Imposture raélienne et crime contre l'humanité
6 janvier 2003
Science et technologie
L'affaire des clones raéliens ressemble de plus en plus à une imposture. En l'absence de preuve scientifique, comment prendre au sérieux les annonces faites par une «évêque» de la secte de Claude Vorilhon. Pour l'heure, nous devons considérer la possibilité que ces clones n'existent pas.
Le mouvement raélien a réussi depuis des années à s'enrichir en abusant de la crédulité de gens qui croient aux extraterrestres et sont attirés par «l'orgasme cosmique». Le gourou illuminé de ce nid de charlatans ne s'est jamais laissé encombrer par la vérité. Il pourrait être en train de monter un gigantesque canular.
Il est en effet capable de faire croire que des dizaines de clones sont nés un peu partout sur la planète, comme il prétend être l'enfant d'un être venu de l'espace, afin de profiter de la vague médiatique provoquée par ces allégations et empocher les avances (300 000 $ pièce) de gens assez simples d'esprit, mais tout de même assez nombreux, pour croire en ses promesses de vie éternelle par duplication.
L'hypothèse d'un échec des tentatives de clonage entreprises par les Raéliens est très plausible. Le médecin italien Severino Antinori, qui est entré en août 2001 dans la course pour engendrer le premier post-humain, conteste les prétentions de Clonaid. Selon lui, ces annonces sont une fumisterie. Ses conclusions ne seraient-elles pas basées sur sa propre expérience? Ses essais n'auraient-ils pas tous conduit à des échecs, ce qui lui laisserait supposer que les mêmes difficultés se présentent à l'équipe de Brigitte Boisselier?
Il aura fallu aux experts britanniques 277 tentatives avant de réussir à faire naître Dolly, la première brebis clonée. Il est probable que tentée chez l'humain, la même technique donne lieu à des fausses couches à répétition.
Bientôt un crime
Il ne faut pas pour autant exclure la possibilité que des enfants engendrés par clonage soient bel et bien nés. Les simagrées de Vorilhon et sa prêtresse ne doivent pas nous faire oublier le sérieux de la chose. Les autorités doivent continuer à exiger des preuves et à traquer les auteurs de ce qui sera bientôt considéré au Canada, après l'adoption promise cet hiver de la loi sur la procréation assistée, comme un crime passible de 10 ans d'emprisonnement.
Les récents événements font surgir une question: est-ce que Claude Vorilhon, dont la secte a ses quartiers au Québec, pourra être poursuivi en vertu de cette loi? Le projet de loi proscrit le clonage humain et stipule, à l'article 5(2), qu'il est interdit «d'offrir d'accomplir ou de faire de la publicité» à cet égard.
Le mouvement raélien encourage ouvertement le recours à cette technique et à quoi assistons-nous depuis dix jours sinon à un battage publicitaire monstre?
À tout le moins, l'occasion serait belle de réviser le dossier du mouvement ufologique chez nous où il jouit du statut d'Église et de tous les avantages fiscaux qui en découlent. Québec interdit toute recherche sur le clonage sur son territoire. Il accorde pourtant, par l'entremise de la fiscalité, des avantages financiers à une organisation qui fait de cette technique une doctrine et recrute des adeptes en faisant sa promotion.
Le caractère répréhensible du clonage reproductif est patent. On transforme des êtres humains (en particulier des femmes) en cobayes d'une technique non éprouvée dans le but de faire naître des enfants auxquels serait légué un patrimoine génétique dégénéré, cela pour satisfaire à un délire narcissique qui fait voler en éclats le système de parenté, menaçant l'unicité de l'être humain et la diversité de l'espèce qui sont les assises du droit à l'égalité et des libertés fondamentales.
Une occasion politique
Le clonage ouvre la porte aux pires dérives eugénistes. Si on le tolérait, comment pourrait-t-on, à terme, s'opposer à diverses manipulations qui auraient pour but «d'améliorer» le bagage génétique d'un enfant à naître, ce qui conduirait droit au «bébé sur mesure»?
Le célèbre auteur de La Fin de l'Histoire, le philosophe américain Francis Fukuyama, propose, dans son dernier livre (La Fin de l'Homme), de faire de l'interdiction du clonage «un jalon politique». Selon lui, il y a une «occasion stratégique» à saisir pour «établir la possibilité d'un contrôle politique sur la biotechnologie».
Il s'agit de «démontrer que le développement de toutes ces technologies n'est pas inéluctable et que les sociétés peuvent prendre des mesures pratiques pour contrôler le rythme et les objectifs des progrès techniques».
Il est vrai que les promoteurs du clonage pourraient contourner l'interdiction en se réfugiant dans la clandestinité. Cet argument est fallacieux. Tous les crimes, au départ, ne sont-ils pas commis clandestinement? Un meurtrier va rarement clamer sa culpabilité sur la place publique. Cela n'empêche pas de condamner des truands et de décourager la délinquance.
De la même manière, il faut rejeter l'objection de ceux qui affirment qu'interdire le clonage aurait pour effet de stigmatiser les enfants que l'on aura fait naître en faisant porter sur eux «un interdit d'exister originel». Le viol est un crime. Cela n'empêche pas d'accueillir les enfants nés à la suite d'un acte aussi répugnant avec humanité et considération.
Une convention internationale
La communauté internationale fait consensus contre le clonage reproductif. En décembre 1998, l'assemblée générale des Nations unies a approuvé la Déclaration universelle sur le génome humain et les droits de l'homme de l'UNESCO, affirmant entre autres que «des pratiques qui sont contraires à la dignité humaine, telles le clonage à des fins de reproduction d'êtres humains, ne doivent pas être permises».
En août 2001, la France et l'Allemagne ont conjointement proposé à l'ONU l'adoption d'une convention internationale, d'un instrument juridique pour donner à ce texte force de loi partout, afin d'éviter que la prohibition imposée par des lois nationales ne prenne l'allure d'un gruyère.
Certains juristes européens croient que le clonage reproductif devrait être déclaré «crime contre l'humanité». Pourrait-il alors tomber sous la juridiction du tribunal pénal international et faire l'objet d'une procédure peu importe le lieu où le crime aurait été commis?
En attendant, le Parlement canadien pourrait au moins élargir la portée contraignante de la loi qu'il s'apprête à adopter en donnant la possibilité au Procureur général de poursuivre un citoyen canadien ou un résident permanent coupable d'une infraction même si l'acte a été commis en dehors du pays. Le Code criminel prévoit déjà une telle possibilité dans le cas où un Canadien achète, à l'étranger, les services d'un enfant qui se prostitue.
Cela étant, l'interdiction du clonage ne réglerait pas tout. Certains éthiciens pensent d'ailleurs que cette technique n'intéressera, si elle devient applicable, que des groupes restreints et que son impact sur la société sera négligeable. Par contre, la sélection d'embryons par diagnostic préimplantatoire se pratique déjà lors de fécondations in vitro et certains prédisent qu'un jour, on manipulera l'embryon à volonté, pour obtenir des enfants dotés de certaines caractéristiques physiques ou intellectuelles. Avant d'être placés devant de nouveaux faits accomplis, le temps est venu de se doter de balises morales et juridiques assises sur une «éthique de l'espèce humaine» à définir. J'y reviens mercredi.
Michel Venne est directeur de L'annuaire du Québec, chez Fides.
vennem@fides.qc.ca.
Le mouvement raélien a réussi depuis des années à s'enrichir en abusant de la crédulité de gens qui croient aux extraterrestres et sont attirés par «l'orgasme cosmique». Le gourou illuminé de ce nid de charlatans ne s'est jamais laissé encombrer par la vérité. Il pourrait être en train de monter un gigantesque canular.
Il est en effet capable de faire croire que des dizaines de clones sont nés un peu partout sur la planète, comme il prétend être l'enfant d'un être venu de l'espace, afin de profiter de la vague médiatique provoquée par ces allégations et empocher les avances (300 000 $ pièce) de gens assez simples d'esprit, mais tout de même assez nombreux, pour croire en ses promesses de vie éternelle par duplication.
L'hypothèse d'un échec des tentatives de clonage entreprises par les Raéliens est très plausible. Le médecin italien Severino Antinori, qui est entré en août 2001 dans la course pour engendrer le premier post-humain, conteste les prétentions de Clonaid. Selon lui, ces annonces sont une fumisterie. Ses conclusions ne seraient-elles pas basées sur sa propre expérience? Ses essais n'auraient-ils pas tous conduit à des échecs, ce qui lui laisserait supposer que les mêmes difficultés se présentent à l'équipe de Brigitte Boisselier?
Il aura fallu aux experts britanniques 277 tentatives avant de réussir à faire naître Dolly, la première brebis clonée. Il est probable que tentée chez l'humain, la même technique donne lieu à des fausses couches à répétition.
Bientôt un crime
Il ne faut pas pour autant exclure la possibilité que des enfants engendrés par clonage soient bel et bien nés. Les simagrées de Vorilhon et sa prêtresse ne doivent pas nous faire oublier le sérieux de la chose. Les autorités doivent continuer à exiger des preuves et à traquer les auteurs de ce qui sera bientôt considéré au Canada, après l'adoption promise cet hiver de la loi sur la procréation assistée, comme un crime passible de 10 ans d'emprisonnement.
Les récents événements font surgir une question: est-ce que Claude Vorilhon, dont la secte a ses quartiers au Québec, pourra être poursuivi en vertu de cette loi? Le projet de loi proscrit le clonage humain et stipule, à l'article 5(2), qu'il est interdit «d'offrir d'accomplir ou de faire de la publicité» à cet égard.
Le mouvement raélien encourage ouvertement le recours à cette technique et à quoi assistons-nous depuis dix jours sinon à un battage publicitaire monstre?
À tout le moins, l'occasion serait belle de réviser le dossier du mouvement ufologique chez nous où il jouit du statut d'Église et de tous les avantages fiscaux qui en découlent. Québec interdit toute recherche sur le clonage sur son territoire. Il accorde pourtant, par l'entremise de la fiscalité, des avantages financiers à une organisation qui fait de cette technique une doctrine et recrute des adeptes en faisant sa promotion.
Le caractère répréhensible du clonage reproductif est patent. On transforme des êtres humains (en particulier des femmes) en cobayes d'une technique non éprouvée dans le but de faire naître des enfants auxquels serait légué un patrimoine génétique dégénéré, cela pour satisfaire à un délire narcissique qui fait voler en éclats le système de parenté, menaçant l'unicité de l'être humain et la diversité de l'espèce qui sont les assises du droit à l'égalité et des libertés fondamentales.
Une occasion politique
Le clonage ouvre la porte aux pires dérives eugénistes. Si on le tolérait, comment pourrait-t-on, à terme, s'opposer à diverses manipulations qui auraient pour but «d'améliorer» le bagage génétique d'un enfant à naître, ce qui conduirait droit au «bébé sur mesure»?
Le célèbre auteur de La Fin de l'Histoire, le philosophe américain Francis Fukuyama, propose, dans son dernier livre (La Fin de l'Homme), de faire de l'interdiction du clonage «un jalon politique». Selon lui, il y a une «occasion stratégique» à saisir pour «établir la possibilité d'un contrôle politique sur la biotechnologie».
Il s'agit de «démontrer que le développement de toutes ces technologies n'est pas inéluctable et que les sociétés peuvent prendre des mesures pratiques pour contrôler le rythme et les objectifs des progrès techniques».
Il est vrai que les promoteurs du clonage pourraient contourner l'interdiction en se réfugiant dans la clandestinité. Cet argument est fallacieux. Tous les crimes, au départ, ne sont-ils pas commis clandestinement? Un meurtrier va rarement clamer sa culpabilité sur la place publique. Cela n'empêche pas de condamner des truands et de décourager la délinquance.
De la même manière, il faut rejeter l'objection de ceux qui affirment qu'interdire le clonage aurait pour effet de stigmatiser les enfants que l'on aura fait naître en faisant porter sur eux «un interdit d'exister originel». Le viol est un crime. Cela n'empêche pas d'accueillir les enfants nés à la suite d'un acte aussi répugnant avec humanité et considération.
Une convention internationale
La communauté internationale fait consensus contre le clonage reproductif. En décembre 1998, l'assemblée générale des Nations unies a approuvé la Déclaration universelle sur le génome humain et les droits de l'homme de l'UNESCO, affirmant entre autres que «des pratiques qui sont contraires à la dignité humaine, telles le clonage à des fins de reproduction d'êtres humains, ne doivent pas être permises».
En août 2001, la France et l'Allemagne ont conjointement proposé à l'ONU l'adoption d'une convention internationale, d'un instrument juridique pour donner à ce texte force de loi partout, afin d'éviter que la prohibition imposée par des lois nationales ne prenne l'allure d'un gruyère.
Certains juristes européens croient que le clonage reproductif devrait être déclaré «crime contre l'humanité». Pourrait-il alors tomber sous la juridiction du tribunal pénal international et faire l'objet d'une procédure peu importe le lieu où le crime aurait été commis?
En attendant, le Parlement canadien pourrait au moins élargir la portée contraignante de la loi qu'il s'apprête à adopter en donnant la possibilité au Procureur général de poursuivre un citoyen canadien ou un résident permanent coupable d'une infraction même si l'acte a été commis en dehors du pays. Le Code criminel prévoit déjà une telle possibilité dans le cas où un Canadien achète, à l'étranger, les services d'un enfant qui se prostitue.
Cela étant, l'interdiction du clonage ne réglerait pas tout. Certains éthiciens pensent d'ailleurs que cette technique n'intéressera, si elle devient applicable, que des groupes restreints et que son impact sur la société sera négligeable. Par contre, la sélection d'embryons par diagnostic préimplantatoire se pratique déjà lors de fécondations in vitro et certains prédisent qu'un jour, on manipulera l'embryon à volonté, pour obtenir des enfants dotés de certaines caractéristiques physiques ou intellectuelles. Avant d'être placés devant de nouveaux faits accomplis, le temps est venu de se doter de balises morales et juridiques assises sur une «éthique de l'espèce humaine» à définir. J'y reviens mercredi.
Michel Venne est directeur de L'annuaire du Québec, chez Fides.
vennem@fides.qc.ca.
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