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Des midis sur l'environnement - «La liberté de consommer, c'est aussi la liberté de ne pas le faire»

Michel Jébrak est professeur-chercheur au laboratoire de géologie des ressources minérales à l’UQAM.
Michel Jébrak est professeur-chercheur au laboratoire de géologie des ressources minérales à l’UQAM.
L'Acfas a invité plusieurs spécialistes en environnement à partager leurs savoirs, à l'heure du midi, lors de son prochain congrès. Le Devoir a proposé à trois d'entre eux de nous entretenir sur ce qui les interpelle actuellement. Il sera donc question de pétrole, de responsabilité citoyenne et de ressources minérales. Rencontres.

Michel Jébrak est professeur-chercheur au laboratoire de géologie des ressources minérales à l'UQAM. Il codirige également le réseau de recherche pour la diversification minière du Québec. La communication qu'il donnera entre deux croûtes s'intitule «Pas de pitié pour les ressources minérales». Selon lui, «il y a actuellement de fortes tensions dans le domaine des ressources minérales. D'une part, nous consommons de plus en plus de métaux dans les pays développés; pensons, par exemple, aux véhicules tout-terrains. D'autre part, il y a de plus en plus de consommateurs dans le monde qui aspirent aux mêmes conditions de vie [que les Occidentaux], il s'agit de penser aux quelque 300 millions de Chinois rejoignant la classe moyenne. Une demande en énergie qui est donc faramineuse», ce qui pousse à la hausse «des prix que nous connaissons».

Une situation, dit-il, qui continuera à nourrir des crises, «en particulier pour certaines substances stratégiques. La concentration des compagnies est également un problème. D'autant que leur approvisionnement [en énergie] sera de plus en plus difficile à combler en raison d'un manque de gisements découverts. Ce n'est pas qu'il n'y en a pas, c'est que l'on n'a pas investi assez pour en trouver...»

Exploiter ou développer?

Comment peut-on concilier l'exploitation des ressources minérales avec les principes directeurs du développement durable? «En responsabilisant non seulement les compagnies et les gouvernements, mais aussi les consommateurs. Beaucoup de travail reste à faire pour sensibiliser les personnes vivant dans les régions urbaines, qui composent plus de la moitié de la population mondiale. Ces personnes ont perdu leur lien avec la nature. Et qui sait qu'un Nord-Américain qui naît aujourd'hui consommera plus de 300 000 litres de pétrole, 20 tonnes de minerai de fer, 15 tonnes de sel ou encore 266 tonnes de charbon au cours de sa vie? Il faut être plus efficace et plus responsable», suggère M. Jébrak dans le cadre d'une entrevue conduite par courriel depuis la France, où il séjournait.

Ne trouvez-vous pas que la notion de développement durable est galvaudée par les temps qui courent, pour ne pas dire qu'on s'en sert à toutes les sauces, histoire de faire bonne mesure? «Oui. Certains diront que cette notion est un oxymoron. Cependant, les spécialistes du développement durable — je pense aux travaux de Corinne Gendron [professeur-chercheur à l'UQAM] — proposent une véritable définition de la notion de développement durable. Si seulement on prenait la peine de les écouter, on comprendrait mieux! Il y a toujours trois volets à cette notion, soit l'économique, l'écologique et l'aspect social. Et plusieurs tentent d'en oublier une grande partie», conclut-il.

Responsabilité citoyenne

Galvaudée, la notion de développement durable? «C'est bien sûr», confirme à son tour Claude Villeneuve, professeur à l'Université de Québec à Chicoutimi, qui entretiendra son auditoire sur la responsabilité personnelle au regard des changements climatiques. «Le développement durable est, dans les faits, une série d'intentions proposant de voir les choses dans une large perspective, d'être prudent et généreux et de porter la responsabilité de ses actes. Mais tous ces éléments existent depuis le début de la civilisation, depuis l'aube de l'humanité. Peu importe comment on l'appelle. Moi, vous savez, les chicanes sémantiques, à savoir si c'est du développement durable, viable, soutenable... whatever, je ris de ça.»

Ah bon? «Écoutez, on vit dans un monde où l'on perd beaucoup de temps à préciser quelque chose qui sera toujours flou. On ne peut pas penser le développement durable, on ne peut que juger de la durabilité du développement après coup.» En clair, dit-il, il faut revenir à l'essentiel, soit miser sur la responsabilité citoyenne envers son environnement immédiat.

«Il existe, poursuit M. Villeneuve, plusieurs pistes de solutions qui s'offrent aux humains pour réduire les facteurs qui provoquent les changements climatiques. Et puis, on ne peut pas toujours s'en remettre au système pour régler les problèmes; il nous faut, à titre individuel, être en mesure de se "policer" pour aboutir à des résultats concrets. Vous savez, on vit dans une société où les dépenses personnelles sont plus élevées que les revenus. Eh bien, la liberté de consommer, c'est aussi la liberté de ne pas le faire.»

Et le pétrole, dans tout cela?

Dans cette optique, on a en effet le loisir de ne pas (ou moins, soyons réalistes) consommer de pétrole. De toute manière, le pétrole n'en a pas pour très longtemps, c'est du moins ce que vous dira en long et en large Gaétan Lafrance, professeur honoraire à l'INRS, qui a d'ailleurs publié chez Multimondes un livre intitulé Vivre après le pétrole, mission impossible?

Cet ouvrage avance que, d'ici 15 à 20 ans, peut-être avant, l'humanité aura consommé la moitié des réserves ultimes de pétrole. À peine une décennie plus tard, le même sort attend le gaz naturel. La vie après le pétrole, poursuit-on, est difficilement imaginable, non pas tant à cause du manque d'options de rechange techniques, économiques et physiques, mais en raison de la rigidité des comportements sociaux et des structures organisationnelles. Plus encore, lit-on, la mollesse généralisée de la communauté internationale devant le principal problème à résoudre en ce XXIe siècle, soit gérer la décroissance des combustibles fossiles, fait peur.

Ainsi, M. Lafrance abordera notamment cette question dans l'optique de sa communication acfassienne intitulée «Une planète en quête d'alternatives énergétiques». «L'hypothèse que j'avance, dit-il, c'est que l'âge du pétrole sera suivi par celui de l'électricité. Je crois que chaque communauté dans le monde aura son propre modèle d'approvisionnement énergétique qui sera basé sur l'électron, et le modèle québécois sera considéré comme une référence.» M. Lafrance estime aussi que le défi mondial à l'échelle de la gouvernance, afin d'assurer un avenir durable pour la planète, «est de respecter le protocole de Kyoto». Voilà autant de thèmes qui seront abordés aux midis de l'Acfas le temps de casser la croûte... terrestre.

- Aux midis de l'Acfas, dès 12h15, seront étudiés les changements climatiques le 5 mai avec Claude Villeneuve, les options de rechange énergétiques le 6 mai avec Gaétan Lafrance, les ressources minérales le 7 mai avec Michel Jébrak. Aussi, Ghislain de Marsily, de l'université Pierre-et-Marie-Curie, interviendra le 8 mai sur les ressources en eau.

***

Collaborateur du Devoir
Michel Jébrak est professeur-chercheur au laboratoire de géologie des ressources minérales à l’UQAM. Claude Villeneuve, professeur à l’Université du Québec à Chicoutimi
 






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  • Tim Yeatman
    Abonné
    samedi 3 mai 2008 08h43
    Responsabilité citoyenne, c'est bien, mais la responsabilité gouvernementale et scientifique?
    « Nous en avons marre de toujours entendre Monsieur Claude Villeneuve s'en remettre sans cesse à la responsabilité citoyenne! Nous avons beau diminuer notre consommation, recycler tout ce que nous pouvons, limiter nos déplacements à l'essentiel, manger local et s'éclairer au solaire, nous nous sentons limités et confondus par nos gouvernements qui subventionnent les pétrolières et l'agriculture industrielle polluante, lancent des projets de ports méthaniers, donne carte blanche aux minières, , laissent les corporations bâillonner les citoyens qui veulent les dénoncer, refusent d'encourager la facturation nette, signent l'accord de Kyoto pour ensuite faire comme s'il n'existait pas, bref, nos gouvernements ne font rien de concret pour convaincre nos voisins que ce sont nous les citoyens à imiter dans notre voisinage.

    En tant que citoyens, nous nous frappons à un mur de béton qu'est notre gouvernement pour sauver nos espaces verts (Mont Orford, Mont Royal), respecter notre fleuve (ports méthaniers), préserver nos rivières sauvages (Franquelin, Batiscan, Ouiatchouan, Romaine), favoriser une agriculture respectueuse (porcheries et élevages sur gestion liquide), étiqueter les OGM et investir dans les transports en commun.

    La culpabilité doit être partagée avec l'armée de fonctionnaires et "spécialistes scientifiques" qui gagnent leur vie en rédigeant des rapports et en conseillant les élus. Ils sont bien placés pour voir l'impasse des décisions qui sont prises, mais ils se cachent derrière des excuses comme "l'impartialité scientifique", ou le "manque de volonté politique", ou "l'incertitude scientifique", pour ne pas prendre position et dénoncer haut et fort les désastres écologiques qui se déroulent sous leurs yeux.

    Les citoyens payeurs de taxes et d'impôts ne devraient pas être obliger d'essayer de convaincre ses dirigeants qu'ils sont là pour voir au bien-être de tous! C'est leur job, et nos dirigeants ne la font pas! Nous sommes certains que la majorité des citoyens emboîteraient le pas avec enthousiasme si la volonté politique de diriger vert se traduisait par des actions vertes et efficaces au lieu de se limiter à des beaux discours vides.

    Monsieur Claude Villeneuve semble vouloir diriger notre culpabilité et notre impatience sur nous-mêmes, alors que ce sont nos élus qui devraient avoir honte de ne pas prendre les décisions difficiles mais nécessaires pour faire les vrais changements qui se font attendre. Comme disent les Anglais: "he's barking up the wrong tree!".

    Tim Yeatman et Johanne Dion
    Richelieu, Qc

    P.S.: çà aurait été bien d'expliquer l'identité de l'Acfas »

  • Fernand Trudel
    Abonné
    dimanche 4 mai 2008 13h30
    Quand vous en aurez assez marre, vous comprendrez !!!
    « L'agitation autour du climat est un autre bogue de l'an 2000 version speudo-scientifique. On peut faire dire n'importe quoi à un ordinateur dépendant de la façon dont on le programme. Il est évident que la climat<ologie est née de l'avènement de l'ordinateur...

    Les réchauffements et les refroidissements ont été nombreux depuis que la terre existe. S'est-on interrogé s'il y avait un réchauffement climatique quand le Titanic a coulé en 1909 frappant un énorme iceberg détaché du Groenland. Non !!!

    On n'avait pas les alarmistes et leur caméra cherchant le moindre soubresaut de la terre pour le monter en exergue, ni nousa faire des films apocalyptiques dignes d'Hollywood...

    On n'avait pas un organisme politique, l'ONU, qui voulait devenir un gouvernement mondial en essayant de nous imposer ses vues par la médiation à outrance. Maintenant si...

    On est en train de créer un chaos humanitaire, économique sans précédent pour des mensonges de politiciens affamés de pouvoir. Il est paradoxal que deux branches du même organisme onusien arrivent à des conclusions complètement contradictoires.

    Al Gore a fait pencher la balance pour l'éthanol en tranchant dans l'égalité du vote sénatorial en 1994. Les États-Unis ont construit 140 usines privant des millions d'humains de cette ressource céréalière essentielle. Son ami Charles Branson patron du Groupe Virgin, l'entreprise la plus polluante au monde, investi actuellement 400 millions dans la production d'éthanol. Ca doit être ca du mécénat... Il a eu un remord de conscience et au lieu de l'investir dans les champs de maïs américain, il va l'investir dans les champs de cannes à sucre africaines. Il se<mble qu'il en retirera sept fois plus pour son investissement... Drôle de remord !!!

    Ces gestes pour soi-disant sauver la planète sont en train de faire mourrir des millions d'humains et d'apprauivrir le monde entier car les hausses de prix vertigineuses se réflèteront à court terme sur tous les aliments affectant tous les ménages et les restaurants. Une inflation qui arrive au moment où le système économique est mis à rude épreuve par la mondialisation du commerce.

    Mais nos écolos adeptes de la pensée unique ne voient que du vert. Pas les billets verts qui s'envolent en fumée dans cette vaste fumisterie kyotiste orchestrée...

    Quand vous en aurez marre, il sera trop tard mais vous comprendrez que vous avez été manipulés par des assoiffés du pouvoir... »

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