À McGill et Sherbrooke - Les professeurs défendent l'université « utile »
Depuis 2001, McGill a remplacé presque tous les enseignants de sa faculté des sciences
Photo : Jacques Grenier
La faculté des sciences de l’université McGill a mis sur pied divers programmes favorisant l’application des recherches universitaires.
La connaissance du monde dans lequel nous vivons vient pour l'essentiel de la recherche qui se fait dans les universités. Toutefois, celles-ci subissent d'énormes pressions pour que ces travaux mènent le plus directement possible à des applications concrètes. C'est ce que constatent Martin Grant, doyen de la faculté des sciences de l'université McGill, et Jacques Beauvais, vice-recteur à la recherche à l'Université de Sherbrooke.
Les responsables de la recherche des universités McGill et de Sherbrooke observent que la pression mise pour promouvoir une recherche aux applications concrètes provient davantage des professeurs que du milieu environnant. «On ne sent qu'indirectement des pressions venant de l'extérieur», indique M. Beauvais, en fait «les pressions venant surtout de mon corps professoral», complète M. Grant.
«Évidemment, l'essence même de toute université est de faire de la recherche fondamentale, rappelle ce dernier. Par contre, on ne doit jamais oublier que nos recherches doivent bénéficier à la société.» Ainsi, dit-il, McGill est une «entreprise de plus d'un milliard de dollars» installée au coeur de Montréal. «Nous jouons donc un rôle majeur dans l'économie de la ville et de la province, et nous ressentons par conséquent une certaine pression...»
« Les meilleurs chercheurs depuis des décennies ! »
Ces dernières années, l'université McGill vit une sorte de renaissance, poursuit Martin Grant, puisqu'elle vient de renouveler son corps professoral. «Depuis 2000 ou 2001, il se produit quelque chose de formidable ici, dit-il. Nous engageons une centaine de professeurs chaque année, ce qui m'a permis de remplacer presque tous les professeurs de la faculté des sciences.»
McGill profite du fait que les Étasuniens embauchent peu à cause des difficultés économiques et des limites imposées dans l'octroi des visas aux étrangers, alors que nos gouvernements, au fédéral et au provincial, offrent d'excellents programmes pour engager des chercheurs et que le dollar canadien est à parité avec la devise étatsunienne. «Tout ceci nous permet d'attirer un calibre de professeurs comme on n'en a pas vu depuis des générations!», affirme M. Grant.
Il souligne en outre que le fait de procéder à un renouvellement rapide du corps professoral permet en même temps de réorienter la recherche universitaire. «Nous avons assemblé des noyaux de chercheurs dans les domaines les plus dynamiques de la science, dit-il. Notamment, en environnement, nous avons constitué une équipe spécialisée dans l'étude des systèmes planétaires. En astronomie, nous abordons pour la première fois la physique des hautes énergies. Même chose en écologie, en biodiversité, en neuroscience, en chimie "verte", etc.»
«Au départ, nous avons cherché à engager les meilleurs chercheurs dans ces domaines, poursuit-il. Or, nous nous sommes rendus compte que ceux-ci n'hésitent jamais à explorer de nouveaux champs d'intérêt. Par exemple, nous avons engagé des spécialistes en biologie, en chimie et en physique, mais puisque tous s'intéressent aux nanosciences, nous nous retrouvons avec une formidable équipe de nanoscientifiques.»
Ces jeunes chercheurs sont en outre avides de développer des applications à partir des découvertes qu'ils font, constate le doyen. «Et comme je ne dois jamais perdre de vue qu'ils peuvent nous quitter en un claquement de doigts, je me dois de répondre à leurs attentes.»
À cette fin, la faculté a mis sur pied divers programmes favorisant l'application des recherches universitaires. «On offre entre autres de petites sommes qui permettent d'amorcer des projets de commercialisation, indique Martin Grant. Et sous peu, nous annoncerons un programme qui permettra à des professeurs de consacrer une année ou deux à la commercialisation d'une découverte.»
«C'est donc dire que, oui, je subis de la pression de leur part... et que j'en subis également d'un peu partout, enchaîne-t-il. En fait, en tant que doyen de recherche, je considère qu'il est de mon devoir de satisfaire mes chercheurs de talent pour le bien de l'université et de la collectivité où nous nous trouvons.»
Martin Grant vise même à faire de Montréal l'un des plus importants centres de recherche de la planète. «Nous avons tout ce qu'il faut pour cela, dit-il avec assurance. Et si nous y parvenons, nous transformerons la ville en quelque chose qu'on n'a pas vu depuis des générations!»
Collaborations de plus en plus étendues
La situation de l'Université de Sherbrooke ressemble assez à celle de McGill, aux dires du vice-recteur à la recherche. «On ne sent qu'indirectement des pressions venant de l'extérieur, confirme Jacques Beauvais. Bien sûr que les organismes subventionnaires soutiennent toujours la recherche fondamentale, mais en même temps, ils ont plusieurs programmes où le financement est rattaché à des partenariats industriels sur des thématiques concrètes.»
Ce qui change ces dernières années, selon lui, c'est le fait que la plupart des recherches se font en équipes composées de spécialistes provenant de disciplines fort différentes. Par exemple, en géomatique — l'une des forces de Sherbrooke —, les spécialistes du domaine travaillent désormais avec des physiciens et des ingénieurs qui font du traitement de signal ou analysent ce qu'observent les satellites, le tout dans un contexte qui touche l'environnement.
Équipes mixtes
Par conséquent, l'université facilite le travail des équipes qui sont constituées de spécialistes de provenance étendue. «Nous avons par exemple créé le Centre d'excellence en génie de l'information, rapporte
M. Beauvais, qui regroupe autant des ingénieurs que des chercheurs en sciences humaines et sociales, ainsi que divers spécialistes en médecine. Nous créons des lieux où les chercheurs tant en recherche appliquée que fondamentale se côtoient.»
Toutefois, s'empresse-t-il de souligner, si l'université favorise les rencontres, les chercheurs demeurent toujours libres de s'associer entre eux. «En fin de compte, "ça clique" entre un chercheur en médecine et un autre en génie qui parviendront à se comprendre et à travailler ensemble, note-t-il. On peut les soutenir, mais il s'agit avant tout de relations basées sur des personnes, et non pas guidées par la direction de l'université.»
Le vice-recteur à la recherche considère même que la taille relativement réduite de son université est un atout. «L'avantage de ne pas être une très grosse université, dit-il, c'est justement que nos chercheurs peuvent facilement s'asseoir ensemble pour pondre des projets. Ils réussissent ainsi à faire des choses vraiment intéressantes!»
Collaborateur du Devoir
Les responsables de la recherche des universités McGill et de Sherbrooke observent que la pression mise pour promouvoir une recherche aux applications concrètes provient davantage des professeurs que du milieu environnant. «On ne sent qu'indirectement des pressions venant de l'extérieur», indique M. Beauvais, en fait «les pressions venant surtout de mon corps professoral», complète M. Grant.
«Évidemment, l'essence même de toute université est de faire de la recherche fondamentale, rappelle ce dernier. Par contre, on ne doit jamais oublier que nos recherches doivent bénéficier à la société.» Ainsi, dit-il, McGill est une «entreprise de plus d'un milliard de dollars» installée au coeur de Montréal. «Nous jouons donc un rôle majeur dans l'économie de la ville et de la province, et nous ressentons par conséquent une certaine pression...»
« Les meilleurs chercheurs depuis des décennies ! »
Ces dernières années, l'université McGill vit une sorte de renaissance, poursuit Martin Grant, puisqu'elle vient de renouveler son corps professoral. «Depuis 2000 ou 2001, il se produit quelque chose de formidable ici, dit-il. Nous engageons une centaine de professeurs chaque année, ce qui m'a permis de remplacer presque tous les professeurs de la faculté des sciences.»
McGill profite du fait que les Étasuniens embauchent peu à cause des difficultés économiques et des limites imposées dans l'octroi des visas aux étrangers, alors que nos gouvernements, au fédéral et au provincial, offrent d'excellents programmes pour engager des chercheurs et que le dollar canadien est à parité avec la devise étatsunienne. «Tout ceci nous permet d'attirer un calibre de professeurs comme on n'en a pas vu depuis des générations!», affirme M. Grant.
Il souligne en outre que le fait de procéder à un renouvellement rapide du corps professoral permet en même temps de réorienter la recherche universitaire. «Nous avons assemblé des noyaux de chercheurs dans les domaines les plus dynamiques de la science, dit-il. Notamment, en environnement, nous avons constitué une équipe spécialisée dans l'étude des systèmes planétaires. En astronomie, nous abordons pour la première fois la physique des hautes énergies. Même chose en écologie, en biodiversité, en neuroscience, en chimie "verte", etc.»
«Au départ, nous avons cherché à engager les meilleurs chercheurs dans ces domaines, poursuit-il. Or, nous nous sommes rendus compte que ceux-ci n'hésitent jamais à explorer de nouveaux champs d'intérêt. Par exemple, nous avons engagé des spécialistes en biologie, en chimie et en physique, mais puisque tous s'intéressent aux nanosciences, nous nous retrouvons avec une formidable équipe de nanoscientifiques.»
Ces jeunes chercheurs sont en outre avides de développer des applications à partir des découvertes qu'ils font, constate le doyen. «Et comme je ne dois jamais perdre de vue qu'ils peuvent nous quitter en un claquement de doigts, je me dois de répondre à leurs attentes.»
À cette fin, la faculté a mis sur pied divers programmes favorisant l'application des recherches universitaires. «On offre entre autres de petites sommes qui permettent d'amorcer des projets de commercialisation, indique Martin Grant. Et sous peu, nous annoncerons un programme qui permettra à des professeurs de consacrer une année ou deux à la commercialisation d'une découverte.»
«C'est donc dire que, oui, je subis de la pression de leur part... et que j'en subis également d'un peu partout, enchaîne-t-il. En fait, en tant que doyen de recherche, je considère qu'il est de mon devoir de satisfaire mes chercheurs de talent pour le bien de l'université et de la collectivité où nous nous trouvons.»
Martin Grant vise même à faire de Montréal l'un des plus importants centres de recherche de la planète. «Nous avons tout ce qu'il faut pour cela, dit-il avec assurance. Et si nous y parvenons, nous transformerons la ville en quelque chose qu'on n'a pas vu depuis des générations!»
Collaborations de plus en plus étendues
La situation de l'Université de Sherbrooke ressemble assez à celle de McGill, aux dires du vice-recteur à la recherche. «On ne sent qu'indirectement des pressions venant de l'extérieur, confirme Jacques Beauvais. Bien sûr que les organismes subventionnaires soutiennent toujours la recherche fondamentale, mais en même temps, ils ont plusieurs programmes où le financement est rattaché à des partenariats industriels sur des thématiques concrètes.»
Ce qui change ces dernières années, selon lui, c'est le fait que la plupart des recherches se font en équipes composées de spécialistes provenant de disciplines fort différentes. Par exemple, en géomatique — l'une des forces de Sherbrooke —, les spécialistes du domaine travaillent désormais avec des physiciens et des ingénieurs qui font du traitement de signal ou analysent ce qu'observent les satellites, le tout dans un contexte qui touche l'environnement.
Équipes mixtes
Par conséquent, l'université facilite le travail des équipes qui sont constituées de spécialistes de provenance étendue. «Nous avons par exemple créé le Centre d'excellence en génie de l'information, rapporte
M. Beauvais, qui regroupe autant des ingénieurs que des chercheurs en sciences humaines et sociales, ainsi que divers spécialistes en médecine. Nous créons des lieux où les chercheurs tant en recherche appliquée que fondamentale se côtoient.»
Toutefois, s'empresse-t-il de souligner, si l'université favorise les rencontres, les chercheurs demeurent toujours libres de s'associer entre eux. «En fin de compte, "ça clique" entre un chercheur en médecine et un autre en génie qui parviendront à se comprendre et à travailler ensemble, note-t-il. On peut les soutenir, mais il s'agit avant tout de relations basées sur des personnes, et non pas guidées par la direction de l'université.»
Le vice-recteur à la recherche considère même que la taille relativement réduite de son université est un atout. «L'avantage de ne pas être une très grosse université, dit-il, c'est justement que nos chercheurs peuvent facilement s'asseoir ensemble pour pondre des projets. Ils réussissent ainsi à faire des choses vraiment intéressantes!»
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