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La mécanique quantique révolutionne l'informatique

La mécanique quantique permet de réaliser des tâches qui sont hors du commun. Par exemple, un ordinateur quantique pourrait faire davantage de calculs que la réunion de tous les ordinateurs fabriqués à ce jour!
Photo : Agence France-Presse
La mécanique quantique permet de réaliser des tâches qui sont hors du commun. Par exemple, un ordinateur quantique pourrait faire davantage de calculs que la réunion de tous les ordinateurs fabriqués à ce jour!
Gilles Brassard est tout un personnage... c'est le moins qu'on puisse dire! Enfant surdoué, il amorce ses études universitaires dès l'âge de 13 ans. Passionné d'informatique, il crée une nouvelle branche: le traitement quantique de l'information. Il invente même la méthode à toute épreuve pour coder des messages: la cryptologie quantique. Et voici qu'il préconise l'enseignement de la physique quantique dès le secondaire, étant donné que «la physique traditionnelle est tout bonnement fausse!»

Professeur au département d'informatique et de recherche opérationnelle de l'Université de Montréal, Gilles Brassard est titulaire de la Chaire de recherche du Canada en informatique quantique. «Je travaille avant tout sur les fondements de la mécanique quantique afin de comprendre mieux comment fonctionnent l'Univers et le monde physique et, dans un certain sens, pourquoi...», dit-il d'une voix douce.

Comme tout bon roman d'espionnage nous l'enseigne, la cryptographie sert à communiquer des messages à l'insu d'espions éventuels. Mais voilà qu'elle suscite du coup la curiosité du contre-espionnage, qui essaie par tous les moyens de décoder ces messages. Bien entendu, on assiste à un duel entre encrypteurs et perceurs de codes.

«Ma contribution la plus connue consiste à avoir découvert, en collaboration avec Charles Bennett, que l'utilisation judicieuse de la mécanique quantique permet de communiquer avec une garantie de confidentialité impossible à obtenir par toute approche classique», explique M. Brassard.

De plus, ses collègues et lui ont montré que la mécanique quantique permet de réaliser des tâches qui sont hors du commun. Par exemple, un ordinateur quantique pourrait faire davantage de calculs que la réunion de tous les ordinateurs fabriqués à ce jour!

À l'épreuve de tout espion et du temps

«Pour l'instant, l'application la plus pratique de la mécanique quantique est la cryptographie, précise Gilles Brassard. C'est par là que j'ai commencé ma carrière.» En fait, le physicien Bennett et lui ont abordé le problème «sans trop se prendre au sérieux, dit-il. Mais, une chose menant à une autre, il nous a fallu trois ans pour en venir à penser à utiliser la mécanique quantique pour faire de la cryptographie.»

Le duo invente ainsi en 1984 une clé d'encryptage baptisée BB-84 (pour Bennett-Brassard 1984). C'était en soi un prodige puisque, pour la première fois, la mécanique quantique était utilisée pour réaliser une tâche en traitement d'information. Qui plus est, les chercheurs ont démontré que celle-ci permet d'effectuer une tâche impossible à réaliser selon la mécanique classique. «La cryptographie quantique offre une sécurité dont on peut démontrer qu'elle est impossible à briser, indique le chercheur, ce qui n'est nullement le cas avec la cryptographie traditionnelle.»

La création de la clé BB-84 mène à la mise au point (cinq ans plus tard) d'un prototype d'encryptage. «Notre système fonctionne très bien puisque, par la suite, des "gens sérieux" ont pu s'en servir», relate M. Brassard. Entendons là que les services secrets américains se sont intéressés à cette invention. Toutefois, le chercheur ignore si la clé est réellement en usage. «Je ne sais pas si elle est utilisée par les services secrets, mais, si je le savais, je ne pourrais vous le dire!», laisse-t-il filer.

«D'autre part, il y a un autre aspect intéressant, enchaîne-t-il. Peut-être qu'aujourd'hui personne n'est en mesure de déchiffrer les messages codés de façon traditionnelle, mais rien ne prouve qu'on n'y parviendra pas un jour ou l'autre.» Il est même très possible qu'on découvrira de nouvelles façons de procéder «révolutionnaires» qui permettront de percer les systèmes traditionnels. «Il se peut même que quelqu'un possède déjà les clés nécessaires mais qu'il ne le dise à personne...»

Une autre possibilité: les messages indéchiffrables aujourd'hui sont stockés dans l'espoir de les décoder ultérieurement. «Par exemple, rien n'empêche un malfaiteur ou un gouvernement de conserver les données cryptographiques qui circulent dans Internet en se disant qu'un jour il pourrait y avoir de nouvelles façons de les briser, explique M. Brassard. Ainsi, non seulement on ne possède aucune protection contre le présent, mais rien ne garantit qu'à l'avenir on ne dévoilera pas les secrets d'aujourd'hui.»

Par contre, les systèmes de cryptage quantique seront toujours inviolables. «En fait, pour parvenir à briser un tel système, il faudrait démontrer que la physique quantique est fausse!», résume le chercheur, qui s'empresse d'ajouter qu'un tel prodige «serait une formidable révolution scientifique... ce qui serait en soi fort intéressant!»

Pourquoi enseigne-t-on la «fausse» physique?

Après trente ans de recherches, Gilles Brassard n'est jamais à court d'idées étonnantes. Ainsi, il préconise l'enseignement de la mécanique quantique dès l'école secondaire. Pourquoi? «Parce que la physique newtonienne [qu'on enseigne] est à toutes fins pratiques fausse!»

À ses yeux, c'est comme si on enseignait que tout tourne autour de la Terre, y compris le Soleil, parce que c'est plus facile à comprendre. «Mais ce qu'on enseignerait alors serait faux, tranche-t-il, comme la physique de Newton!»

En fait, les lois de la physique classique s'appliquent aux objets qui se déplacent à faible vitesse — ce qui est le cas de ce qui se passe au quotidien. Toutefois, comme l'a démontré Einstein avec la relativité, tout change à grande vitesse, dont le concept même du temps immuable. Lorsque des corps se déplacent, il faut par conséquent apporter des corrections aux lois de Newton.

«La relativité, si vous voulez, offre une correction à la physique de Newton, explique le professeur. Mais elle n'en demeure pas moins une correction, tandis que la mécanique quantique est un changement complet de perspective. Il ne s'agit pas de corriger la physique selon Newton, mais de tout recommencer.»

De surcroît, poursuit-il, la physique quantique n'a jusqu'à présent jamais été prise en défaut, quelles qu'aient été les expériences faites pour la mettre à l'épreuve. «Il n'y a jamais eu la moindre déviation, insiste-t-il. Ainsi, bien qu'on ne puisse absolument être certain qu'elle est parfaitement conforme à la réalité, la mécanique quantique semble plus conforme que la mécanique de Newton... dont on sait qu'elle est fausse!»

Pourquoi donc ne pas enseigner le véritable fonctionnement de l'Univers dès le secondaire?, se demande en conséquence le chercheur, qui se voyait d'ailleurs reconnaître samedi soir dernier comme personnalité de l'année par la Fédération de l'informatique du Québec lors de la soirée de remise des Octas.

Collaborateur du Devoir






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  • Georges Allaire
    Inscrit
    mercredi 28 mai 2008 00h47
    Bien entendu
    « Cela allait déjà de soi, vu que la mécanique classique estime que les êtres naturels sont des nombres... ce qu'ils ne sont pas. Il fallait bien que la base de la réalité soit conforme à son sommet. »

  • Daniel Creusot
    Abonné
    mercredi 28 mai 2008 05h47
    C'est ben beau mais comment ça marche?
    « beau ben comment ça mais marche C'est?
    ben c'est comment mais comment beau mais marche ça?
    mais marche ben C'est comment
    beau C'est marche beau ça? ben comment mais ça
    C'est ben bea..... »

  • Robert Mainville
    Abonné
    mercredi 28 mai 2008 08h53
    Ne pas mélanger science et enseignement de la science
    « Vrai que la physique newtonienne n'est pas absolument exacte. Mais elle reste relativement facile à comprendre et elle décrit bien l'environnement immédiat d'un étudiant. À trop vouloir faire mieux, on risque de passer à côté de l'essentiel ici, qui est d'initer des enfants à la science. Bref, l'enseignement de la physique newtonienne demeure un bon outil d'initiation et d'apprentissage de la science et, surtout, de la méthode scientifique.

    D'ailleurs ça ne doit pas être si mauvais que ça, si j'en juge par le parcours de Monsieur Brassard lui-même... »

  • Denis Eschbach
    Abonné
    mercredi 28 mai 2008 09h46
    Du journalisme tout ça...
    « La réalité d'un objet ne peut être autre que l'objet lui-même.
    Donc toute description de l'univers n'est qu'un modèle et ne peut être confondue avec la réalité...
    Il y a des modèles plus précis que d'autres, c'est tout.
    Mais aucune description ne peut s'arroger de titre ontologiquement supérieur à une autre. Nous sommes dans le relatif absolu!
    Right?
    Salut à tous »

  • Stéphane Leclair
    Abonné
    mercredi 28 mai 2008 13h25
    Oui et non (superposés)
    « J'ai fait l'école publique dans les années 1970 et 1980, y compris un DEC en sciences pures, puis un bac en informatique. Dans tout ça, personne ne m'a mentionné la mécanique quantique. J'ai pourtant fait les cours de physique ordinaires du CEGEP, y compris "Optique et physique moderne", et on ne m'a jamais parlé d'Heisenberg. Il a fallu que j'apprenne ça par moi-même. En ce sens, oui, il faudrait bien que ça soit enseigné aux gens qui s'orientent vers les sciences.

    Toutefois, enseigner ça dans le tronc commun au secondaire, ce serait peu pertinent et même franchement imprudent. Un autre lecteur a souligné, avec ou sans ironie, que ça peut donner des idées religieuses. Newton n'avait pas tout faux, et pour les phénomènes macroscopiques c'est amplement suffisant de s'y retrouver en physique classique. Je n'ai aucun doute que M. Brassard aurait tout compris ça d'un seul coup à 10 ans, mais le commun des mortels a besoin d'une certaine dose de maturité avant d'être confronté à ces notions. »

  • Michel Samson
    Abonné
    mercredi 28 mai 2008 17h49
    Oui, enfin du vrai journalisme...
    « Je m'attends d'un journaliste qu'il m'apprenne quelque chose en la relatant correctement et efficacement. J'ajoute que le choix du sujet n'est jamais étranger à mon appréciation ou à la filière 13.

    Voilà un texte magnifique que j'ai relu deux fois par plaisir et avec le sentiment d'être moins niais à chaque itération. Quant à M. Brassard, ne lui reste qu'à trouver le lien entre mécanique quantique et humilité. Que voulez-vous, je ne suis pas de ceux qui voient en Newton un imbécile, bien au contraire. Curieusement cela ne devrait pas provoquer Einstein à se retourner dans sa tombe. »

  • Raynald Richer
    Inscrit
    mercredi 28 mai 2008 22h37
    a chaque théorie son domaine
    « Je serais curieux de voir l'application de la mécanique quantique à la construction d'un pont...
    Plus sérieusement c'est une théorie efficace mais qui a son domaine d'application. Elle est déjà introduite au niveau collégiale mais je crois que qu'elle est trop abstraite pour le secondaire. Trop de vulgarisation peut amener des problèmes d'interprétation qui risquent de produire des dérives non souhaitées. On le voit régulièrement chez les pseudos-machins. »

  • Francis Déry
    Inscrit
    mercredi 28 mai 2008 23h16
    Fausse géographie
    « La mécanique newtonienne est dépassée pour un scientifique, soit!
    Mais elle reste un savoir pratique dans nombre de métiers.

    Autant dire qu'on enseigne et pratique une fausse géographie par l'utilisation des cartes et mappemondes. La cartographie cartésienne qui range les axes cardinaux dans un plan et l'axe verticale dans les courbes de niveau devrait-elle être supprimée pour autant ? »

  • Francis Déry
    Inscrit
    jeudi 29 mai 2008 00h56
    Newton, Einstein, Dieu et les Quanta.
    « L'oeuvre de Newton se voulait de découvrir les Lois Divines que nul homme ne pouvait altérer en inventant des fausses religions. Il inventa le terme de Grand Horloger en utilisant le paramètre du temps, dérivé des travaux de l'illustre Galilée. Newton était influencé par Maïmonidès.
    Il a failli partir sa propre religion opposée aux Trinitariens et aux Unitariens. Sa conception déiste influencera le Français Voltaire.
    Par la suite, les disciples de sa philosophie spéculative changeront les structures de la franc-maçonnerie en énonçant les Landmarks dont le plus célèbre est le credo du Grand Architecte de l'Univers.
    Einstein fut un disciple de Spinoza. Il est dit qu'avec ses travaux sur la Relativité Générale et sur la mécanique quantique, alors que Newton mis en ordre une vision de l'Univers obéissant à Dieu, Einstein fut le diable qui y remit le désordre et l'incertitude. »

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