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Médias - Grandir en ligne

Paul Cauchon   4 février 2008  Science et technologie
Certains affirment qu'Internet a créé le plus grand choc générationnel depuis l'arrivée du rock'n'roll dans les années 50. Une sociologue de Berkeley va encore plus loin: Internet, dit-elle, c'est ce qui a donné le plus d'indépendance aux adolescents depuis... l'invention de l'automobile.

Les ados d'aujourd'hui représentent la première génération à naître avec Internet et à grandir dans le monde virtuel. Il y a une semaine, une édition du magazine Frontline, de la chaîne publique PBS, a consacré un documentaire sur ce sujet, Growing Up Online. On en a peu parlé ici, mais, aux États-Unis, ce documentaire a fait l'objet d'articles dans la plupart des grands journaux, et il a provoqué une interminable discussion sur le site Internet de PBS (on peut d'ailleurs revoir l'émission sur le site).

Le portrait était saisissant. Et nécessairement partial, compte tenu de la difficulté d'appréhender un phénomène aussi global que Internet.

«Bienvenue dans la vie privée très publique des enfants en ligne», disait la narration. Un monde majoritairement caché aux adultes, où le fait d'être en ligne est la continuité de l'existence des ados, où Facebook sert à la fois de lieu de rencontre, de drague, de socialisation et d'intimidation, où l'on se montre sur webcam jour et nuit, où l'on filme tous les partys privés pour ensuite les placer sur YouTube et où l'on essaie différentes identités, en un mélange de voyeurisme et d'exhibitionnisme marqué par la télé-réalité.

On pouvait y découvrir l'histoire de Jessica, jeune fille de 14 ans isolée, sans amis, mal dans sa peau, qui s'était inventé sur le web un personnage gothique sexy devenu une véritable star, sans que ses propres parents s'en rendent compte.

Ou encore l'histoire tragique de Ryan, victime de rumeurs sur sa sexualité, inondé de messages d'insultes sur Internet, qui s'est suicidé à 14 ans, son père découvrant l'ampleur de cette cyberintimidation seulement après sa mort.

Un des passages les plus controversés de l'émission concernait une petite communauté du New Jersey, le genre de banlieue idéale chérie par les Américains, avec de belles maisons propres et des parents fortement impliqués dans la communauté.

Un soir, un groupe d'ados de cette ville part en train pour assister à un concert rock à New York. Beuveries et déconnage en tous genres, tout est filmé et se retrouve sur YouTube. Une brave mère de famille présidente de la communauté l'apprend et considère comme étant «son devoir» d'avertir toute la ville. Les adolescents sont outrés, brandissant le droit à leur vie privée, et son propre fils considère qu'elle a ainsi gâché son année au collège en les dénonçant tous. Après la diffusion de l'émission, le débat se poursuivait la semaine dernière sur le site de PBS pour savoir si elle avait bien ou mal agi!

Une partie intégrante de l'identité

Pour cette génération de jeunes, les relations virtuelles font partie intégrante de leur identité, remarque le documentaire, et, de façon générale, les adultes n'y comprennent rien. Pour pouvoir parler à son fils, un père découragé explique qu'il doit lui envoyer un courriel pendant qu'il «chatte» avec dix personnes en même temps sur son ordinateur, dans la même maison.

Dans un autre passage, Growing Up Online expliquait certains impacts d'Internet sur l'enseignement. Les jeunes sont habitués à être assis devant un écran avec cinq fenêtres ouvertes tout en parlant avec trois personnes en même temps. Comment attirer leur attention avec un tableau et une craie, se demandait un directeur d'école? Il faut transformer la pédagogie, faire du podcasting et de l'enseignement multimédia avec projecteurs et images sur les murs de la classe. Le professeur doit aussi devenir un entertainer.

«Je ne lis jamais de livre, j'ai lu Roméo et Juliette en cinq minutes sur SparkNotes [un guide en ligne pour les études]» explique un des jeunes. Dans certaines classes, on exige que les travaux soient remis sous forme électronique... pour mieux les passer à travers un programme informatique spécial qui permet de vérifier si le travail a été copié sur Internet.

Mais il faut se méfier des généralisations. L'émission citait une étude qui affirme que les adolescents savent très bien dire non aux propositions qui ne font pas leur affaire sur Internet, et que leur consommation effrénée de Facebook ou de MySpace n'est qu'une façon de «socialiser» avec leur amis. «Mes parents ne comprennent pas que je navigue depuis la fin du primaire et que je sais ce que je fais» affirment plusieurs d'entre eux. C. J. Pascoe, cette sociologue de Berkeley qui étudie la culture adolescente depuis des années, explique que les ados peuvent avoir une vie sociale entière sans que leurs parents soient au courant et sans quitter la maison, ce qui représente une coupure radicale avec la façon traditionnelle de fonctionner. Mais, ajoute-t-elle, toutes les entrevues réalisées auprès des ados montrent qu'ils savent plus ce qu'ils font que les adultes le croient.

Le jeune Ryan a trouvé sur Internet des idées pour réaliser son suicide. Mais un jeune gai écrit sur le site Internet de PBS que, dans son cas, Internet lui a plutôt permis de trouver ses semblables et de s'accepter. Bref, on commence à peine à comprendre l'effet d'Internet sur nos vies, et l'émission laissait entendre qu'il y avait longtemps que l'on n'avait pas vu une coupure culturelle et sociologique aussi grande entre parents et enfants.

pcauchon@ledevoir.com






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  • Gabriel Dumouchel
    Inscrit
    lundi 4 février 2008 01h36
    Les jeunes Québécois et Internet
    « Pour mieux voir comment les jeunes Québécois se comparent aux jeunes Américains du documentaire de PBS, je vous conseille de lire le rapport de Piette, Pons et Giroux (2007) intitulé "Les jeunes et Internet: 2006 (Appropriation des nouvelles technologies)" qui est disponible en PDF à l'adresse suivante: http://www.infobourg.com/data/fichiers/156/
    Les%20Jeunes%20et%20Internet%202006.pdf

    Voici quelques faits saillants de ce rapport qui touchent des éléments présentés dans la chronique de Paul Cauchon:

    L'Internet des jeunes : avant tout une messagerie instantanée pour communiquer et socialiser

    Internet est vu à la fois comme un fantastique moyen de communication et de divertissement et cet engouement des jeunes Québécois pour la communication sur Internet se révèle à travers l'adoption aujourd'hui généralisée de la messagerie MSN Messenger qui leur permet des échanges directs et instantanés, avec plusieurs internautes en même temps. Ainsi le gros de la communication que les jeunes font sur Internet prend la forme d'un véritable Intranet constitué par leur liste personnelle partagée sur MSN Messenger: 93% des jeunes disent l'utiliser.

    Information et documentation, une seule formule: Google + Wikipédia

    Le Web constitue la source privilégiée d'information et de documentation des adolescents québécois et le moteur de recherche Google est la porte d'accès presque unique à la recherche sur Internet pour les jeunes. De même l'encyclopédie participative Wikipédia devient, de son côté, la toute première référence qu'ils consultent sur le Web.

    La crédibilité du Web: un peu plus de prudence

    On constate une certaine évolution dans l'attitude des jeunes à l'égard de la fiabilité des informations qu'ils trouvent sur Internet. Ils interrogent davantage la qualité et le sérieux des sites qu'ils consultent quand ils utilisent Internet pour leurs travaux scolaires.

    La blogosphère des adolescents: un extension des relations entre pairs

    Les blogues constituent pour les jeunes internautes davantage une extension des relations qu'ils entretiennent déjà avec leurs amis qu'un lieu public d'expression personnelle. À l'inverse de la blogosphère ouverte des adultes, celle des adolescents se limite au réseau des intimes.

    Les jeux vidéos: l'attirance des mondes virtuels

    Avec les jeux vidéo de rôle et de simulation de dernière génération, particulièrement ceux qui se jouent sur Internet, on constate que le plaisir de jouer prend une toute nouvelle dimension. Ce que les jeunes aiment de ces jeux, c'est qu'ils les invitent à participer à des communautés de joueurs qui partagent la même passion pour ces mondes virtuels persistants. Ces espaces leur fournissent l'occasion de tisser de nouveaux liens et de développer un sentiment d'appartenance à la confrérie des joueurs.

    La présence parentale: plus vers la confiance que le contrôle

    Les jeunes font état d'une préoccupation certaine des parents vis-à-vis d'Internet à la maison. Toutefois, ils nous disent aussi que leurs parents en contrôlent peu l'utilisation. Plus les enfants vieillissent, moins les parents imposent des règles ou fixent des contraintes. Les jeunes apprécient cet espace de liberté et cette confiance qui est primordiale à leurs yeux.

    On constate, par ailleurs, que les jeunes font une utilisation plutôt sécuritaire d'Internet et qu'ils naviguent avec une certaine dose de discernement.

    Des écoles hors jeux

    Sans aller jusqu'à affirmer que l'utilisation d'Internet à l'école a régressé, elle ne semble pas s'être développée comme d'aucuns l'avaient prévu. Les jeunes font état d'une utilisation assez limitée d'Internet à leur école et ils établissent qu'elle se différencie surtout radicalement de la pratique qu'ils en font à la maison. On constate qu'un double mouvement opposé s'est opéré au fil des ans. Au fur et à mesure qu'Internet prenait sa place à la maison, l'école - qui avait pourtant investi de manière importante tant du point de vue pécuniaire que pédagogique - s'est progressivement désinvestie de cette mission éducative quant à l'intégration des TIC en classe, du moins au regard des aspirations qu'avaient formulées de nombreux intervenants du milieu scolaire à la fin des années 1990.

    Référence:
    Piette, J., Pons, C.-M. et Giroux, L. (2007). Les jeunes et Internet : 2006 (Appropriation des nouvelles technologies). Québec: Ministère de la Culture et des Communications, Gouvernement du Québec.
    Disponible en ligne: http://www.infobourg.com/data/fichiers/156/
    Les%20Jeunes%20et%20Internet%202006.pdf »

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