Science 2009 - Dans la boule de cristal des scientifiques
Une image de la planète Mercure prise il y a un an, en janvier 2008. L’Organisation des Nations unies a déclaré 2009 Année mondiale de l’astronomie avec l’UNESCO et l’Union astronomique internationale.
En 2008, nous avons vu le plus puissant accélérateur de particules démarrer, puis tomber en panne. La sonde Phoenix a touché le sol de la Planète rouge, on a créé le premier génome entièrement artificiel et les ours polaires ont été placés sur la liste des espèces mises en péril par les changements climatiques. Les découvertes scientifiques de 2009 seront-elles encore plus excitantes? Devant l'usage inapproprié de la boule de cristal, Le Devoir a interrogé quelques uns des scientifiques québécois les plus reconnus dans leur domaine respectif.
Le ciel peut indiquer ce que 2009 nous réserve sans le truchement d'une astrologue. Les Nations unies, avec l'UNESCO et l'Union astronomique internationale, ont déclaré 2009 Année mondiale de l'astronomie. Près de nous, cet événement donnera lieu à des activités spéciales un peu partout sous la voûte céleste, dont à l'ASTROLab du Mont-Mégantic.
Le télescope de la première réserve internationale de ciel étoilé participera aussi à la recherche de systèmes extrasolaires. Tout porte à croire que la quête pour découvrir de nouvelles planètes en 2009 sera couronnée de succès, selon l'astronome René Doyon, dont les découvertes 2008 figurent sur la prestigieuse liste des exploits de l'année de la revue Nature.
Les deux techniques qui permettent d'identifier des exoplanètes ont connu des avancées technologiques importantes en 2008. Utilisant la première, la détection indirecte, les scientifiques du Harvard-Smithsonian Center for Astrophysics de Cambridge décrivent l'Astro-comb dans l'édition du 3 avril dernier de la prestigieuse revue scientifique Nature. «Nous étions limités par la précision de nos techniques, qui permettaient de localiser au mieux des planètes cinq fois plus grosses que la Terre», expliquaient-ils. La nouvelle technique d'analyse jouit d'une précision 60 fois supérieure à l'ancienne. Elle est même cinq fois plus exacte que ce dont nous aurions besoin pour identifier des Terres potentielles. L'Astro-comb permettra de passer au peigne fin la portion de notre galaxie à la portée des télescopes actuels, soit un rayon d'environ 50 années-lumière. La banlieue, si on considère que la Voie lactée fait 100 000 années-lumière de diamètre.
Grâce à une amélioration de la deuxième technique, l'imagerie, l'équipe menée par René Doyon a été la première à observer de façon directe l'existence de planètes autour d'autres étoiles que le Soleil. Elles ont réussi l'exploit de photographier directement trois planètes gazeuses gravitant autour d'une même étoile. La découverte a été citée en novembre dernier dans Science. Plus de 300 planètes extrasolaires ont jusqu'à maintenant été repérées, mais il s'agissait uniquement d'observations indirectes comme celles faites par l'équipe de Cambridge. L'astronome et son équipe ont un programme chargé pour l'année qui commence: «On a plus d'une centaine d'étoiles candidates à observer en 2009 pour voir les planètes autour. Sommes-nous seuls au monde?»
«La quête ultime, dit René Doyon, c'est de capter l'image d'une planète bleue. Ça va prendre des télescopes au-delà de l'atmosphère.» Et ça, ce n'est pas pour 2009, mais plutôt dans quelques décennies, et des milliards de dollars, d'ici.
Pour lui, l'Année mondiale de l'astronomie «sert à voir notre place dans l'univers, et surtout avec les changements climatiques, réaliser à quel point nous sommes privilégiés d'avoir une planète Terre».
En 2009, l'année des outils ultrapuissants en physique
Au cours des derniers mois, le monde a acclamé la mise en marche du Large hadron collider (LHC) près de Genève, l'accélérateur de particules le plus puissant du monde, avant de soupirer de déception devant une panne qui l'a mis K.-O. depuis.
Le joujou devrait reprendre du service à l'été 2009. Malgré cette cuisante défectuosité et les délais qu'elle engendre, Nature a déclaré le chef de projet du LHC, Lyn Evans, personnalité scientifique de l'année. Le LHC, à sa remise en route, partira à la chasse au fameux et tout aussi fugace boson de Higgs.
Les scientifiques croient que cet élément fondamental donne la masse de toutes les particules, mais on ne l'a jamais découvert.
Si l'accélérateur ne révèle pas le boson en 2009, les lasers super puissants pourraient sauver l'honneur de l'année scientifique des physiciens.
Le chercheur André Bandrauk, un des fondateurs de la nouvelle science de l'attoseconde (10-18 seconde), bouillonne d'enthousiasme pour les découvertes à venir à moyen terme. L'attoseconde est un milliardième de milliardième de seconde. Elle est un milliard de fois plus courte qu'une nanoseconde.
Comme Le Devoir l'expliquait cet automne, les physiciens utilisent maintenant des éclairs de lumière infiniment rapides, de l'ordre de l'attoseconde — l'éclair le plus bref jamais émis est de 34 attosecondes. «On excite une molécule avec le laser, tellement que, lorsque le flash de lumière du laser l'atteint, elle émet, comme une luciole, un flash encore plus rapide que le mouvement de l'électron», explique André Bandrauk. Si aujourd'hui les molécules excitées dans les laboratoires sont assez simples — oxygène, azote — le chercheur annonce que, sous peu, on pourra étudier des molécules organiques, à la base de la vie. Un électron fait le tour du noyau en 150 attosecondes. Plus rapides encore, les impulsions laser de l'ordre de l'attoseconde permettront de photographier pour la première fois un électron en mouvement.
Pour André Bandrauk, 2009 verra les débuts de l'application de la nouvelle science attoseconde. Une de ses premières applications devrait être en informatique. «Des chercheurs allemands pensent savoir comment augmenter la bande passante en électronique et se rapprocher de l'ordinateur quantifique», dit-il. Il explique que les nouveaux lasers de grande puissance permettront à la biophotonique de remplacer la biologie moléculaire dans l'étude des molécules organiques et de leur comportement. «On va pouvoir suivre ce qui se passe dans le temps, dans une cellule par exemple, comme un film», s'enthousiasme-t-il.
En 2009, l'Année polaire internationale s'achève
L'Année polaire internationale (API) fut un événement scientifique planétaire qui s'est étalé sur 24 mois, et qui prendra fin le 31 mars prochain. Après s'être penchés sur les pôles et leurs réactions aux changements climatiques, les 905 scientifiques réunis au colloque de l'API à Québec en décembre se sont montrés au moins aussi inquiets qu'enthousiastes, relate Louis Fortier, biologiste à l'Université Laval et directeur du réseau scientifique ArticNet.
«En 2009, on va commencer à sentir la soupe chaude, les répercussions des changements climatiques sur l'humanité vont s'affirmer», avertit l'expert.
Entre autres craintes malheureusement scientifiquement fondées, Louis Fortier anticipe une augmentation drastique des émissions de méthane séquestré dans le pergélisol depuis des temps immémoriaux.
Le méthane est un gaz à effet de serre de 25 à 60 fois plus puissant que le CO2. «Des extinctions sont probablement liées à l'émission de méthane par le passé», explique le titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la réponse des écosystèmes marins arctiques au réchauffement climatique. Cette année, en Sibérie, il explique que les concentrations de méthane à la surface de l'océan se sont révélées de 100 à 1000 fois supérieures à la normale.
Aussi, prédit-il sans trop d'incertitude, l'inlandsis du Groeandland devrait continuer à s'écouler de façon dramatique dans l'océan, faisant augmenter le niveau de la mer.
«Comme c'est un glacier sur une plaque continentale, sa fonte est responsable de 50 % de l'augmentation du niveau de la mer», explique Louis Fortier. Il croit que les mouvements des réfugiés climatiques seront bientôt une réalité.
Avec la hausse des concentrations de CO2 atmosphérique, la revue scientifique Nature anticipe également une poursuite de l'acidification des océans, ce qui pose des difficultés aux espèces marines, des coraux au plancton.
Côté environnement, dans son palmarès prédictif traditionnel, le magazine de vulgarisation Popular Science prophétise pour 2009 la disparition de l'ampoule incandescente au profit des fluocompactes.
De quoi stopper le réchauffement d'ici 12 mois? Les scientifiques en doutent.
Le ciel peut indiquer ce que 2009 nous réserve sans le truchement d'une astrologue. Les Nations unies, avec l'UNESCO et l'Union astronomique internationale, ont déclaré 2009 Année mondiale de l'astronomie. Près de nous, cet événement donnera lieu à des activités spéciales un peu partout sous la voûte céleste, dont à l'ASTROLab du Mont-Mégantic.
Le télescope de la première réserve internationale de ciel étoilé participera aussi à la recherche de systèmes extrasolaires. Tout porte à croire que la quête pour découvrir de nouvelles planètes en 2009 sera couronnée de succès, selon l'astronome René Doyon, dont les découvertes 2008 figurent sur la prestigieuse liste des exploits de l'année de la revue Nature.
Les deux techniques qui permettent d'identifier des exoplanètes ont connu des avancées technologiques importantes en 2008. Utilisant la première, la détection indirecte, les scientifiques du Harvard-Smithsonian Center for Astrophysics de Cambridge décrivent l'Astro-comb dans l'édition du 3 avril dernier de la prestigieuse revue scientifique Nature. «Nous étions limités par la précision de nos techniques, qui permettaient de localiser au mieux des planètes cinq fois plus grosses que la Terre», expliquaient-ils. La nouvelle technique d'analyse jouit d'une précision 60 fois supérieure à l'ancienne. Elle est même cinq fois plus exacte que ce dont nous aurions besoin pour identifier des Terres potentielles. L'Astro-comb permettra de passer au peigne fin la portion de notre galaxie à la portée des télescopes actuels, soit un rayon d'environ 50 années-lumière. La banlieue, si on considère que la Voie lactée fait 100 000 années-lumière de diamètre.
Grâce à une amélioration de la deuxième technique, l'imagerie, l'équipe menée par René Doyon a été la première à observer de façon directe l'existence de planètes autour d'autres étoiles que le Soleil. Elles ont réussi l'exploit de photographier directement trois planètes gazeuses gravitant autour d'une même étoile. La découverte a été citée en novembre dernier dans Science. Plus de 300 planètes extrasolaires ont jusqu'à maintenant été repérées, mais il s'agissait uniquement d'observations indirectes comme celles faites par l'équipe de Cambridge. L'astronome et son équipe ont un programme chargé pour l'année qui commence: «On a plus d'une centaine d'étoiles candidates à observer en 2009 pour voir les planètes autour. Sommes-nous seuls au monde?»
«La quête ultime, dit René Doyon, c'est de capter l'image d'une planète bleue. Ça va prendre des télescopes au-delà de l'atmosphère.» Et ça, ce n'est pas pour 2009, mais plutôt dans quelques décennies, et des milliards de dollars, d'ici.
Pour lui, l'Année mondiale de l'astronomie «sert à voir notre place dans l'univers, et surtout avec les changements climatiques, réaliser à quel point nous sommes privilégiés d'avoir une planète Terre».
En 2009, l'année des outils ultrapuissants en physique
Au cours des derniers mois, le monde a acclamé la mise en marche du Large hadron collider (LHC) près de Genève, l'accélérateur de particules le plus puissant du monde, avant de soupirer de déception devant une panne qui l'a mis K.-O. depuis.
Le joujou devrait reprendre du service à l'été 2009. Malgré cette cuisante défectuosité et les délais qu'elle engendre, Nature a déclaré le chef de projet du LHC, Lyn Evans, personnalité scientifique de l'année. Le LHC, à sa remise en route, partira à la chasse au fameux et tout aussi fugace boson de Higgs.
Les scientifiques croient que cet élément fondamental donne la masse de toutes les particules, mais on ne l'a jamais découvert.
Si l'accélérateur ne révèle pas le boson en 2009, les lasers super puissants pourraient sauver l'honneur de l'année scientifique des physiciens.
Le chercheur André Bandrauk, un des fondateurs de la nouvelle science de l'attoseconde (10-18 seconde), bouillonne d'enthousiasme pour les découvertes à venir à moyen terme. L'attoseconde est un milliardième de milliardième de seconde. Elle est un milliard de fois plus courte qu'une nanoseconde.
Comme Le Devoir l'expliquait cet automne, les physiciens utilisent maintenant des éclairs de lumière infiniment rapides, de l'ordre de l'attoseconde — l'éclair le plus bref jamais émis est de 34 attosecondes. «On excite une molécule avec le laser, tellement que, lorsque le flash de lumière du laser l'atteint, elle émet, comme une luciole, un flash encore plus rapide que le mouvement de l'électron», explique André Bandrauk. Si aujourd'hui les molécules excitées dans les laboratoires sont assez simples — oxygène, azote — le chercheur annonce que, sous peu, on pourra étudier des molécules organiques, à la base de la vie. Un électron fait le tour du noyau en 150 attosecondes. Plus rapides encore, les impulsions laser de l'ordre de l'attoseconde permettront de photographier pour la première fois un électron en mouvement.
Pour André Bandrauk, 2009 verra les débuts de l'application de la nouvelle science attoseconde. Une de ses premières applications devrait être en informatique. «Des chercheurs allemands pensent savoir comment augmenter la bande passante en électronique et se rapprocher de l'ordinateur quantifique», dit-il. Il explique que les nouveaux lasers de grande puissance permettront à la biophotonique de remplacer la biologie moléculaire dans l'étude des molécules organiques et de leur comportement. «On va pouvoir suivre ce qui se passe dans le temps, dans une cellule par exemple, comme un film», s'enthousiasme-t-il.
En 2009, l'Année polaire internationale s'achève
L'Année polaire internationale (API) fut un événement scientifique planétaire qui s'est étalé sur 24 mois, et qui prendra fin le 31 mars prochain. Après s'être penchés sur les pôles et leurs réactions aux changements climatiques, les 905 scientifiques réunis au colloque de l'API à Québec en décembre se sont montrés au moins aussi inquiets qu'enthousiastes, relate Louis Fortier, biologiste à l'Université Laval et directeur du réseau scientifique ArticNet.
«En 2009, on va commencer à sentir la soupe chaude, les répercussions des changements climatiques sur l'humanité vont s'affirmer», avertit l'expert.
Entre autres craintes malheureusement scientifiquement fondées, Louis Fortier anticipe une augmentation drastique des émissions de méthane séquestré dans le pergélisol depuis des temps immémoriaux.
Le méthane est un gaz à effet de serre de 25 à 60 fois plus puissant que le CO2. «Des extinctions sont probablement liées à l'émission de méthane par le passé», explique le titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la réponse des écosystèmes marins arctiques au réchauffement climatique. Cette année, en Sibérie, il explique que les concentrations de méthane à la surface de l'océan se sont révélées de 100 à 1000 fois supérieures à la normale.
Aussi, prédit-il sans trop d'incertitude, l'inlandsis du Groeandland devrait continuer à s'écouler de façon dramatique dans l'océan, faisant augmenter le niveau de la mer.
«Comme c'est un glacier sur une plaque continentale, sa fonte est responsable de 50 % de l'augmentation du niveau de la mer», explique Louis Fortier. Il croit que les mouvements des réfugiés climatiques seront bientôt une réalité.
Avec la hausse des concentrations de CO2 atmosphérique, la revue scientifique Nature anticipe également une poursuite de l'acidification des océans, ce qui pose des difficultés aux espèces marines, des coraux au plancton.
Côté environnement, dans son palmarès prédictif traditionnel, le magazine de vulgarisation Popular Science prophétise pour 2009 la disparition de l'ampoule incandescente au profit des fluocompactes.
De quoi stopper le réchauffement d'ici 12 mois? Les scientifiques en doutent.
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