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Médias - Quand le téléspectateur critique la télé

Les audiences du CRTC sur la distribution de la télévision nous rappellent depuis deux semaines que la télévision est en bouleversement. Mais, malgré les changements en cours, elle continue à être scrutée et analysée, à faire l'objet de tonnes d'articles dans les magazines populaires, et elle continue à alimenter des discussions enflammées.

Tous les sondages le rappellent : la télévision est l'activité culturelle préférée des Québécois, devant le cinéma, le théâtre ou la lecture.

À la radio de Radio-Canada, Christiane Charette proposait la semaine dernière un bilan de l'hiver télévisuel qui se termine, avec quelques invités, dont le signataire de ces lignes.

Quelques auditeurs ont appelé pour déplorer le fait que la radio parlait trop de la télévision. Il est vrai que la télévision, elle, ne parle pas souvent de la radio. Mais il est vrai aussi que l'on ne peut pas passer à côté d'un univers qui déchaîne autant les passions.

Lorsque Christiane Charette parle de télévision à son émission de radio, c'est un des sujets qui suscite le plus de commentaires des auditeurs, me confirmait un des recherchistes. On ne serait pas surpris d'apprendre que c'est probablement le cas des émissions d'information et d'affaires publiques lorsqu'elles décident de se pencher sur la télévision.

Et les téléspectateurs, même ceux qui affirment regarder très peu la télévision, ont souvent une opinion très tranchée sur le sujet.

Déchaînés

Un survol des commentaires publiés sur le site Internet de Radio-Canada à la suite de cette émission de Christiane Charette en donne une indication. Les auditeurs devaient citer leurs «coups de coeur», et leurs émissions préférées n'étaient pas nécessairement celles dont les grands médias parlent le plus. Nos Étés à TVA était mentionné, mais aussi Gang de rue à Télé-Québec, C'est juste de la télé à Artv, Une heure sur Terre à Radio-Canada. Un cas exceptionnel : le Dieu merci! d'Éric Salvail à TVA, une émission qui réussit le tour de force de mettre d'accord autant les critiques et les spécialistes que les téléspectateurs ordinaires, comme en témoigne l'écoute élevée de l'émission.

Mais lorsque vient le temps de décrire ce qu'ils aiment moins, les auditeurs sont déchaînés, et souvent plus virulents que les critiques officiels. Le Moment de vérité à Radio-Canada, c'est «pathétique». Virginie à Radio-Canada, c'est «l'émission la plus insignifiante de la télé». Télé-Québec est vilipendé pour avoir retiré Méchant contraste, et l'on s'en prend à Radio-Canada pour diffuser de bons documentaires le samedi à une heure impossible (22 h 30) en laissant place à des variétés insignifiantes aux heures de grande écoute.

En passant, la dérive commerciale de Radio-Canada demeure un des sujets préférés des commentaires critiques des internautes sur les différents blogues, ainsi que parmi les lettres des lecteurs que Le Devoir reçoit!

Le cas du Banquier à TVA est particulièrement intéressant. Vilipendé par bon nombre d'auditeurs ce matin-là chez Christiane Charette (ainsi que par moi-même), Le Banquier bénéficie pourtant d'un soutien populaire exceptionnel, étant l'émission la plus écoutée de toute l'année 2007-2008, avec des auditoires qui pouvaient atteindre deux millions de téléspectateurs. Autant Dieu merci! semble concilier cote d'écoute et qualité, autant Le Banquier illustre le fossé entre la cote d'écoute et l'opinion des critiques, ainsi que l'opinion de plusieurs téléspectateurs. En fait, c'est le genre d'émission qui est copieusement détestée... mais incroyablement regardée.



Pas d'analyse savante

À son époque, le succès de Star Académie avait suscité de nombreuses tentatives d'explication. Les journaux débordaient de lettres tentant d'expliquer le phénomène, et un chercheur universitaire réputé, le regretté Jean-Pierre Desaulniers, avait même publié un livre complet sur l'émission. Sur Le Banquier, rien. Les études font défaut, malgré le succès de l'émission.

On attend donc toujours la savante analyse qui nous expliquera pourquoi ce redoutable mélange de jeu de hasard, d'attrait de l'argent, de glamour, de suspense, d'émotion brute, de racolage, de concurrents prêts à tout pour avoir l'air fou, de thématiques bidon et de pitounes représente le Québec d'aujourd'hui. Concédons toutefois à l'équipe de Julie Snyder une grande compréhension du Québec profond puisque, comme dans le cas de Star Académie, Le Banquier prend bien soin de mettre en avant des concurrents de toutes les régions du Québec, en les enracinant, justement, dans leur région.

On dit beaucoup que la télévision change, que nous avançons de plus en plus vers un univers morcelé de 500 chaînes où la consommation télévisuelle deviendra de plus en plus personnalisée et spécialisée. On dit beaucoup aussi que la télévision se distribuera sur un nombre grandissant de nouvelles plates-formes technologiques, par petits morceaux sur Internet et sur les cellulaires. Mais on voit mal comment disparaîtra cette sorte de «communion» collective autour des mêmes titres rassembleurs, qui alimentent les discussions le lendemain matin au bureau... qu'on les aime ou qu'on les déteste.

***

pcauchon@ledevoir.com
 
 
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  • Lapirog
    Abonné
    lundi 21 avril 2008 07h24
    Québec profond?
    J'imagine que l'expression QUÉBEC PROFOND correspond à votre ignorance des régions qui composent ELLES aussi le QUÉBEC MODERNE.
    Rouyn et les autres milieux AVANTGARDISTES sont beaucoup plus modernes et urbains que bien des quartiers de Montréal et de ses résidants qui n'ont jamais mis les pieds ailleurs.Il faut plutot féliciter Julie Snyder de souligner l'origine géographique des participants de son BANQUIER comme le fait d'ailleurs SI JUSTEMENT Julien Lepers à l'émission QUESTION POUR UN CHAMPION sur TV5. RECONNAITRE LE QUÉBEC DES RÉGIONS C'EST ADMETTRE UNE BONNE FOIS QUE CE QUÉBEC MODERNE NE S'ARRÊTE PAS AUX FRONTIÈRES MONTRÉALAISES.

  • Mario Tremblay
    Abonné
    lundi 21 avril 2008 08h01
    Et on ne parle jamais
    Des décodeurs enregistreurs qui permettent d'écouter les émissions selon nos disponibilités, qui permettent de passer outre les guéguerres des stations en enregistrant à différentes heures, qui permettent de ne pas écouter les interminables séquences de commerciaux, et enfin, qui permettent de ne pas savoir quelle station est écoutée.
    Nous n'avons pas écouté une seule émission en direct depuis plusieurs années et ne savons jamais à quelle station, ni à quelle heure, une émission est diffusée.
    Par contre, les stations nous font la vie dure avec les cinq changements d'horaire par année : début en septembre jusqu'à octobre; arrêt des émissions en décembre; reprise en février, fin des émissions en avril; séries d'été...

  • Michèle Bourgon
    Inscrite
    lundi 21 avril 2008 08h25
    Du pain et des jeux!
    On se demande pourquoi le Banquier attire autant de téléspectateurs. L'émission offre de l'argent, du suspense, des choix, des possibilités d'erreur; il permet aux spectateurs de s'identifier au concurrent( Ah ben voyons, j'aurais pas choisi cette valise-là!). Il est construit sur un modèle on ne peut plus américain; on y choisit des candidats qui sont hyper archi extravertis, qui vont hurler ou pleurer. Le décor rappelle les émissions cultes américaines du genre The Price is right: des figurants ( le mot est très juste) font partie de ce décor; elles ( les mères porteuses) exposent des valises qui contiennent joie ou déception, les porteuses(rs) sont sexy et sourient constamment symbolisant la Fortune. Julie Snyder est un peu la petite fille de madame toutlmonde et les candidats itou font partie de notre famille. On veut voir mon oncle Roland ou le p'tit voisin gagner ou perdre selon notre souhait le plus cher.

    Du pain et des jeux ? Recette infaillible pour un dimanche soir.

    Le pouce en bas, mais pour plusieurs, les bras en l'air...

    On villipende le Banquier chez Christiane? Ça vous surprend???

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