Médias - Place au « papiel » !
Photo : Pascal Ratthé
Le journal subira probablement de grandes mutations lorsqu’il découvrira qu’il peut proposer du contenu multimédia sur du «papiel».
On vit une époque paradoxale. Ainsi, même si plusieurs prédisent la mort du papier journal, mercredi dernier on s'arrachait les quotidiens américains au lendemain de la victoire de Barack Obama.
De même, on entend dire que le livre est en perte de vitesse, mais le Salon du livre de Montréal fera encore courir les foules la fin de semaine prochaine, et à Montréal la Grande Bibliothèque est un énorme succès.
Il reste que des tendances lourdes sont actuellement à l'oeuvre, alors que se met en place l'arrivée du papier électronique. C'est le sujet d'un ouvrage fort intéressant qui sera publié la semaine prochaine aux Presses de l'Université de Montréal (publié sous forme de vrai livre, bien sûr!), La Bataille de l'imprimé à l'ère du papier électronique.
Une course... industrielle
Une trentaine de collaborateurs de plusieurs horizons, universitaires mais également historiens, patrons de presse, éditeurs et spécialistes de l'imprimerie, tentent de cerner les contours des bouleversements dans le monde de l'imprimé, sous la direction du chercheur Éric Le Ray et du professeur Jean-Paul Lafrance de l'UQAM.
Le papier électronique demeure encore très mystérieux pour beaucoup de gens. Il pourrait ressembler au Daily Prophet, qu'on voit dans les films de Harry Potter, ce journal où les lettres changent constamment et où les photos bougent comme dans les vidéos!
Mais un des symboles les plus frappants des changements en cours demeure Quebecor. Quebecor World, deuxième imprimeur mondial, est en grave crise financière et l'entreprise est en train de réorganiser toutes ses activités, non plus autour du papier mais bien autour du multimédia, en mettant l'accent sur la production de contenus numériques intégrés, et diffusés à la télévision, sur le câble, sur Internet et bientôt sur les mobiles.
Partout dans le monde on assiste à une course industrielle en ce qui concerne le papier électronique. À la fin de 2007, on dénombrait une dizaine d'encres électroniques et une trentaine de papiers électroniques différents (les chercheurs québécois de ce livre tentent d'ailleurs de promouvoir l'usage du mot «papiel», sur le modèle de «courriel»).
Des usines sont en construction dans plusieurs pays, les plans de commercialisation sont prêts, la recherche se poursuit à un rythme accéléré, mais les prévisions pour l'avenir demeurent contradictoires. Certains croient que le papier électronique déferlera massivement d'ici 10 ans, des analystes financiers prédisent l'explosion du commerce des écrans flexibles en 2013, mais d'autres ne prévoient pas l'implantation réelle de ce «papiel» avant quelques décennies.
En un sens, tout dépend aussi de la profondeur des changements vécus actuellement par les jeunes, qui prennent l'habitude de lire à l'écran et s'exercent avec talent au principe du multitâche.
Points de rupture
Le papier électronique est un écran plat et flexible ressemblant à une feuille de papier, sur lequel on peut changer le texte à volonté, qui peut contenir de la vidéo, qui peut être connecté à Internet, etc. Il ouvre des perspectives stupéfiantes.
L'ouvrage de Patrice Mangin rappelle toutefois comment le papier traditionnel présente encore d'immenses avantages: il est présent partout dans nos vies, il est fin, plat, flexible, peut être agrafé, plié, roulé, relié en livre ou en cahier, transporté avec soi; il ne requiert aucune pile ou branchement, utilise de plus en plus des fibres renouvelables... Bref, que ce soit pour un roman, un rapport d'entreprise, un travail scolaire, un post-it sur le frigo ou pour emballer vos cadeaux de Noël, le papier semble assez difficile à battre!
Toutefois, les chercheurs relèvent quand même des points de rupture. Le journal, par exemple, subira probablement de grandes mutations lorsqu'il découvrira qu'il peut proposer du contenu multimédia sur du «papiel». Ce qui distingue la presse écrite de la plupart des médias de communication, soutient Jean-Paul Lafrance, «c'est sa capacité à générer de l'information, non le fait qu'elle la publie sur papier».
Et si l'objet livre ne semble pas directement menacé dans l'immédiat, certains secteurs de l'édition pourraient vivre une onde de choc, comme les encyclopédies, les dictionnaires, les guides de voyage, les livres pratiques et techniques, lorsque le livre électronique offrira une capacité de stockage considérable et une capacité infinie de changer les informations qu'il contient.
***
La bataille de l'imprimé à l'ère du papier électronique
Ouvrage collectif sous la direction d'Éric Le Ray et Jean-Paul Lafrance
Presses de l'Université de Montréal
Montréal, 2008, 264 pages
De même, on entend dire que le livre est en perte de vitesse, mais le Salon du livre de Montréal fera encore courir les foules la fin de semaine prochaine, et à Montréal la Grande Bibliothèque est un énorme succès.
Il reste que des tendances lourdes sont actuellement à l'oeuvre, alors que se met en place l'arrivée du papier électronique. C'est le sujet d'un ouvrage fort intéressant qui sera publié la semaine prochaine aux Presses de l'Université de Montréal (publié sous forme de vrai livre, bien sûr!), La Bataille de l'imprimé à l'ère du papier électronique.
Une course... industrielle
Une trentaine de collaborateurs de plusieurs horizons, universitaires mais également historiens, patrons de presse, éditeurs et spécialistes de l'imprimerie, tentent de cerner les contours des bouleversements dans le monde de l'imprimé, sous la direction du chercheur Éric Le Ray et du professeur Jean-Paul Lafrance de l'UQAM.
Le papier électronique demeure encore très mystérieux pour beaucoup de gens. Il pourrait ressembler au Daily Prophet, qu'on voit dans les films de Harry Potter, ce journal où les lettres changent constamment et où les photos bougent comme dans les vidéos!
Mais un des symboles les plus frappants des changements en cours demeure Quebecor. Quebecor World, deuxième imprimeur mondial, est en grave crise financière et l'entreprise est en train de réorganiser toutes ses activités, non plus autour du papier mais bien autour du multimédia, en mettant l'accent sur la production de contenus numériques intégrés, et diffusés à la télévision, sur le câble, sur Internet et bientôt sur les mobiles.
Partout dans le monde on assiste à une course industrielle en ce qui concerne le papier électronique. À la fin de 2007, on dénombrait une dizaine d'encres électroniques et une trentaine de papiers électroniques différents (les chercheurs québécois de ce livre tentent d'ailleurs de promouvoir l'usage du mot «papiel», sur le modèle de «courriel»).
Des usines sont en construction dans plusieurs pays, les plans de commercialisation sont prêts, la recherche se poursuit à un rythme accéléré, mais les prévisions pour l'avenir demeurent contradictoires. Certains croient que le papier électronique déferlera massivement d'ici 10 ans, des analystes financiers prédisent l'explosion du commerce des écrans flexibles en 2013, mais d'autres ne prévoient pas l'implantation réelle de ce «papiel» avant quelques décennies.
En un sens, tout dépend aussi de la profondeur des changements vécus actuellement par les jeunes, qui prennent l'habitude de lire à l'écran et s'exercent avec talent au principe du multitâche.
Points de rupture
Le papier électronique est un écran plat et flexible ressemblant à une feuille de papier, sur lequel on peut changer le texte à volonté, qui peut contenir de la vidéo, qui peut être connecté à Internet, etc. Il ouvre des perspectives stupéfiantes.
L'ouvrage de Patrice Mangin rappelle toutefois comment le papier traditionnel présente encore d'immenses avantages: il est présent partout dans nos vies, il est fin, plat, flexible, peut être agrafé, plié, roulé, relié en livre ou en cahier, transporté avec soi; il ne requiert aucune pile ou branchement, utilise de plus en plus des fibres renouvelables... Bref, que ce soit pour un roman, un rapport d'entreprise, un travail scolaire, un post-it sur le frigo ou pour emballer vos cadeaux de Noël, le papier semble assez difficile à battre!
Toutefois, les chercheurs relèvent quand même des points de rupture. Le journal, par exemple, subira probablement de grandes mutations lorsqu'il découvrira qu'il peut proposer du contenu multimédia sur du «papiel». Ce qui distingue la presse écrite de la plupart des médias de communication, soutient Jean-Paul Lafrance, «c'est sa capacité à générer de l'information, non le fait qu'elle la publie sur papier».
Et si l'objet livre ne semble pas directement menacé dans l'immédiat, certains secteurs de l'édition pourraient vivre une onde de choc, comme les encyclopédies, les dictionnaires, les guides de voyage, les livres pratiques et techniques, lorsque le livre électronique offrira une capacité de stockage considérable et une capacité infinie de changer les informations qu'il contient.
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La bataille de l'imprimé à l'ère du papier électronique
Ouvrage collectif sous la direction d'Éric Le Ray et Jean-Paul Lafrance
Presses de l'Université de Montréal
Montréal, 2008, 264 pages
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