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Étude scientifique - Un lien est établi entre la concentration de plants d'herbe à poux et le nombre d'enfants malades

Plus il y a d'herbe à poux dans un quartier, plus il y a d'enfants malades de rhinites ou de fièvre des foins, avec son cortège de conjonctivites et de crises d'asthme: c'est ce que constate avec une précision inégalée jusqu'ici une étude inédite réalisée par l'Agence de la santé et des services sociaux de Montréal, dont Le Devoir a obtenu copie.

Cette étude constitue une première scientifique à plusieurs égards. D'abord, parce qu'elle est la première dans le monde à établir un lien de cause à effet entre la prévalence des manifestations allergiques associées à l'herbe à poux et les concentrations «locales» de cette plante. Les concentrations de plants d'herbe à poux, méthodiquement cartographiées par les chercheurs à une échelle très fine, coïncident en effet, quartier par quartier, avec ceux où la plante se retrouve en plus grand nombre.

À Montréal, les secteurs les plus contaminés par cette plante allergène sont les deux extrémités de l'île et deux autres secteurs, l'un au nord, l'autre au sud. Dans le centre, là où la densité urbaine exclut les terrains vagues, les carrières et les autoroutes, la présence de l'herbe à poux est marginale, et les taux de prévalence de la maladie saisonnière à leur plus bas niveau.

C'est d'ailleurs l'absence d'un lien scientifique de cause à effet entre les concentrations locales de plants allergènes et les symptômes de la requérante du recours collectif intenté au milieu des années 90 contre Montréal — pour défaut d'appliquer son règlement sur l'éradication de l'herbe à poux — qui avait conduit la Cour supérieure à rejeter cette poursuite. Mais l'étude scientifique de l'agence métropolitaine pourrait devenir le chaînon manquant dans ce débat juridique, dont les dommages et intérêts dépasseraient le milliard de dollars, confiait récemment au Devoir le responsable du dossier environnemental à la Ville, Alan DeSousa.

L'étude réalisée par le Dr Louis Jacques et son équipe attaque de front deux idées reçues qui ont justifié jusqu'ici l'inertie de plusieurs gouvernements dans le dossier de l'herbe à poux. D'abord, on y démontre que les antécédents familiaux en matière d'allergie, aussi importants soient-ils pour expliquer la sensibilité de certaines personnes, n'expliquent pas statistiquement la prévalence de cette importante maladie dans la population, ce qu'il faut plutôt attribuer, selon l'étude, à la concentration locale de plants d'herbe à poux.

Par ailleurs, cette étude inédite démontre de façon magistrale que ce problème de santé publique causé par la plante allergène — que l'on ne retrouve en abondance, comme les rats, que dans le sillage des humains — n'est pas attribuable au transport du pollen sur de longues distances, mais bien aux concentrations locales.

La carte du pollen d'herbe à poux de l'île de Montréal tracée par les chercheurs indique précisément que là où se retrouvent les grandes concentrations, c'est-à-dire sur les grands terrains industriels laissés à l'abandon ou dans les emprises d'Hydro-Québec, de voies ferrées ou d'autoroutes, on retrouve aussi les plus forts taux de rhinites et d'asthme, exacerbé par le phénomène saisonnier incontrôlé.

C'est d'ailleurs ce qui conduit le responsable de la santé environnementale à Montréal, le Dr Louis Drouin, à déclarer au Devoir «qu'il faut cesser de culpabiliser les gens parce qu'ils ont deux ou trois plants d'herbe à poux dans leur parterre parce que les vrais responsables de la prévalence de la maladie chez les enfants, ce sont les propriétaires des grands terrains infestés. Nous, on va les inviter un par un à passer à l'action systématiquement, et dès l'an prochain».

Le Département de santé communautaire entend ainsi interpeller notamment des ministères comme les Transports, propriétaire des emprises infestées des routes et autoroutes, des organismes comme Hydro-Québec, le CN et le CP, et les autres grands propriétaires privés et publics de terrains vagues, carrières, etc., à «nettoyer leur cour pour cesser de rendre les enfants malades à Montréal».

Car tel est bien l'enjeu.

Un sur quatre

Les matrices de prévalence des chercheurs indiquent en effet que si 16,1 % en moyenne des 38 000 enfants montréalais de 6 mois à 12 ans sont rendus malades par l'incurie des propriétaires d'herbe à poux, dans les quartiers les plus pollués par le pollen, c'est un enfant sur quatre qui est atteint.

Jamais une telle prévalence de la maladie saisonnière n'avait été établie. Dans la population en général, une autre étude des services de santé indiquait que plus d'un million de Québécois sont touchés chaque année, soit environ une personne sur six.

La carte de la prévalence de l'herbe à poux indique que dans un des quartiers où se retrouvent les plus fortes concentrations de plants de Montréal, soit le territoire desservi par le CSSS de la Pointe-de-l'île, on a constaté que 24,8 % des enfants étaient atteints par la maladie.

À l'opposé, au coeur de l'île, là où le patrimoine bâti est dense et laisse peu de place à la multiplication de la plante allergène, comme dans les quartiers Villeray et de la Petite Patrie, on constate des taux de prévalence aussi faibles que 8,6 %, soit trois fois moins d'enfants affectés qu'aux deux extrémités de l'île.

Selon cette étude, le degré d'infestation des enfants de Montréal est lié de façon très étroite aux concentrations de plants près du domicile et de l'école. Le lien causal établi par les chercheurs apparaît dans toute sa dimension quand ils lient la prévalence des rhinites, des conjonctivites et de l'asthme aux retombées de pollen sur une distance de 1000 mètres, soit ce que d'autres études considèrent comme étant la zone de retombées principale du pollen allergène.

Selon l'étude de l'équipe du Dr Louis Jacques, ce sont les territoires des CSSS de la Pointe-de-l'Île, d'Ahuntsic et de Montréal-Nord, ceux de l'extrémité ouest de l'île et, plus au sud, de Dorval, Lachine et LaSalle avec un important pic dans Hochelaga-Maisonneuve, où l'on retrouve à la fois la plus grande quantité d'herbe à poux et la plus grande proportion d'enfants frappés par les manifestations allergiques de l'herbe indésirable.

Certes, convient en entrevue le Dr Louis Jacques, le fait d'avoir deux parents allergiques multiplie par quatre le risque qu'un enfant le soit lui-même. Si un seul parent est affecté, dit-il, le risque est deux fois plus élevé. Mais, s'il n'y a pas ou très peu d'herbe à poux dans un quartier, ces enfants-là ne vont pas réagir malgré leur risque accru génétiquement.

Une méthode unique

Pour arriver à des conclusions aussi explicites, cette étude a dû juxtaposer plusieurs études et se doter d'une méthode de recherche unique à certains égards.

Dans un premier temps, les chercheurs ont cartographié la présence de l'herbe à poux sur l'île de Montréal à une échelle d'une finesse sans précédent. Ils ont ainsi divisé les quelque 500 km2 de l'île en 6012 «cadrans» ou carrés de 300 m. Plus de la moitié ont été inspectés par des personnes, parfois en double pour minimiser les erreurs, et les concentrations dans les cadrans non visités ont été extrapolées à partir d'une grille d'occupation des sols, validée à partir des observations faites par les étudiants embauchés pour cartographier l'île.

Ensuite, un sondage a été réalisé à partir d'un échantillon de 17 000 sujets inscrits sur une liste de la Régie de l'assurance maladie du Québec, qui ont été échantillonnés selon les règles des sondages. Et un véritable sondage a été réalisé auprès de ces personnes par téléphone et par Internet avec des taux de réponse exceptionnellement élevés, précise l'étude.

Ce sondage réalisé par la maison CROP a non seulement permis de cartographier la prévalence des symptômes d'allergie et d'asthme sur l'île, mais il a aussi fourni des données socio-économiques.

Les chercheurs ont pu ainsi établir notamment que le revenu familial n'influe pas sur la fréquence des symptômes, ce qu'avait conclu une autre étude. Cela a aussi permis de savoir que d'autres facteurs environnementaux, comme la proximité des autoroutes, n'influe pas de façon significative sur la prévalence de l'allergie et de ses symptômes respiratoires.

L'étude confirme par ses conclusions que la région de Montréal est une des régions les plus touchées du Québec par l'épidémie annuelle de rhinite. De plus, le lien établi entre concentrations de plants et la prévalence des allergies indique que la progression de la plante vers les régions plus au nord du Québec a de fortes chances de leur faire perdre bientôt leur réputation de refuge automnal et d'augmenter globalement les coûts de santé au Québec, d'autant plus que la saison d'émission du pollen allergène a pratiquement augmenté en durée de 50 % en raison des changements climatiques.

Une autre étude, divulguée la semaine dernière par Le Devoir, indiquait que les coûts de santé de l'épidémie annuelle de rhinite se situent quelque part entre 157 millions par année et le quart de milliard à l'échelle du Québec.






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  • Daniel Beaudry
    Abonné
    lundi 22 septembre 2008 07h24
    Information précieuse
    « Ces données sont très probablement transposables à beaucoup de villes au Canada sinon la plupart. Félicitations aux auteurs.
    Daniel Beaudry »

  • Fernand Trudel
    Abonné
    lundi 22 septembre 2008 09h56
    Je préfère combattre l'herbe à poux que le climat
    « Voilà une cause noble pour améliorer la condition humaine. Les écolos par leur dogmnatisme nous ont habitués à lutter contre les moulin à vent comme Dom Quicotte mais pour l'ambrosia, je partage leur inquiétude.

    Mais si on ne concentrait pas les fonds publics à tenter de contrôler le climat alors que la nature déjoue tous les calculs soit disant scientifiques des alarmistes et qu'on utilisait ces fonds pour lutter pour enrayer l'ambrosia, ce serait de l'écologie positive.

    Vous savez on a dépensé 50 milliards en études sur le climat sans arriver à aucun résultat probant. Richard Branson n'a pas encore versé les 25 millions promis à celui qui découvrira la façon d'endiguer le CO2.

    Au contraire, je crois qu'en voulant diminuer le CO2 les océans compends<sent et nous ont apporté des pluies tout l'été. La nature compense pour les gaffes écologiques de nos apprentis sorciers du climat.

    Au fait la campagne de planter un milliard d'arbres a été dépassé de plus du double et on ambitionne maintenanty 7 milliardss d'arbres. Bravo, g<faudra s'efforcer à émettre des GES qui nourrisent ces arbres supplémentaires sinon nous courrons tous `;a notre perte. »

  • Julie Crevier
    Inscrite
    lundi 22 septembre 2008 14h50
    Dégénération
    « Victime depuis ma tendre enfance de cette maladie, j'ai vécu un enfer sur le plan social. Qui a envie de jouer avec une petite fille qui passe son temps à se moucher et à éternuer? Même certains professeurs de l'école secondaire m'ont fait passer au bureau du directeur croyant que j'étais sous l'effet de la Marijuana! Ma mère l'a vécu, et maintenant mon fils de 4 ans vivra avec ce problème aussi. Les docteurs n'y peuvent rien. Ce n'est quand même pas une maladie grave voire mortelle, mais si nos scientifiques ont trouvé la cause et, par le fait même, la solution à ce fléau, j'espère de tout coeur qu'il y aura là plus qu'une question de retombé économique et que les élus de nos Villes nous donnerons le coup pouce qu'on leur a donné lors de leur élection à la mairie. Surtout si la solution est aussi simple que d'entretenir leur plate-bande! »

  • André Lefebvre
    Abonné
    lundi 22 septembre 2008 20h49
    La rive nord Aussi, route et autoroute
    « Demeurant sur la rive Nord mais près d'une route provinciale et d'une autoroute. Moi pour ma part ,je réagi très fortement à ce fléau. Je travaille dans le domaine de l'arpentage et pour avoir pas mal rouler ma bosse aux alentour de Montéal. Je sais pertinenment que l'herbe à poux pousse presque qu'exclusive en bordure des chemins publiques du ministère des Transport et des routes municipales.
    Je demanderais une coalition entre les villes du grand Montréal pour éradiquer cette cochonnerie d'herbe qui cause de plus en plus d'adepte aux médicaments et dont les firmes pharmacologiques s'en mettent plein les poches. C'est peut-être eux les empècheurs de touner en rond. Voyons-y!

    Mettont les buldozer de toutes les municipalités en route pour retourner la terre des bordures de chemin en juin et juillet et puis bon débaras, une fois pour toute

    Merci André Lefebvre, à Bois-des-Filion »

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