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    La recherche sur le climat est en péril au Canada

    La disparition de la FCSCA affectera notamment les recherches effectuées à partir de données recueillies dans l’Arctique, une région particulièrement touchée par les changements climatiques.
    Photo: Agence Reuters La disparition de la FCSCA affectera notamment les recherches effectuées à partir de données recueillies dans l’Arctique, une région particulièrement touchée par les changements climatiques.
    La recherche canadienne en sciences de l'atmosphère et du climat est en péril. À la fin de 2009, les chercheurs perdront l'une de leurs principales sources de financement. Les coffres de la Fondation canadienne pour les sciences du climat et de l'atmosphère (FCSCA), qui soutenait jusqu'à 200 scientifiques canadiens, sont vides, et le gouvernement fédéral ne les garnira plus. Alors que s'achève, au Palais des congrès, MOCA-09 Le réchauffement de notre planète, un important rassemblement d'experts dans le domaine venant du monde entier, cette nouvelle retentit comme une fausse note.

    Jusqu'à maintenant, les chercheurs canadiens en sciences de l'atmosphère et du climat pouvaient compter sur deux grands pourvoyeurs de fonds pour poursuivre leurs travaux: d'une part l'Agence spatiale canadienne, qui subventionne surtout l'achat de matériel, tel que des équipements satellitaires, et d'autre part la FCSCA, qui finance les scientifiques et la science qu'ils font.

    Dix millions en moins

    La FCSCA accordait annuellement 10 millions de dollars aux chercheurs universitaires s'intéressant au climat et à l'atmosphère. Or, la caisse de cette fondation qui accordait des subventions quinquennales est désormais vide. «Et pour le moment, il n'existe aucun autre programme de subvention qui pourrait remplacer le financement qu'assurait cette fondation, qui était entièrement approvisionnée par le gouvernement fédéral. D'ici un an, un grand nombre de scientifiques se retrouveront donc sans emploi», a déclaré en marge de la conférence James R. Drummond, du Département de physique et des sciences de l'atmosphère de l'Université Dalhousie, à Halifax.

    Aucune raison n'a été invoquée par le gouvernement fédéral pour tarir les coffres de la FCSCA. «Le gouvernement fédéral a financé l'achat d'équipements ainsi que de nombreuses infrastructures, mais il a oublié les personnes qui font la recherche, a commenté le chercheur. Nous devons trouver très rapidement une solution à cette situation, car dans 12 mois, les coffres de la fondation seront à sec. Nos jeunes scientifiques sont déjà à la recherche de postes ailleurs dans le monde.»

    Difficile de comprendre la décision du gouvernement fédéral alors que d'autres pays, comme les États-Unis, l'Europe et l'Australie, investissent beaucoup plus d'efforts dans les sciences de l'environnement et de l'atmosphère. «Ces pays sont beaucoup plus sensibles au fait que l'environnement est important», a avancé M. Drummond.

    La disparition de la FCSCA aura de graves conséquences. «Le Canada perdra la capacité de comprendre son propre environnement et il devra s'en remettre à d'autres pays pour savoir comment il évolue. Ce n'est pas une bonne affaire de devoir se référer à un tiers pour savoir ce qui se passe chez soi quand des politiques internationales sur le climat sont négociées», a souligné le physicien.

    Selon le chercheur Jacques Derome, du Département des sciences atmosphériques et océaniques de l'Université McGill, qui est le président du comité du programme scientifique de l'Assemblée conjointe MOCA-09, le fait que la FCSCA soit menacée de disparaître inquiète grandement de nombreux scientifiques canadiens du secteur. «De plus, le Canada perdra l'avance qu'il avait gagnée en cette matière», a-t-il ajouté.

    La disparition de la FCSCA affectera tant les recherches effectuées à partir des données obtenues par les satellites que celles effectuées dans l'Arctique, dans les Prairies, voire dans tout le Canada, a fait savoir M. Drummond, qui donnait hier une conférence sur ce que les données recueillies par les satellites peuvent nous révéler sur l'atmosphère que nous respirons.

    Le Canada dispose de MOPITT (Measurements of pollution in the troposphere), un instrument à bord du satellite Terra, qui recueille depuis 1999 des données sur les niveaux de pollution dans la troposphère, la portion la plus basse de l'atmosphère que nous respirons et qui s'étend jusqu'à l'altitude à laquelle circulent des avions, soit à une douzaine de kilomètres. «L'état de la troposphère est très important pour notre qualité de vie et l'agriculture», a spécifié James Drummond qui, au cours des neuf dernières années, a mesuré les déplacements de polluants ainsi que leurs sources de production. «Nous voyons la pollution générée en Asie atteindre le Canada, et celle du Canada glisser vers l'Europe, et aussi les panaches de fumée issus des feux qui ravagent les forêts nordiques dériver vers l'Arctique.»

    «Nous aimerions poursuivre ces mesures, mais tous les satellites qui les font sont en fin de vie. Nous espérons pouvoir les remplacer par de nouveaux satellites qui seront équipés de technologies récentes, nous permettant de passer d'une échelle planétaire à une échelle plus régionale et de traquer des gaz spécifiques. Cela nous amènerait à formuler des recommandations pour prévenir la destruction de la qualité de l'air», a-t-il indiqué.

    M. Drummond a visiblement été ébranlé par ce qu'il a vu au cours de ses recherches. «De tous les scénarios qui sont présentés pour décrire l'augmentation des gaz à effet de serre (GES), c'est le plus pessimiste qui se dessine. Nous générons plus de ces gaz que ce que la plupart des scientifiques prévoyaient», a-t-il affirmé avant de faire un vibrant plaidoyer. «Le genre humain doit s'attaquer au problème du climat. C'est un problème difficile, car il affectera maintes de nos activités. C'est aussi un problème de longue durée. La question de la qualité de l'air est davantage un problème à court terme. Nous pouvons introduire des lois et de nouveaux équipements pour filtrer les rejets des usines et nous verrons la qualité de l'air s'améliorer en l'espace d'un an ou deux. Le problème des GES évolue quant à lui beaucoup plus lentement, sur une échelle allant jusqu'à 100 ans», a-t-il lancé avant de rappeler les propos de l'éminente climatologiste Susan Solomon, du National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), qui donnait le coup d'envoi du congrès. «Même si nous arrêtions dès maintenant d'émettre du gaz carbonique dans l'atmosphère, cela prendrait mille ans avant qu'un changement puisse être observé. C'est pour cela que la société a tant de mal à prendre des mesures concernant les questions climatiques: car on ne voit pas les résultats rapidement.»












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