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Libre-Opinion - Le temps est venu de favoriser la recherche

Marc Garneau - Député de Westmount-Ville-Marie, porte-parole libéral pour l'industrie, les sciences et la technologie  20 février 2009  Science et technologie
Jean Chrétien et Paul Martin ont accompli bien des choses. Une de leurs plus grandes réalisations fut la création de puissants vecteurs de revitalisation de la recherche publique. La Fondation canadienne pour l'innovation, le programme des chaires de recherche du Canada, Génome Canada et le programme de financement des frais de recherche indirects, entre autres, démontrent leur clairvoyance et leur compréhension du rôle essentiel de la recherche dans notre pays.

En revanche, le dernier budget montre de façon très claire que le gouvernement Harper ne saisit pas l'importance de la recherche scientifique comme force créatrice des emplois de demain. En effet, les trois conseils subventionnaires qui contribuent vigoureusement au financement des chercheurs de nos universités et de nos hôpitaux de recherche subiront sur trois ans des réductions au nom de l'«efficacité» et du «recentrement». Tout aussi inquiétant, Génome Canada n'a pas reçu de nouveau financement cette année et ne pourra donc pas lancer le processus pluriannuel d'engagement des scientifiques canadiens de talent et des partenaires du secteur privé dans le prochain cycle de recherche qui est capital pour atteindre la masse critique et réaliser des percées décisives.

Il est pourtant grand temps que le Canada déclare sans équivoque son engagement à long terme en faveur des sciences, de la recherche et de l'innovation. Cet engagement doit être solide comme le roc et envoyer au grand public comme au secteur privé le message suivant: le Canada inscrit son action dans la durée! À ce titre, il mettra en place les politiques, les financements et les incitatifs propres à assurer l'atteinte de cet objectif à long terme.

Ce message est crucial car il permettra à nos scientifiques de procéder sereinement à la planification à long terme sans laquelle la recherche scientifique n'est pas possible. Ils sauront ainsi que nous croyons vraiment dans ce qu'ils font et surtout que nous comprenons la nature de leur travail. Nous leur fournirons les outils qu'il leur faut pour le mener à bien.

Quand on écoute Barack Obama, il devient évident que nos voisins du sud savent de quoi il retourne, tout comme bien d'autres pays qui mesurent pleinement l'importance du financement scientifique. Pourtant, nous aussi nous voulons que nos scientifiques restent au Canada. En fait, nous voulons aussi que viennent chez nous des scientifiques de partout.

En lançant ce message, il faut également préciser qu'il s'agit de toutes les formes de recherche, que ce soit en génie ou en sciences naturelles, en sciences médicales ou en sciences de la vie, en sciences humaines ou en sciences sociales. Au bout du compte, toutes les formes de recherche sont légitimes et essentielles à notre prospérité.

En lançant ce message, nous devons déclarer haut et fort qu'il n'appartient pas au gouvernement de restreindre les formes de recherche susceptibles d'être subventionnées. Ce serait une erreur monumentale que de favoriser les sciences appliquées au détriment des sciences fondamentales éventuellement dénuées de valeur commerciale. Une telle attitude trahit une incompréhension du processus de la recherche et finit par exclure bien des découvertes prometteuses qui viendront nourrir l'innovation technologique de demain.

Le Canada doit aussi remédier à ses faiblesses en matière d'innovation, car il fait constamment moins bien que bien des pays, comme la Finlande, l'Irlande, les États-Unis, et j'en passe. Nous avons tout ce qu'il faut pour être aussi novateurs qu'eux, mais le fait est que nous ne le sommes pas. Nous devons en analyser les raisons et faire les changements qui s'avèrent nécessaires. Nous devons nous doter d'une démarche cohérente à l'égard des nombreux éléments essentiels à l'innovation et remédier à certaines faiblesses qui nous sautent aux yeux, comme les failles dans la commercialisation de la recherche et le tarissement du capital de risque.

En somme, il y a beaucoup à faire et il nous faudra sans nul doute plusieurs années pour arriver à nos fins. Toutefois, nous avons les ressources nécessaires et nous pouvons à coup sûr adopter les pratiques qui ont réussi ailleurs pourvu que nous soyons prêts à changer nous-mêmes. Certains changements sont culturels, certes, mais il est également impératif que nos gouvernements commencent à envisager l'innovation différemment. Une chose est certaine: il n'y a pas de temps à perdre.
 
 
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