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La fracture numérique

De gagnant à perdant, le Canada traîne désormais de la patte en matière de technologies de l'information et des communications. Et il n'est pas nécessaire d'attendre cinq minutes le téléchargement d'une page Web sur l'écran microscopique de son téléphone cellulaire pour s'en rendre compte.

Il y avait l'espoir, le rêve, parfois la peur ou la fierté. La mondialisation des activités humaines, cette idée de réduire les distances entre les pays pour faire avancer les affaires, l'art, la recherche scientifique ou le savoir, commence doucement au Canada à induire un nouveau sentiment chez ceux et celles qui s'y frottent: la gêne.

Demandez au directeur de la recherche à la Société des arts technologiques (SAT) de Montréal, René Barsalo, qui sillonne la planète pour y parler de spectacles multimédias en réseau, de télémédecine ou encore de diffusion de contenus vidéo sur un téléphone cellulaire. «Oui, ça devient gênant: désormais, quand on croise des partenaires éventuels en Europe ou en Asie, il faut leur expliquer qu'on ne pourra pas collaborer avec eux, lance-t-il. Pas qu'on ne veuille pas, mais parce qu'on n'a plus les capacités techniques au Canada pour le faire.»

Pour la productrice Josée Vallée, présidente de Cirrus communications, la firme qui a donné vie à la série Tout sur moi, la situation est plus que gênante, elle est surtout lourde de conséquences: après chaque journée de tournage, les épreuves — les rushs, quoi! — sont généralement gravées sur un DVD pour être visionnées le soir même par les producteurs. «Nous avions pensé nous équiper d'un système pour échanger ces rushs sur un réseau fermé, dit-elle, et ce, pour éviter de graver tout ça sur un DVD et épargner un envoi quand le tournage est loin de Montréal. Mais on a été obligés de reculer à cause du temps que cela aurait pris pour transférer ces données.»

«Les compagnies d'effets spéciaux de Montréal commencent aussi à avoir des problèmes, lance Réal Gauthier, de la boite Concept et Forme. À cause du piratage, les studios d'Hollywood n'acceptent plus que leur travail soit envoyé sur un disque dur par courrier terrestre. Ils veulent un transfert sur un réseau sécurisé. Or, avec le réseau actuel, une scène de trois minutes du dernier Batman, ça peut prendre deux jours à envoyer.»

Un grand bond en arrière

Autant d'exemples, autant d'affronts pour les adeptes des technologies de l'information et des communications — les «TIC», comme disent les experts — tout comme pour le propriétaire d'un cellulaire et son voisin, le simple abonné à Internet à haute vitesse. Après avoir bombé le torse, au milieu des années 1990 avec un réseau de transmission de données numériques à l'avant-garde et des branchements au Web dont la rapidité faisait brûler d'envie le reste de la planète, le Canada n'a désormais plus les moyens de plastronner.

Pour cause. Dans les dernières années, ces infrastructures servant à faire transiter les communications par téléphone cellulaire ou encore les courriels, les photos de famille ou le dernier épisode de cette série que l'on aime tant n'ont pas vraiment fait face à la musique du développement et de l'amélioration, qui pourtant s'est mise à jouer à tue-tête partout sur la planète. Avec à la clé un réseau qui, quoi qu'en disent les Bell, Vidéotron et Rogers de ce monde, approche désormais de l'obsolescence.

Pis, ce réseau est aussi passablement dispendieux pour les consommateurs et s'accompagne de limites qui pourraient porter préjudice au développement économique, social et même politique du pays, n'hésitent plus à clamer aujourd'hui plusieurs observateurs de la scène techno.

«On était au-dessus de la mêlée, dit M. Barsalo. Mais tout ça est fini.» «Nous sommes désormais en retard sur le reste de la planète, renchérit Patricia Tessier, vice-présidente du marketing chez Sun Media. Ce retard ne cesse même de s'accentuer parce que personne ne semble vraiment en prendre conscience.» Et pourtant...

La mathématique de la comparaison internationale le confirme. Entre 2002 et 2007, le Canada est passé en effet du 9e au... 19e rang mondial en matière de développement global des TIC, indique le dernier rapport de l'Union internationale des télécommunications (UIT), une agence spécialisée de l'ONU qui chaque année fait l'état des lieux des télécoms et de leur usage dans 154 pays.

Pire, en matière d'usage de l'Internet, mais aussi de propagation dans l'environnement de connexions à haute vitesse, filaires ou cellulaires, le pays qui a donné naissance au célèbre téléphone intelligent Blackberry confirme là aussi son recul en passant du 4e rang mondial en 2002 au... 21e rang, cinq ans plus tard. Triste constat: il est désormais laissé dans la poussière par la Corée du Sud, la Suède, le Japon, l'Autriche, les États-Unis ou encore l'Allemagne — pour ne citer qu'eux —, où visiblement le futur technologique se vit déjà aujourd'hui.

«Nous sommes devant un problème profond», lance le consultant en technologies de l'information, Réal Gauthier, qui depuis des années s'amuse à faire la lecture de la chronique d'une ruine technologique annoncée que chercheraient à écrire, selon lui, les acteurs des TIC au Canada. Un problème facilement quantifiable d'ailleurs lorsqu'on se penche sur la capacité de transmission de données numériques qu'offre aujourd'hui la Toile canadienne.

Un réseau et ses limites

La chose se mesure en Megabits par seconde (Mbit/s) et donne une bonne idée de l'aptitude qu'a un réseau pour faire face à son avenir. C'est qu'à une époque où l'Internet — tout comme les cellulaires — ne sert plus seulement à faire circuler du texte et de la voix, cette force de transfert est désormais cruciale puisqu'elle permet l'échange, sans contraintes, de fichiers sonores ou vidéo, généralement plus volumineux. Elle permet aussi de mettre un peu plus d'instantanéité dans les échanges, en donnant la chance par exemple à deux personnes de se parler et de se voir en direct, sans être physiquement au même endroit.

Mais il y a plus. Le Web n'est désormais plus seulement un simple buffet où l'internaute vient se servir, mais bien un espace de plus en plus ouvert où il vient aussi déposer des choses: ici des photos de son dernier voyage, là une vidéo artistique ou encore un extrait de sa dernière composition musicale. L'endroit aspire à devenir également un lieu d'échanges et de collaborations en direct par l'entremise de mondes virtuels, de vidéoconférences... Entre autres.

Les gourous des TIC parlent de «Web participatif». Et pour y accéder, les usagers doivent disposer d'un réseau qui offre une capacité de transfert de données élevée, autant pour le téléchargement (je prends) que pour le téléversement (je donne), chose que le réseau canadien peine franchement à offrir.

Alors que le reste de la planète succombe désormais à la fibre optique, ce câble lumineux qui décuple de manière exponentielle les capacités de transfert des contenus numériques, les grandes villes du pays, dont Montréal, sont en effet toujours accrochées au bon vieux câble coaxial de cuivre ou aux bonnes vieilles lignes téléphoniques avec leurs vitesses du passé.

Le hic: cette infrastructure dite «asymétrique» confère une vitesse modeste pour le téléchargement (généralement entre 7,5 et 10 Mbit/s), mais est aussi incapable de favoriser les téléversements de contenus à une vitesse supérieure à 1 Mbit/s. Ça, c'est 100 fois moins que les capacités de la fibre optique, un fil symétrique qui donne, lui, 100 Mbit/s de bande passante, comme on dit, et ce, que l'on désire prendre ou donner des contenus sur le réseau.

Ce fossé numérique canadien est aussi palpable dans l'univers du cellulaire où, en grande pompe l'automne dernier, Quebecor a annoncé avoir acquis la licence d'exploitation des téléphones sans fil de troisième génération (le 3G), forcément plus rapides que ceux actuellement en circulation partout au pays. Cette technologie est utilisée au Japon depuis plus de six ans. Quebecor prévoit offrir ses premiers forfaits au milieu de 2010, soit dans plus d'un an, alors que depuis quelques semaines Sprint aux États-Unis vante à la télévision et aux heures de grande écoute les vertus de son nouveau réseau... 4G (pour quatrième génération), qualifié du «réseau de maintenant.»

Des projets à revoir

Des épreuves condamnées à rester sur DVD, des effets spéciaux envoyés par avion ou encore un musicien contraint de se déplacer pour enregistrer une ligne de guitare dans un studio de Montréal alors qu'il aurait très bien pu le faire, par fibre optique, depuis un studio de Barcelone, Riga ou Singapour... Le retard technologique canadien ne menace pas la santé des citoyens, mais il n'en demeure pas moins très inquiétant, résume Sylvain Carle, qui s'occupe du dossier Internet à l'Alliance Numérique, un regroupement d'acteurs des TIC.

«C'est comme les mouvements écologistes, il y a 20 ans. Nous devons faire prendre conscience d'un problème qui a très peu d'effets apparents et qui ne tue personne. Mais le fossé qui commence à nous séparer du reste de la planète est tragique. À la longue, il va faire de nous une société technologiquement analphabète. Nous sommes dans un monde globalisé où la culture numérique occupe une place de plus en plus importante. Or, on est en train de reculer sur l'échiquier international quant à notre capacité à participer à une économie du savoir qui repose sur des réseaux de communication. Et j'espère que cela ne va pas prendre 20 ans avant qu'on se réveille.»






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Vos réactions

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  • Roger Lapointe
    Abonné
    samedi 16 mai 2009 05h52
    Qui doit prendre le leadership ?
    « Les communications ça relève du gouvernement fédéral habituellement.Pourquoi ce silence des médias électroniques sur ce sujet pourtant crucial dans notre développement économique.Dormons-nous au gaz? »

  • Michel Simard
    Abonné
    samedi 16 mai 2009 06h56
    La vache ne sait même pas qu'il y a un train qui passe
    « Le Québec et le Canada sont en train de prendre du retard non seulement en technologie mais dans plein de domaines. Notre société a développer une remarquable capacité à se regarder le nombril, à parlotter et à rester immobile, en se pétant les bretelles qu'on est le plus meilleur pays du monde. Si on n'y prend pas garde, nous serons dans quelques années une nouvelle Argentine. Surtout avec les policitiens d'arrière-garde que nous avons (voyez ce que ça donne l'arrière-garde, comment Bush a mis les États-Unis dans la dèche) et le Québec inc. moribond et qui quémande l'État à tour de bras. »

  • Marc Ouimet
    Inscrit
    samedi 16 mai 2009 09h40
    un manque de vision...
    « et de leadership flagrant. Par exemple, alors que les États-Unis d'Obama ont décidé d'inclure les infrastructures technologiques dans leur plan de relance et de financement des infrastructures, notre vision étroite et canadienne de la chose n'admet encore que le béton et les routes comme infrastructures: belle occasion manquée de se mettre à jour, et surtout manque de vision politique.

    Et on ne parle même pas du financement de la création de contenu numérique qui, mis à part les site convergents commerciaux, esst quasi inexistant pour les oeuvres artistiques ou les sites issus de la recherche. En clair, au Canada, on peut avoir beaucoup d'Argent pour faire le site web de Loft Story ou d'une quelconque série télé, mais n'essayez pas de développer un contenu original et conçu uniquement pour le web, à moins de vouloir le payer de votre poche. Ainsi, c'est pas moins de 4 des 6 programmes de culture canadienne en ligne qui se sont évaporés l'été dernier...

    Et que dire du Québec? Les minitres de la Culture vantent et vantent le numérique mais ne sont pas foutus d'y investir un cent, la SODEC étant déjà déchirée entre les lobbys de la télé et du cinéma qui, disons-le, sont implantés depuis bien plus longtemps que les geeks des TIC, sont habitués à leurs grosses enveloppes budgétaires et ne sont aucunement disposés à laisser aller un petit bout de couverture.

    Alors voilà le portrait d'une industrie numérique qu'on vante et qu'on dit tellement dynamique à Montréal, en oblitérant le fait que les principaux débouchés sont: le jeu vidéo, la pub et les sites web corporatifs, et que la main-d'oeuvre montréalaise est surtout appréciée pour ses bas salaires financés par le gouvernement, bref parce que c'est du cheap labour. Point à la ligne. Et sans dire que la pub, les jeux vidéo ou les sites web corporatifs doivent disparaître, ce n'est certainement pas ces secteurs qui font progresser la société, ni élèvent l'individu en lui faisant voir quelque chose de neuf (autre qu'un effet spécial digital), bref en l'ouvrant sur ce qu'on appelle la véritabl culture, vous savez, celle qui se fout des box-office et des retours sur investissement. Mais il ne faudrait pas dépenser dans de telles inepties, mieux vaut investir notre cagnotte collective à la bourse, au moins il y a des chances de profits mirobolants, ah mais oui, c'est vrai, il y a aussi la chance de se casser la gueule et de rester gros jean comme devant, on dirait qu'on est plus doués pour ça que pour l'innovation. Désolant. »

  • Marc M. Davignon
    Abonné
    samedi 16 mai 2009 14h53
    On se calme les pompons!
    « Faut-il jouer à celui qui pisse le plus loin?

    Retard de quoi ? Retard intellectuel? Ce n'est pas la «bébelle» qui va vous donner l'inspiration et le génie qu'il vous manque. »

  • Monique Chartrand
    Inscrite
    samedi 16 mai 2009 15h05
    Une infrastructure du XX1e siècle
    « A l'instar de nombreux pays le Canada, le Québec et le municipalité ont besoin de stratégies numériques majeures depuis des années.

    Des initiatives comme le plan numérique pour le Québec : http://www.unplannumeriquepourlequebec.com/ démontre le dynamisme d'individus, d'entreprises et d'organismes communautaires sur cette voie.

    La tenue d'un Sommet du numérique en présence de tous les secteurs d'activités permettrait d'engager notre avenir collectivement, s'inspirant grandement du président Obama qui s'est appuyé sur l'intelligence collective des communautés pour élaborer son plan : http://change.gov/agenda/technology_agenda/

    qui appuie la campagne Internet for everyone :

    http://www.youtube.com/watch?v=dVLYRDoC8nY

    source d'inspiration pour le Canada : http://www.internetforeveryone.ca/fr.html

    en privilégiant la formation de toutes et tous et en faisant de l'accès universelle aux technologies de l'information et des communications une priorité nationale - comprenant que ces autoroutes faites de fibres, ces ponts de la mondialisation, ces infrastructures sont celles du XXIième siècle; que l'accès gratuit et disponible partout publiquement (puisque les machines à loto peuvent l'être) serait garant de notre économie. Que des investissements de billions sont nécessaires pour améliorer la qualité de cet accès pour tous : http://www.cbc.ca/technology/story/2008/09/15/tech-broadband.html. »

  • Claude Malaison
    Inscrit
    samedi 16 mai 2009 15h10
    L'avenir du Québec passe-t-il par le numérique ? Réponse : OUI !
    « J'ai écrit un billet sur mon blogue en juillet 2008 sur le sujet à la suite, justement, d'une conversation avec René Barsalo. Je vous invite à le lire car expliquer notre retard dans ce commentaire serait trop long...
    http://emergenceweb.com/blog/?p=472 »

  • Daniel Beaudry
    Abonné
    samedi 16 mai 2009 15h47
    Nous payons pour les autres
    « J'ai fait la connaissance d'une personne qui téléchargeait un gigabyte par jour. Cette personne paie le même prix que moi qui télécharge le dixième de cela dans un mois.
    Les jeux vidéo en ligne consomment énormément de bande passante. Sont-ils si importants pour l'économie ? Certainement qu'ils le seraient si le consommateur de bande payait sa part. Cela permettrait de brancher tout le monde à une vitesse décente. »

  • Monique Chartrand
    Inscrite
    samedi 16 mai 2009 15h49
    Une infrastructure du XX1e siècle
    « A l'instar de nombreux pays le Canada, le Québec et le municipalité ont besoin de stratégies numériques majeures depuis des années.

    Des initiatives comme le plan numérique pour le Québec : http://www.unplannumeriquepourlequebec.com/ démontre le dynamisme d'individus, d'entreprises et d'organismes communautaires sur cette voie.

    La tenue d'un Sommet du numérique en présence de tous les secteurs d'activités permettrait d'engager notre avenir collectivement, s'inspirant grandement du président Obama qui s'est appuyé sur l'intelligence collective des communautés pour élaborer son plan : http://change.gov/agenda/technology_agenda/

    qui appuie la campagne Internet for everyone :

    http://www.youtube.com/watch?v=dVLYRDoC8nY

    source d'inspiration pour le Canada : http://www.internetforeveryone.ca/fr.html

    en privilégiant la formation de toutes et tous et en faisant de l'accès universel aux technologies de l'information et des communications une priorité nationale - comprenant que ces autoroutes faites de fibres, ces ponts de la mondialisation, ces infrastructures sont celles du XXIième siècle; que l'accès gratuit et disponible partout publiquement (puisque les machines à loto peuvent l'être) serait garant de notre économie. Que des investissements de billions sont nécessaires pour améliorer la qualité de cet accès pour tous : http://www.cbc.ca/technology/story/2008/09/15/tech-broadband.html. »

  • Monique Chartrand
    Inscrite
    samedi 16 mai 2009 15h55
    Une infrastructure du XX1e siècle
    « A l'instar de nombreux pays le Canada, le Québec et les municipalités ont besoin de stratégies numériques majeures depuis des années.

    Des initiatives comme le plan numérique pour le Québec : http://www.unplannumeriquepourlequebec.com/ démontre le dynamisme d'individus, d'entreprises et d'organismes communautaires sur cette voie.

    La tenue d'un Sommet du numérique en présence de tous les secteurs d'activités permettrait d'engager notre avenir collectivement, s'inspirant grandement du président Obama qui s'est appuyé sur l'intelligence collective des communautés pour élaborer son plan : http://change.gov/agenda/technology_agenda/

    qui appuie la campagne Internet for everyone :

    http://www.youtube.com/watch?v=dVLYRDoC8nY

    source d'inspiration pour le Canada : http://www.internetforeveryone.ca/fr.html

    en privilégiant la formation de toutes et tous et en faisant de l'accès universel aux technologies de l'information et des communications une priorité nationale - comprenant que ces autoroutes faites de fibres, ces ponts de la mondialisation, ces infrastructures sont celles du XXIième siècle; que l'accès gratuit et disponible partout publiquement (puisque les machines à loto peuvent l'être) serait garant de notre économie. Que des investissements de billions sont nécessaires pour améliorer la qualité de cet accès pour tous : http://www.cbc.ca/technology/story/2008/09/15/tech-broadband.html. »

  • Pierre-Alain Cotnoir
    Abonné
    samedi 16 mai 2009 18h47
    La campagne mieux desservie
    « Alors que les légions des majors en telco avaient envahis le Québec, une petite coop résistait victorieusement aux majors, CoopTel. Depuis plus de 60 ans, elle résiste aux armées de Peladosus et de Sabiasus. Mieux, elle les devance. Car dans le petit village de Ste-Christine, repoussant Bell, elle y déploie la fibre optique à la maison, offrant une haute vitesse dont les citadins rêvent encore, la ipTV Haute définition et le téléphonie cellulaire. Dommage que vous ne compreniez pas que la coopération a bien meilleur goüt en faisant affaire avec une coop au lieu d'enrichir des actionnaires. »

  • Marc Lavallée
    Inscrite
    samedi 16 mai 2009 20h22
    Fracture pour qui?
    « Relativisons un peu.
    L'augmentation de la vitesse n'est pas l'enjeu principal.

    Ce qui est décrit dans cet article, ce sont d'abord les besoins de professionnels qui se font concurrence, et qui veulent éviter de payer des services rapides conçus pour arnaquer les entreprises. De la très haute vitesse au Canada, il y en a, elle n'est juste pas mise au service des citoyens. En fait ce sont les usages qui manquent. Le citoyen peut encore se contenter d'un réseau Internet relativement lent; ce qui importe c'est ce qu'il en fait sur une certaine durée. Il y a encore beaucoup d'éducation à faire sur les usages d'Internet avant de paniquer sur la bande passante. Procédons dans l'ordre.

    L'innovation, qui a le dos très large, est une chose lente, accessoirement une question d'infrastructure et de béton. Elle s'incarne dans le présent de manière à changer les règles du jeu pour le mieux, pas seulement pour plus de la même chose. Cet article me fait penser au facteur dans "La fête" de Tati, fasciné par les méthodes des postiers américains avec des fusées dans le dos...

    Qu'est-ce qui fait le succès de Youtube; la super haute-vitesse ou un compromis de résolution? Si on ne veut que de la vitesse extrême et de l'ultra-résolution, on restera toujours insatisfait. C'est la métaphore de l'autoroute électronique à six voies qui est désuète; il manque des chemins de terre, de trains de banlieu et des pistes cyclables sur ce réseau. Branchons d'abord tout le monde et encourageons les usages actifs et intelligents.

    À quoi sert un réseau plus rapide si on n'arrive même pas à exploiter correctement les possibilités d'un réseau tout court? Qu'est-ce qui est mieux: un enfant en région qui regarde de la télévision sur un Internet ultra-rapide ou celui qui lit à la bibliothèque publique en ville? On téléchargerait un eBook en 0.03 secondes au lieu de 3 minutes qu'on ne le lirait pas plus vite. Et on croit que c'est en transformant l'Internet en télévision HD qu'on résoudra le problème?

    J'ai assisté ce jeudi à la SAT à une performance musicale en réseau entre Montréal et Gaspé. Dans ce cas, une connexion dédiée était requise (à défaut d'un Internet 4G), et les paramètres d'encodage étaient conservateurs; quelques canaux d'audio non-compressée et deux canaux vidéo au format SD (pas HD). Ça fonctionnait bien et les publics distants étaient heureux d'assister à cette démonstration festive d'une technologie en développement. Le résultat ne valait pas plus que ce que le groupe musical alors séparé aurait fait réuni sur une même scène; ce qui était vraiment célébré, c'était le résultat du projet Propulsart, une intégration réussie de logiciels libres. Cette intégration s'est effectuée sur une longue période, grâce au travail d'une équipe de la SAT, à la générosité et la disponibilité des différents contributeurs de logiciels, à ce à l'aide du bon vieux Internet "ordinaire". Cette technologie fonctionne probablement avec une connection rapide "classique", si on prend la peine de bien la configurer et en acceptant des compromis. Un bon exemple de compromis accepté: la mauvaise qualité audio de la téléphonie cellulaire, ce qui ne l'empêche pas d'être utilisé au Canada.

    On peut évoquer l'écologie pour suggérer un certain retard au pays du "dirty oil", mais l'écologie, doit-on le rappeler, c'est aussi la promotion d'une idée: faire avec ce qu'on a, différement, en supposant même qu'on pourrait faire plus avec moins, plus intelligemment. Pour cela, il ne faut pas attendre la technologie qu'on n'a pas encore acheté (comme les voitures électriques et un barage qui détruit une autre grande rivière). Comme des gens qui continue à se transporter en abandonnant leur voiture, il y a des musiciens d'ici qui collaborent à distance via Internet, contrairement à ce que l'article laisse supposer; il y a des limites à jouer sur le fantasme de la téléportation, parce que la médiatisation électronique opère aussi en temps non-réel.

    Même ici, l'accroissement de la bande passante a été constant; qu'il l'a été plus ailleurs n'est pas nouveau, et on ne peut pas gagner tous les combats. Comparé à plusieurs pays, le Canada a surtout du chemin à faire par rapport aux usages; ce retard existe parce qu'on a cru d'emblée que la seule vitesse de nos réseaux nous rendait supérieurs aux autres. Pendant ce temps, ça bougeait plus vite ailleurs sur des réseaux plus lents. Les investissements en insfrastructure suivent la qualité des usages citoyens, et on a ce qu'on mérite. Le seul fait que nous acceptons de payer un accès privé pour voir une télévision publique de plus en plus médiocre est symptomatique de notre attitude envers nos infrastructures de communications. Il ne faut pas se surprendre que les fournisseurs Internet canadien "veuillent notre bien" sans nous en offrir les moyens.

    (message écrit sur un portable XO, branché à 1Mbps) »

  • Cindy Rivard
    Inscrite
    samedi 16 mai 2009 23h22
    Et vous avez pensé aux problèmes des régions ?
    « J'ai lu votre article avec un étonnement ironique si je peux me permettre de m'exprimer ainsi. Je sais que vous avez raison, mais quand je lis une phrase comme « le fossé qui commence à nous séparer du reste de la planète est tragique », je ne peux m'empêcher de penser « Et nous alors ?». J'habite au Bas-Saint-Laurent et je n'ai accès à internet haute vitesse que depuis environ 1 an. Je blogue depuis 5 mois et je «twitte» depuis 2 mois. Je me mets à jour quoi ! Vous parlez de retard planétaire et ici on peine à avoir les services minimum pour faire des affaires dignement non seulement avec le reste de la planète, mais avec le reste de la province. Nos élus provinciaux disent travailler pour le développement des régions ressources, mais comment voulez-vous attirer de nouvelles entreprises là où les services de bases ne sont même pas disponibles (HV et cellulaire). Le discours ne tient pas la route et les efforts font parfois l'effet d'un coup d'épée dans l'eau.
    Ce n'est pas seulement l'économie du savoir qui repose sur des réseaux de communications, mais l'économie tout court. »

  • Pierre-Yves Pau
    Inscrit
    dimanche 17 mai 2009 11h46
    Les effets pervers de la réglementation
    « L'industrie des télécoms canadienne est toujours une des plus réglementées du monde capitaliste.
    .
    C'est une des principales raisons pour lesquelles le taux de pénétration de la téléphonie mobile au Canada dépasse à peine les 60%, alors qu'il est supérieurs à 100% et jusqu'à 120% dans les pays nordiques (note: ce qui signifie qu'un abonné possède en moyenne plus d'un appareil sans-fil).
    .
    Or il y'a une raison majeure à cela: les limitations fédérales à l'investissement étranger dans les compagnies de télécommunication, qui étranglent les sources de capital; les télécoms sont une des industries les plus intensives en capital, et sans capital, l'offre et la concurrence ne peuvent que traîner la patte.
    .
    C'est aussi la raison pour laquelle les Canadiens paient leurs télécommunications plus cher.
    .
    De plus la réglementation des tarifs a longtemps limité la capacité des opérateurs nationaux à investir, puisque sans la possibilité d'établir les tarifs en fonction du marché, le retour sur investissement ne peut qu'être problématique: on n'investit pas dans ces conditions. Bien que la situation s'améliore du côté de ces contraintes de tarif, le Canada a une dure pente à remonter.
    .
    Alors il faut se faire une raison: ou bien on assouplit les règles, en particulier sur l'investissement étranger, ou bien on accepte de rester sur la touche.
    .
    La réglementation n'a pas le pouvoir de faire pousser les sous dans les arbres, pas plus que les météorologues n'ont celui de faire tomber la pluie au Sahara. »

  • Jasette
    Abonné
    dimanche 17 mai 2009 18h08
    M. Lavalée: Votre réflexion est très judicieuse.
    « Tout est dit...

    jm »

  • André Chamberland
    Inscrit
    dimanche 17 mai 2009 19h03
    Souvenons-nous des Carthaginois
    « Ils étaient les plus avancés en technologie. Regardez maintenant. C'est exactement ce qui arrive au Canada! »

  • Marc M. Davignon
    Abonné
    lundi 18 mai 2009 10h42
    Volonté!
    « La volonté de faire quelque chose. De faire de la recherche ou de ne pas en faire. D'investir dans la création de connaissance et par ricochet une meilleure infrastructure pour supporter celle-ci. Toutes les autres considérations sont accessoires et même des sophismes pour nous faire oublier l'essentiel. La techno n'est pas créatine des idées novatrices. Alors, cesser de faire (encore une fois) peur avec cette notion de retard.

    Il faut pour que les choses puissent changer que nous puissions élire des gens avec une vision plus large que celle d'encourager les entreprises à «pomper» les ressources. La technologie n'est pas un phénomène naturel qui va au gré d'une loi de la physique qui nous est inconnue. La technologie relève de la volonté humaine pour qu'elle soit disponible ou non. Ce que nous pouvons en conclure, c'est que la volonté de ceux qui la contrôlent (qui ne sont pas élus, eux) n'est pas en lien avec vos besoins. Ils veulent faire un maximum de profit avec le minimum d'investissement.

    Je me souviens d'un temps pas si lointain (90) ou un système ne vit jamais le jour, car une de nos compagnies Québecoise s'obstinait à construire ce dernier avec une technologie complètement dépassée. Le producteur de la puce avait même arrêté la production de celle-ci. Quand même. Mais la compagnie continuée à vouloir développer la «boîte interactive» avec cette technologie désuète. Les autres partenaires du projet avec fait des pressions pour faire l'utilisation d'une puce ayant un peu plus de potentiel (pas trop quand même), mais en vain. Le projet périclitait, car les partenaires se retiraient du projet. L'important ce n'est pas de savoir si nous sommes en arrière ou non, c'est de connaître qui nous maintient en arrière et pour quelles raisons.

    Soyez sans crainte, votre cerveau ne rapetisse pas parce que la technologie X n'est pas présente. Au contraire, les contraintes nous obligent à être plus créatifs. N'est-ce pas là, la source de notre solitude? »

  • Michel Thibault
    Abonné
    lundi 18 mai 2009 23h59
    @ monsieur Ouimet
    « En plus du manque de vision, il y a partout de la résistance au changement dans la société.

    Et comme le disait l'inventeur du numérique, nos décideurs ne peuvent imaginer ce dont ils ignorent. Quand on va réaliser à côté de tout ce que l'on manque l'on va réagir »

  • Mike Campbell
    Inscrit
    jeudi 21 mai 2009 21h53
    Un triste constat resultat d'un conflit d'interets
    « C'est un triste constat de voire que nous perdons notre position de chef de file car les compagnies d'internet ont egalement des reseaux de distribution televisuel qu'ils cherchent a proteger, ceux-ci sont en quelques sortes leurs vache a lait. Avec ses 20 gigs de telechargement Videotron est probablement la cie internet la plus chiche de tout les ameriques. Pourquoi est elle aussi cheap? Elle ne veut pas que le consommateur utilise son reseau internet pour aller chercher le meme contenu que sur son reseau de cable. Ou sont les autorites reglementaires du CRTC lorsque le Canada en a vraiement besoin. »

  • Denis Boudreau
    Inscrit
    vendredi 22 mai 2009 12h14
    On est capable!
    « Et si la relance économique de notre province passait aussi par le génie inventif qui nous caractérise, par le talent de notre industrie des TI? En ces "temps de contexte économique difficile" pourquoi ne pas se donner les moyens d'investir un peu dans ce qui constitue vraisemblablement un domaine d'avenir?

    Les acteurs influents de notre industrie des technologies de l'information et des communications font preuve de cette vision si fondamentale à notre essor culturel, social et économique. Pourrait-on un peu compter sur une vision de nos dirigeants politiques et du secteur privé également?

    Pourquoi ne pas se laisser réellement inspirer, pour une fois, du "on est capable" des Lesage et Lévesque qui a permis l'émancipation économique et démocratique du Québec en 1962 pour construire, quelques 47 ans plus tard, une véritable vision des technologies de l'information, un véritable plan numérique pour le Québec? »

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