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    Le quartier chinois virtuel de Québec

    Michel Parent au Wok’nRoll, restaurant de la basse ville de Québec qui, presque seul, résiste au temps qui efface les traces de l’ancien Tangren Jie de Québec. Ce rare vestige du Quartier chinois d’avant 1968 est à l’ombre de l’autoroute Du
    Photo: Michel Parent au Wok’nRoll, restaurant de la basse ville de Québec qui, presque seul, résiste au temps qui efface les traces de l’ancien Tangren Jie de Québec. Ce rare vestige du Quartier chinois d’avant 1968 est à l’ombre de l’autoroute Du
    La Chine: un géant économique émergent dont la population vit sous la férule d'un régime autoritaire qui enferme ses dissidents et écrase le peuple tibétain. Voilà pour les perceptions entendues — qui ne sont pas, du reste, sans fondements. Mais encore? En cet été olympique, Le Devoir vous a proposé tous les lundis des portraits de Chinois qui ont pris racine ici et de Québécois qui sont allés, là-bas, plonger dans la réalité chinoise. Voici le dernier volet de cette série.

    Tangren Jie, la rue des gens de la dynastie de Tang. Les immigrants chinois nommaient ainsi le Chinatown. Celui de Québec s'est abîmé sous les enchevêtrements bétonnés de l'autoroute Dufferin. Disparu? Pas exactement. Il revit dans le monde virtuel de Michel Parent, sinophile de la région de Québec derrière la création de deux sites Web consacrés au langage et à l'histoire. Les Chinois appellent cela «faire le pont»: une passerelle où se rencontrent au passage Chinois et Québécois, francophones sinophiles et chinois francophiles, autour d'une même passion.

    Alors qu'il enseigne l'administration au cégep de Sainte-Foy, Michel Parent bénéficie d'un échange avec un collègue de Shanghai. Au fil de voyages exploratoires comme professeur invité dans la ville de son homologue chinois, une petite avenue vers une deuxième carrière deviendra finalement le chemin principal. «Je suis un intégrateur, précise-t-il, je voulais vivre de ma passion pour la culture chinoise, une passion qui s'est approfondie.» Maintenant éditeur, il alimente ses sites Web fréquentés par toute la francophonie de ses conseils sur les méthodes pour apprendre le mandarin, par exemple, mais aussi des trouvailles d'historiens, d'entrevues, d'un agenda Québec-Chine... «Au début, je vendais des traductions dont les gens se servaient pour se faire tatouer des signes chinois!», dit-il en riant. Non seulement a-t-il cessé d'enseigner pour en vivre, mais le quotidien de l'homme s'est transformé. La philosophie chinoise, l'acuponcture et le taï-chi rythment les jours.

    Une idée factice

    La Chine de Michel Parent, ce n'est pas l'autre, le pays étranger, c'est la maison. «J'appréhendais le dépaysement, raconte-t-il. Pourtant, la première fois, je me suis senti comme chez moi.» Légère, la sensation de bien-être le suit pendant le vol de retour, et cette passion pour la culture chinoise se transforme en projet de vie. «Ma Chine, c'est la longévité comme le moyen d'opérer des changements dans son existence.»

    Depuis, les sinologues de la francophonie convergent vers ses sites Web. Les Chinois francophiles s'y donnent aussi rendez-vous: au cours de ses séjours, Michel a tissé en Chine un précieux réseau d'amis amoureux de la langue de Molière, des amitiés qui, confie-t-il, adoptent un rythme singulier. Il parle d'un processus tout en lenteur: «Le premier contact est facile et chaleureux, mais on n'est jamais au bout de ses surprises. Par exemple, après sept ans, un ami chinois m'a demandé de l'accompagner au temple à Montréal... je ne pensais même pas qu'il était pratiquant!»

    Le pendant québécois du domaine lechinois.com, lechinois.ca, se veut un quartier chinois virtuel répondant au vide laissé par sa destruction à Québec. Peu de gens se souviennent encore de son existence, rappelée par au moins deux édifices et par la Trilogie des Dragons de Robert Lepage, qui en a fait son décor.

    Les critiques qualifieraient peut-être d'artificiel ce quartier chinois virtuel, mais rien n'est aussi factice que l'idée que beaucoup d'occidentaux se font de la Chine, répond Michel Parent. «Il y a deux Chine: la vraie et la virtuelle. Cette Chine imaginaire est née dans l'esprit des Occidentaux avec Baudelaire ou Marco Polo. Ils ont créé une Chine virtuelle avant que le virtuel n'existe.» Bien longtemps après l'Invitation au voyage des Fleurs du mal, dont on dit que l'inspiration est venue à Baudelaire à la lecture de récits de voyage orientaux, on commence à peine à découvrir la vraie Chine. Et encore, les clichés abondent. «Dans une ville de 14 millions d'habitants, c'est certain qu'on trouve toutes les bizarreries possibles, mais ce n'est pas la Chine!» Il évoque par exemple les nombreux reportages sur la consommation de rats ou autres bizarreries dont ont raffolé les médias internationaux pendant les Jeux olympiques.

    Mémoire de Chine

    L'histoire d'amour de Michel Parent se vit en toute lucidité. «Le manque de liberté me déplaît. Comme professeur, j'ai toujours joui une liberté d'expression sans bornes, j'ai aussi été syndicaliste, imaginez!» Il n'exclut pas d'y retourner, mais, pour lui, «pas besoin d'aller en Chine, ou à Montréal et à Toronto pour entrer en contact avec la Chine... À Québec, il faut seulement utiliser un peu plus son imagination.»

    Les souvenirs de Chine teintent d'un éclat passionné les yeux bleus de Marie-Christine Morin. Tombée par hasard sur le site Web de Michel Parent, elle en a fait le sujet de son mémoire de maîtrise en communication! Elle évalue la possibilité pour le quartier chinois virtuel de devenir un lieu de rencontre entre les immigrants chinois et les Québécois. Elle pose son regard curieux sur la question — en Chine, elle pouvait passer des «heures folles» à observer les Occidentaux et les Chinois dans les épiceries. Les entrevues qu'elle a menées avec des étudiants en échange universitaire, à ce jour, révèlent «qu'ils préfèrent leurs propres réseaux sociaux virtuels en chinois. Ce qui ne veut pas dire qu'ils ne se montrent pas curieux et intéressés!».












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