Libre opinion: Clonage thérapeutique, y aura-t-il un débat?
Depuis 1989, les nouvelles techniques de reproduction suscitent un débat qui traîne en longueur et que plusieurs aimeraient clore par l'adoption rapide du projet de loi C-13. Le récent battage médiatique autour du clonage reproductif n'a d'ailleurs fait qu'ajouter à la confusion et au climat de précipitation dans ce dossier. Le problème, c'est que le projet de loi C-13 ne concerne pas seulement les techniques de reproduction; il concerne tout ce qui touche, de près ou de loin, à la manipulation d'embryons humains.
S'il est adopté, ce projet de loi risque de mettre fin brutalement à toute une série de recherches sur les cellules souches, effectuées à des fins thérapeutiques dans des domaines autres que la reproduction. En fait, ces recherches seront interdites parce qu'elles impliquent des embryons, une certaine forme de clonage, et que l'on s'est mis à craindre le clonage comme la peste. Selon nous, on a bien raison de craindre le clonage reproductif et de penser à l'interdire par une loi. Mais faut-il pour autant interdire tout clonage, sans distinction, même celui qui concerne la recherche et ouvre la voie à des traitements prometteurs? C'est malheureusement ce que l'on s'apprête à faire.
Cloner, c'est créer une copie identique sur le plan génétique. L'une des techniques pour y arriver consiste à prélever une cellule chez un individu et à en extraire le noyau. Ce noyau contient tout le bagage génétique de l'individu. Ensuite, on remplace le noyau d'un ovule par ce nouveau noyau. En stimulant la multiplication cellulaire de cet ovule, on peut, du moins théoriquement, obtenir un embryon.
Quand on parle de «clonage thérapeutique», c'est, la plupart du temps, pour dire que l'on voudrait prélever le noyau chez un individu malade. À partir de l'embryon de quelques jours, on pourrait alors extraire des cellules souches, c'est-à-dire des cellules encore indifférenciées mais ayant le potentiel de se spécialiser pour remplacer les cellules malades, et ce, sans risque de rejet. Dans ce cas, il n'est nullement question de poursuivre la croissance de l'embryon au delà de ces quelques jours.
Si, au lieu de tirer des cellules souches de l'embryon, on réimplantait plutôt ce dernier dans l'utérus d'une femme et que l'on poursuivait sa croissance jusqu'à le rendre viable, on parlerait alors de «clonage reproductif». C'est ce que les représentants de Clonaid soutiennent avoir réussi: faire un clone, un être humain vivant complètement identique à celui qui a fourni le noyau cellulaire.
Cette distinction, une bonne partie de la population l'a déjà saisie. De fait, selon un sondage Léger Marketing publié dans Le Devoir du 20 août 2001, 89 % des Canadiens jugeaient inacceptable le clonage d'êtres humains à des fins de reproduction, tandis que 55 % d'entre eux se disaient ouverts au clonage d'embryons pour en tirer des cellules souches. Il semble plutôt que ce soit le projet de loi qui entretienne la confusion en voulant interdire «toute forme de clonage».
Bien sûr, on peut entretenir la confusion en toute bonne foi. N'empêche que cela n'aide pas à faire progresser le débat. La défense d'un principe moral important — le respect de l'embryon — contribue à entretenir cette confusion. En effet, ceux qui considèrent que l'embryon est une personne dès sa conception ne voient pas d'intérêt à distinguer un être viable d'un amas de cellules: les deux méritent un respect absolu. Pour eux, toute forme de clonage est inacceptable.
Ce refus net rallie également les gens qui, sans nécessairement penser que la vie des embryons a un caractère sacré, craignent quand même son instrumentalisation. Et ils sont nombreux. Parmi eux, on compte des médecins et des chercheurs pour qui aucun bienfait thérapeutique ne peut justifier le clonage humain, malgré les possibilités de traitement qu'offre ce dernier. Selon eux, tout ce débat sur le clonage thérapeutique peut s'arrêter maintenant.
Dans les deux cas, l'intérêt thérapeutique n'est pas considéré comme un argument moral qu'il faudrait mettre dans la balance. Aussi nous faut-il un certain courage pour oser dire tout haut ce que plusieurs médecins pensent tout bas: la perspective d'améliorer la santé des personnes malades est aussi une préoccupation morale!
Selon nous, le véritable défi n'est pas de renoncer à l'une ou l'autre de ces préoccupations morales; le défi, c'est de pouvoir les mettre en équilibre. Et cet équilibre est toujours à refaire. Cloner des embryons pour avoir un enfant aux yeux bleus? Jamais! Les cloner pour traiter une maladie grave, autrement incurable? Peut-être. Dans son mémoire, le Collège des médecins soutient qu'il est possible de relever ce défi.
Quand on fait les distinctions qui s'imposent, on constate que les questions portant sur le clonage thérapeutique n'ont pas été suffisamment débattues. Y a-t-il des limites à chercher des traitements? Quelles sont-elles? Est-il possible d'utiliser autre chose que des cellules embryonnaires pour poursuivre la recherche sur les cellules souches? À notre avis, un vrai débat sur le clonage thérapeutique s'impose. Nous craignons que le projet de loi sur la reproduction assistée, plutôt que d'encourager ce débat, ne vienne le clore définitivement.
S'il est adopté, ce projet de loi risque de mettre fin brutalement à toute une série de recherches sur les cellules souches, effectuées à des fins thérapeutiques dans des domaines autres que la reproduction. En fait, ces recherches seront interdites parce qu'elles impliquent des embryons, une certaine forme de clonage, et que l'on s'est mis à craindre le clonage comme la peste. Selon nous, on a bien raison de craindre le clonage reproductif et de penser à l'interdire par une loi. Mais faut-il pour autant interdire tout clonage, sans distinction, même celui qui concerne la recherche et ouvre la voie à des traitements prometteurs? C'est malheureusement ce que l'on s'apprête à faire.
Cloner, c'est créer une copie identique sur le plan génétique. L'une des techniques pour y arriver consiste à prélever une cellule chez un individu et à en extraire le noyau. Ce noyau contient tout le bagage génétique de l'individu. Ensuite, on remplace le noyau d'un ovule par ce nouveau noyau. En stimulant la multiplication cellulaire de cet ovule, on peut, du moins théoriquement, obtenir un embryon.
Quand on parle de «clonage thérapeutique», c'est, la plupart du temps, pour dire que l'on voudrait prélever le noyau chez un individu malade. À partir de l'embryon de quelques jours, on pourrait alors extraire des cellules souches, c'est-à-dire des cellules encore indifférenciées mais ayant le potentiel de se spécialiser pour remplacer les cellules malades, et ce, sans risque de rejet. Dans ce cas, il n'est nullement question de poursuivre la croissance de l'embryon au delà de ces quelques jours.
Si, au lieu de tirer des cellules souches de l'embryon, on réimplantait plutôt ce dernier dans l'utérus d'une femme et que l'on poursuivait sa croissance jusqu'à le rendre viable, on parlerait alors de «clonage reproductif». C'est ce que les représentants de Clonaid soutiennent avoir réussi: faire un clone, un être humain vivant complètement identique à celui qui a fourni le noyau cellulaire.
Cette distinction, une bonne partie de la population l'a déjà saisie. De fait, selon un sondage Léger Marketing publié dans Le Devoir du 20 août 2001, 89 % des Canadiens jugeaient inacceptable le clonage d'êtres humains à des fins de reproduction, tandis que 55 % d'entre eux se disaient ouverts au clonage d'embryons pour en tirer des cellules souches. Il semble plutôt que ce soit le projet de loi qui entretienne la confusion en voulant interdire «toute forme de clonage».
Bien sûr, on peut entretenir la confusion en toute bonne foi. N'empêche que cela n'aide pas à faire progresser le débat. La défense d'un principe moral important — le respect de l'embryon — contribue à entretenir cette confusion. En effet, ceux qui considèrent que l'embryon est une personne dès sa conception ne voient pas d'intérêt à distinguer un être viable d'un amas de cellules: les deux méritent un respect absolu. Pour eux, toute forme de clonage est inacceptable.
Ce refus net rallie également les gens qui, sans nécessairement penser que la vie des embryons a un caractère sacré, craignent quand même son instrumentalisation. Et ils sont nombreux. Parmi eux, on compte des médecins et des chercheurs pour qui aucun bienfait thérapeutique ne peut justifier le clonage humain, malgré les possibilités de traitement qu'offre ce dernier. Selon eux, tout ce débat sur le clonage thérapeutique peut s'arrêter maintenant.
Dans les deux cas, l'intérêt thérapeutique n'est pas considéré comme un argument moral qu'il faudrait mettre dans la balance. Aussi nous faut-il un certain courage pour oser dire tout haut ce que plusieurs médecins pensent tout bas: la perspective d'améliorer la santé des personnes malades est aussi une préoccupation morale!
Selon nous, le véritable défi n'est pas de renoncer à l'une ou l'autre de ces préoccupations morales; le défi, c'est de pouvoir les mettre en équilibre. Et cet équilibre est toujours à refaire. Cloner des embryons pour avoir un enfant aux yeux bleus? Jamais! Les cloner pour traiter une maladie grave, autrement incurable? Peut-être. Dans son mémoire, le Collège des médecins soutient qu'il est possible de relever ce défi.
Quand on fait les distinctions qui s'imposent, on constate que les questions portant sur le clonage thérapeutique n'ont pas été suffisamment débattues. Y a-t-il des limites à chercher des traitements? Quelles sont-elles? Est-il possible d'utiliser autre chose que des cellules embryonnaires pour poursuivre la recherche sur les cellules souches? À notre avis, un vrai débat sur le clonage thérapeutique s'impose. Nous craignons que le projet de loi sur la reproduction assistée, plutôt que d'encourager ce débat, ne vienne le clore définitivement.
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