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Cerveau et schizophrénie - Une hormonothérapie pour soigner les schizophrènes?

Des études de neuroimagerie récentes révèlent que le cerveau des schizophrènes a changé de sexe. La découverte de cette inversion sexuelle du cerveau pourrait conduire à de nouvelles thérapies pour soigner cette maladie mentale, a-t-on appris dans le cadre du congrès de l'Acfas.

Nous savons depuis longtemps que les symptômes que présentent les femmes souffrant de schizophrénie diffèrent de ceux des hommes atteints de la même maladie. De plus, la maladie apparaît environ quatre ans plus tôt chez les hommes que chez les femmes, fait remarquer d'entrée de jeu la neuroscientifique Adrianna Mendrek du Centre de recherche Fernand-Seguin et de l'Université de Montréal.

Dans la population normale, le cerveau des hommes se distingue de celui des femmes. Le cortex cingulaire antérieur, qui est impliqué dans les connexions entre la cognition et les émotions, est normalement plus grand chez les femmes que chez les hommes. Le cortex orbito-frontal et l'amygdale, deux structures traitant les émotions, sont normalement plus volumineux chez les hommes que chez les femmes. Or, quelques études récentes ont montré que chez les personnes schizophrènes, le tableau était inversé.

Adrianna Mendrek, chercheuse au Centre de recherche Fernand-Seguin de l'Hôpital Louis-H. Lafontaine et aussi chercheuse agrégée au Département de psychiatrie de l'Université de Montréal, a pour sa part comparé le fonctionnement du cerveau d'hommes schizophrènes à celui de femmes schizophrènes lors d'émotions fortes provoquées par la présentation d'images choquantes. L'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle a montré que «les régions assurant la gestion des émotions s'activaient chez les hommes normaux de façon presque identique que chez les femmes schizophrènes, précise la neuroscientifique. Et l'activation de ces mêmes zones chez les femmes normales ressemblait à s'y méprendre à celle enregistrée chez les hommes schizophrènes.»

Mme Mendrek a aussi mesuré l'activation cérébrale durant des tâches cognitives, comme celle consistant à imaginer la rotation de figures tridimensionnelles dans l'espace, des tâches qui sollicitent des fonctions visuospatiales, dans lesquelles les hommes excellent normalement plus que les femmes. Or, les résultats obtenus chez les patients schizophrènes étaient encore une fois inversés par rapport à ceux obtenus chez les sujets normaux. Les femmes schizophrènes obtenaient de très bonnes performances qui étaient comparables à celles des hommes normaux, et l'activation des zones cérébrales impliquées dans l'exécution de ces tâches était très intense. Par contre, les hommes schizophrènes réussissaient moins bien à ces tâches que les normaux et l'activation des zones cérébrales était également bien moindre.

Adrianna Mendrek cherche maintenant à savoir si ce renversement du dimorphisme sexuel est lié aux hormones sexuelles, telles que les oestrogènes et la testostérone. Pour ce faire, elle mesure les niveaux d’hormones sexuelles chez les sujets schizophrènes pour lesquels elle avait mesuré l’activité cérébrale. «Déjà, nous avons trouvé une diminution de testostérone chez les hommes atteints de schizophrénie par rapport à la population normale. Et les femmes souffrant de schizophrénie présentent quant à elles une augmentation de testostérone, ainsi qu’une réduction d’oestrogène», précise-t-elle.

Ces perturbations hormonales sont peut-être apparues lors du développement embryonnaire. Ou encore, elles peuvent être purement d’origine génétique et découler d’une anomalie des chromosomes X ou Y. On peut aussi penser aux effets de certaines toxines présentes dans l’environnement qui modifient les niveaux d’hormones sexuelles, s’interroge la chercheuse.

«Ces résultats nous incitent à envisager l’administration de faibles doses d’hormones sexuelles — de testostérone à des hommes schizophrènes et d'oestrogène à des femmes schizophrènes — comme traitement de la maladie. Une collègue australienne l’a essayé, et elle dit que cela fait des miracles dans certains cas», lance la chercheuse qui s’empresse de préciser que ce traitement ne s’appliquera pas à tous les schizophrènes car la schizophrénie est une maladie très hétérogène.






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  • Ginette Bertrand
    Inscrite
    mardi 12 mai 2009 05h16
    Résumé non concluant
    Ce maigrichon résumé permet difficilement de conclure qu'une hormonothérapie pourrait être indiquée dans le traitement des personnes schizophrènes. Il aurait été intéressant que vous nous donniez un hyperlien sur l'étude complète pour qu'on puisse savoir, entre autres, le nombre de sujets qui en ont fait l'objet et les conditions dans lesquelles l'étude a été réalisée.

    La schizophrénie est encore une maladie méconnue où bien des hypothèses circulent. Cela fait à peine 30 ans qu'on se penche sérieusement sur la question au Québec. Les traitements médicamenteux sont loin d'être encore au point et c'est encore le principe du "try-and-error" qui prévaut, avec tous les effets indésirables qui en découlent.

    Il est fort possible que l'hormonothérapie puisse s'avérer efficace. Mais comme c'est malheureusement le cas dans presque tous les comptes rendus scientifiques publiés dans la presse généraliste, on ne retient que des bribes susceptibles de faire le bonheur des titreurs sensationnalistes, et la chair autour de l'os brille par son absence.

  • Jean-Philippe Vaillancourt
    Abonné
    mardi 12 mai 2009 07h34
    Diagnostique médical ou verdict moral?
    Encore une autre découverte "médicale" concernant la schizophrénie. Après la découverte d'un gène causant cette "maladie" et les prédispositions biologico-génétiques avec les études portant sur les jumeaux, voici que l'on nous arrive cette fois avec la thèse du débalancement hormonal et évidemment, un possible traitement pharmacologique qui l'accompagne.

    Ce qui m'apparaît encore difficile à comprendre est que malgré ces importantes "découvertes", il n'y existe encore aucune méthode objective afin de diagnostiquer cette "maladie" que l'on dit provenir de causes biologiques. Nous en sommes toujours au diagnostique à partir d'inférences et de jugements sociaux sur la simple base de comportements.

    Dans notre société médicalisante, il n'est pas surprenant que nous cherchions des réponses rapides et déresponsabilisantes aux problèmes et difficultés que vivent les gens et ce, spécialement lorsqu'il est question du l'aspect affectif et émotionnel.

    Malgré toutes ces découvertes médicales, une question fondamentale demeure. Est-ce que la schizophrénie est réellement un diagnostique médical ou un simple verdict moral?

  • Olivier Rene
    Inscrit
    mardi 12 mai 2009 07h41
    Et le social dans tout ça
    Encore une fois, la dimension biologique du problème est mise de l'avant comme si les personnes diagnostiquées de schizophrénie n'étaient qu'un amalgame de circuits, la plupart malfonctionnels, qu'il faut à tout prix comprendre et améliorer. Cette perspective renforce également une vision de la "maladie mentale" comme ancrée dans les interstices du cerveau en tant qu'organe.

    L'amélioration de la qualité de vie d'une personne qu'elle que soit ses fragilités ne réside pas à mon avis dans ce créneau de recherche.

  • Yvon Roy
    Abonnée
    mardi 12 mai 2009 11h00
    WOW!
    Je serais bien curieux de savoir si le même phénomène se produit pour les femmes ménopausées qui ont parfois de bien grosses moustaches entre autres.

  • Maxime Parenteau
    Inscrit
    mercredi 13 mai 2009 12h39
    @Ginette Bertrand
    Ceci est un article de journal, pas un article scientifique. Et, contrairement à plusieurs autres articles de journal, il contient bien assez d'information pour pouvoir vérifier le contenu.
    L'article découle d'une conférence à l'Acfas, mais il est facile de trouver les articles scientifiques (et donc contenant toutes les références qui y sont liées). Bien entendu, il faut se donner la peine de chercher un peu, mais ça m'a pris moins de 5 minutes pour avoir toutes les infos (et plusieurs autres minutes pour lire en détails...) À l'air du numérique, tout est à la porté de quelques pressions de boutons (certes, reste à savoir lesquels...)

    Le travail d'un journaliste n'est pas de rapporter des sources, mais plutôt rapporter des faits, vérifiables par des sources.

    À Mme Gravel: Bonne article, merci de rapporter ces avancées :)


    Voir article:
    Sex differences in memory processing in schizophrenia: an event-related potential (ERP) study,
    Guillem F, Mendrek A, Lavoie ME, Pampoulova T, Stip E,
    Prog Neuropsychopharmacol Biol Psychiatry. 2009 Feb 1;33(1):1-10. Epub 2008 Aug 7

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