francophonie 2002 va réunir des membres et des représentants d'associations ISOC, et des pays de la Francophonie et de langues dites partenaires de la langue française. Des représentants du conseil d'administration de l'Internet Society seront aussi présents et c'est le cas du tout récent vice-président des chapitres.
Dr James M. Galvin est responsable de la gestion des différents chapitres et des membres auprès de l'Isoc. Il s'occupe aussi de tous les programmes et activités de cet organisme, qui passent tous par une étape de complète réforme: comme quoi les actions passées ont été loin de recueillir les résultats escomptés. «Nous croyons que, pour mieux servir nos membres de par le monde, nous devons améliorer le programme des chapitres locaux. Ce sont eux qui fournissent le cadre dans lequel les activités peuvent être structurées pour agir comme pierre angulaire. Les chapitres permettent aux membres de comprendre leur communauté et ses besoins, de travailler dans la langue et la culture des communautés et fournissent l'occasion directe de participer et donc de faire une différence dans la communauté.»
La présentation qu'il donnera dans le cadre du congrès aura pour objet d'exposer le besoin d'un meilleur programme pour les chapitres et d'amener les chapitres à s'impliquer directement dans la création de ce nouveau programme. «Je crois que les chapitres eux-mêmes sont les mieux placés pour comprendre comment bien réussir ce qu'ils entreprennent.»
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