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Questions d'image - Les cosmodingues

Il ne s'agit pas du titre d'une nouvelle série animée pour les 4 à 10 ans, mais plus sérieusement de cette folie cosmique qui gagne de plus en plus de fortunés touristes de l'espace. En cette période estivale naissante, je me suis dit qu'après tout, bien des gens devaient s'intéresser à une destination de vacances et que dans un avenir peut-être pas si lointain, il leur sera possible de rajouter Mars et Jupiter à côté des îles de la Madeleine et Ogunquit sur leur liste des lieux de détente.

Notre Laliberté national, lui, n'a pas froid aux yeux. Un coeur de poète et les poches pleines, voilà que Ti-Guy s'en va faire son cirque encore plus près du soleil. (Tout étant relatif). Les admirateurs et les critiqueurs ne se peuvent plus. Coup d'éclat pour les uns, coup de pub pour les autres, coup d'épée dans l'eau pour d'autres encore.

Comme plusieurs, la chose au début m'a laissé perplexe. Mais avouez que Guy Laliberté et le Cirque n'ont guère besoin de cette publicité-là pour faire marcher une affaire qui tourne déjà rondement autour de la planète, sans qu'il soit besoin d'aller la voir de plus haut. On conteste la nécessité d'un tel geste, on doute de la sincérité du philanthrope, on remet en question la réelle utilité scientifique de la station spatiale, etc.

En y pensant davantage, je me suis alors dit que je devais une fois de plus faire confiance à un homme que j'admire plus que je ne conteste. D'abord, j'admire l'extraordinaire vision de cet artiste parti de rien pour réinventer un art chancelant, le cirque. Le Cirque du Soleil est aujourd'hui une réussite citée en exemple par bien des commentateurs de l'actualité économique et artistique, mais aussi par toute la population.

Un succès sans précédent, symbole vivant et incontesté de la créativité et de la ténacité québécoises. Pas étonnant qu'aujourd'hui, Laliberté ait envie de pousser le bouchon encore plus loin (avec son argent) pour aller voir tourner le grand ballon bleu. Ensuite, parce que nous avons besoin de ces doux dingues qui repoussent sans cesse les limites de l'aventure humaine. J'ai passé mon enfance (et pas que mon enfance) le nez en l'air à regarder les avions.

La conquête de l'espace me fascine, les audacieuses folies de Richard Branson, du feu Steve Fossett et des cinq autres touristes spationautes avant Laliberté, me ramènent sans aucun doute à une autre époque, celle où Hergé et Jules Verne constituaient mes tout premiers compagnons d'évasion. C'est comme ça, mais je trouve encore dans ces péripéties fascinantes, la part du rêve à laquelle on se refuse bien souvent de donner une place.

Je suis certain que, comme bien des gens, vous vous êtes dit: «Irais-je, moi, à la place de Guy Laliberté, si j'avais son argent?» La question est légitime même si je dois avouer que la réponse est assez évidente. Bien des gens vous diront qu'ils préféreront rester dans leur salon le regarder la télé (il le fait aussi pour eux). D'autres, plus téméraires, répondront plutôt qu'ils n'hésiteraient pas un seul instant et que pour voir de très haut la planète bleue, ils vendraient leur âme au diable.

Voir la boule d'en haut. Un rêve que caressent bien des gens.

C'est du reste dans cette dimension, encore plus sidérale, que se situe le véritable impact de cette ballade cosmique. Et Laliberté, en poète de l'espace, en a saisi la véritable portée. Il est d'abord et avant tout un artiste, et comme bien des grands artistes, il dérange, il détruit et bouscule les conventions, il change le monde à sa manière. Excentrique et flamboyant, il n'est ni le premier ni le seul, mais il demeure fidèle à ses croyances, et chacun des gestes qu'il fait reflète sa personnalité. Chacun de ses spectacles est un voyage duquel on revient les yeux chargés d'étoiles. Son coeur de saltimbanque invétéré le pousse sans cesse à de telles prouesses, il n'en est donc pas à une pirouette près. Celle-là se veut encore plus magistrale que toutes les autres. Il nous a habitués au fil des temps. Je ne connais pas sa recette, mais je connais sa devise: toujours plus fort, toujours plus haut, toujours plus magique.

«Mesdames et messieurs, dans un numéro unique, Guy le cracheur remplacera cette fois le feu par une pluie d'étoiles.» Bon voyage à lui et bonnes vacances à vous tous.

***

Jean-Jacques Stréliski est spécialiste en stratégie d'images






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