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Prix Jacques-Rousseau - «Chaque fois qu'on résout un problème, il s'en pose un autre»

Pierre Hansen s'impose comme spécialiste des mathématiques multidisciplinaires

Pierre Vallée   22 octobre 2008  Science et technologie
Pour Pierre Hansen, «ce qu’il y a de fascinant avec les mathématiques, c’est que chaque fois qu’on résout un problème, il s’en pose un autre.»
Pour Pierre Hansen, «ce qu’il y a de fascinant avec les mathématiques, c’est que chaque fois qu’on résout un problème, il s’en pose un autre.»
Professeur titulaire au service de l'enseignement des méthodes quantitatives de l'École des hautes études commerciales de Montréal (HEC), Pierre Hansen est le récipiendaire cette année du prix Jacques-Rousseau de l'Acfas qui vient souligner la multidisciplinarité. En effet, les travaux de ce mathématicien spécialisé en recherche opérationnelle ont connu des applications dans plusieurs autres disciplines, allant de l'économie à la chimie mathématique.

Né en Grande-Bretagne mais de nationalité belge, Pierre Hansen, jeune homme, hésite entre les sciences et la littérature. «J'aimais les deux également. Encore aujourd'hui, je demeure un amateur de littérature et un ardent lecteur.» Mais le métier d'ingénieur s'inscrit dans une longue tradition familiale: Pierre Hansen choisit le génie chimique et obtient en 1963 son diplôme d'ingénieur chimiste. Cette formation, évidemment, le met en contact avec les mathématiques, qu'il apprécie de plus en plus au point où il obtient l'année suivante sa maîtrise en recherche opérationnelle à l'Université de Bruxelles. Il travaillera ensuite pendant quatre ans pour des sociétés sucrières en Belgique et en Tunisie.

«C'est à ce moment que j'ai compris que ce qui m'intéressait le plus dans mon travail, c'étaient les théories et les modèles mathématiques sur lesquels elles étaient basées et que j'utilisais. J'ai alors choisi d'approfondir cet aspect.» Il revient donc dans le giron universitaire, comme chercheur et professeur, et complète son doctorat en mathématiques en 1974, toujours à l'Université de Bruxelles. Il travaille ensuite comme professeur à l'Institut d'économie et de gestion de Lille, puis comme chef de travaux en recherche opérationnelle à la Faculté universitaire catholique de Mons.

La découverte des Amériques

En 1985, il obtient un poste de professeur titulaire à l'université Rutgers aux États-Unis. «Je voulais venir travailler en Amérique parce que je savais que les conditions de recherche seraient supérieures à celles que je pouvais trouver en Europe.» Il restera cinq ans à l'université Rutgers.

En 1990, il met le cap sur Montréal. «Ma conjointe et moi voulions trouver du travail dans la même ville et c'était possible à Montréal.» De plus, il avoue que la littérature a aussi joué un rôle dans son choix. «Adolescent, j'étais fasciné par le Grand Nord canadien, tel que décrit dans les romans de Jack London. L'idée de vivre au Canada me plaisait.» Il accepte un poste de professeur aux HEC. «Une des choses qui m'attiraient à Montréal était la présence du GERAD, que je croyais être un outil intéressant pour mes travaux.» Rappelons que le Groupe d'études et de recherche en analyse des décisions (GERAD) réunit des chercheurs des HEC, de l'École polytechnique, de l'université McGill et de l'UQAM. Plusieurs des travaux de Pierre Hansen ont été élaborés au sein du GERAD, dont il a été le directeur de 1996 à 2001. Aujourd'hui, en plus d'être professeur, Pierre Hansen est le titulaire de la Chaire d'exploitation des données des HEC de Montréal.

Des travaux multiples aux applications variées

La recherche opérationnelle, parfois appelée «aide à la décision», peut se définir par l'usage de méthodes mathématiques pour régler des problèmes d'organisation dans de multiples situations, que le problème soit de nature combinatoire, aléatoire ou concurrentielle. Pensons à l'élaboration d'un réseau informatique ou à la cueillette de données, par exemple.

La recherche opérationnelle s'appuie sur des théories mathématiques, telles la théorie des graphes et la théorie des jeux, et utilise des outils mathématiques comme les algorithmes, les heuristiques et les métaheuristiques. Par exemple, la théorie des graphes permet de visualiser des réseaux complexes. Elle peut servir en économie pour déterminer la façon optimale de mettre en place un réseau de centres de service. Ou pour mieux comprendre la structure d'une molécule, comme l'ont fait certains travaux de Pierre Hansen appliqués en chimie mathématique, notamment sur les fullerènes.

Au fil de sa longue carrière, les nombreux travaux de Pierre Hansen — il a publié plus de 300 articles — ont touché à plusieurs aspects de ces domaines mathématiques et ont servi à la solution de problèmes dans une quinzaine de disciplines. Une bonne partie de ses travaux portent sur l'optimisation combinatoire et globale de la recherche opérationnelle, et, depuis dix ans, il se penche sur la métaheuristique de recherche à voisinage variable.

Une démarche mathématique

«Certains mathématiciens sont comme des chercheurs d'or: ils creusent le même trou jusqu'au jour où il trouve un filon d'or. Moi, je me compare plutôt à un chasseur. Je suis attaché à une série de problèmes pour lesquels je dois trouver une solution. Et ce qu'il y a de fascinant avec les mathématiques, c'est que chaque fois qu'on résout un problème, il s'en pose un autre.»

Le choix de faire de la recherche opérationnelle répond aussi à une autre facette de sa personnalité. «J'ai toujours trouvé plaisant de faire la liaison entre la théorie et la pratique, et c'est ce que permet la recherche opérationnelle en mathématiques.» C'est ce qui fait que Pierre Hansen n'a jamais hésité à apporter ses connaissances à d'autres disciplines. «Moi, je suis ainsi fait que je peux difficilement résister à une bonne question.»

Cette multidisciplinarité qui est la sienne est justement ce que le prix Jacques-Rousseau vient honorer. «Cette multidisciplinarité m'a permis de développer des habitudes de réflexion dans des disciplines différentes. Cela suppose d'abord un dialogue et l'obligation de regarder différents problèmes sous différents angles. De plus, en recherche multidisciplinaire, une idée en provenance d'une communauté peut ensuite influer sur une autre communauté.»

Présentement à Paris en congé sabbatique à l'École polytechnique, Pierre Hansen n'envisage aucunement la retraite. «Je n'ai aucune intention de prendre une retraite et je vais travailler aussi longtemps que possible. Je suis un peu comme les musiciens de jazz. Ces derniers font de la musique, même vieux.»

Sans compter que sa passion pour le métier de professeur et de chercheur n'a pas décliné d'un iota. «Je fais le meilleur métier du monde. Le métier de chercheur universitaire vous permet de vraiment vous attarder aux problèmes à résoudre. Ensuite, on voyage et on fait la connaissance d'autres chercheurs, qui deviennent vos collaborateurs et parfois même vos amis. Peu importe où nous nous trouvons dans le monde, les chercheurs universitaires ont ceci en commun: le langage de la science.»

***

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