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Portrait de Brigitte Boisselier, présidente de la société de clonage humain Clonaid - Celle par qui passe le frisson

28 décembre 2002  Science et technologie
«Aujourd’hui, c’est mon jour!», a lancé hier en conférence de presse Brigitte Boisselier lors de l’annonce de la naissance du premier bébé clone.
Photo : Agence Reuters
«Aujourd’hui, c’est mon jour!», a lancé hier en conférence de presse Brigitte Boisselier lors de l’annonce de la naissance du premier bébé clone.
La dernière fois qu'elle est apparue en public, lors d'une audition au Sénat américain en mars 2001, elle était sur la défensive et ses longs cheveux étaient noirs. Hier, lors de la conférence de presse qu'elle donnait dans un hôtel d'Hollywood en Floride, elle rayonnait, et ses cheveux étaient orange et blanc.

Brigitte Boisselier, directrice scientifique de Clonaid, annonçait, entre deux rires d'un bonheur visible, la naissance du premier clone humain: «Aujourd'hui, c'est mon jour!», commence-t-elle de sa voix d'aéroport, devant un parterre de journalistes extrêmement sceptiques, et pour cause. Clonaid est liée à la secte des raéliens, qui affirme que le monde a été créé par des extra-terrestres.

«Le premier bébé clone est né. Elle est née hier, à 11h 55 du matinÉ dans le pays dans lequel elle est née.» Boisselier ne donne pas le nom de l'enfant, proposant «Ève». Elle concède quelques détails: les parents sont Américains. L'enfant est le clone de sa mère, sa jumelle identique. Elle a été conçue à partir d'une cellule de la peau, suivant un procédé similaire à celui de la brebis Dolly. Sa mère a déjà eu une fille d'un premier mariage, mais son second mari est stérile.

Promesse

Boisselier ne fournit aucune preuve, promettant de laisser travailler une commission de scientifique sélectionnée par un journaliste pigiste de télévision, Michael Guillen. Ce dernier passe au micro et affirme gauchement à ses confères qu'il a posé à Clonaid deux conditions: travailler sans contrainte, pouvoir choisir des scientifiques indépendants. La salle veut lui poser des questions, il s'enfuit: «Ce n'est pas ma conférence de presse.» Boisselier promet la preuve attendue pour dans «huit à neuf jours», et elle espère que les parents d'«Ève» finiront par présenter leur enfant au public. L'effet Brigitte Boisselier est une autre fois réussi.

Portrait d'une femme mystérieuse

Avant de rejoindre les raéliens, Brigitte Boisselier, 46 ans, n'avait rien d'une apprentie sorcière. Jusqu'en juillet 1997, celle qui vient d'annoncer la naissance d'un premier clone humain était cadre supérieur chez Air Liquide, responsable des ventes de gaz pour la région lyonnaise. Propulsée «évêque» de la secte, directrice scientifique puis p.-d.g. de la société Clonaid, on la voit désormais partout sur les sites raéliens, posant près d'un microscope.

Brigitte Boisselier est une vraie chimiste. Originaire de Haute-Marne, elle a fait ses études scientifiques à l'Université de Dijon, où elle a obtenu un doctorat en chimie analytique en 1985. «Elle est partie à Houston faire un postdoctorat, et à son retour, elle a été engagée par Air Liquide», raconte un ancien collègue. Sa spécialité était donc le gaz et «toutes les méthodes permettant de séparer les mélanges gazeux».

Elle va passer dix ans au Centre de recherche d'Air Liquide, à Loges en Josas, dans les Yvelines, tout en collaborant aux travaux du laboratoire d'ingénierie moléculaire pour la séparation des gaz (IMSAG) de l'Université de Dijon. Elle y cosigne plusieurs brevets. Et son mari d'alors suit le même parcours. «Ses recherches n'avaient absolument aucune application biologique ou biomédicale», relève un des chercheurs de l'Université de Dijon. On appréciait alors sa «forte personnalité». Après l'annonce de son entrée chez Raël, gardée secrète jusqu'en 1997, le vide se fait autour d'elle. Dans la presse, elle affirme avoir été «licenciée» d'Air Liquide pour ses convictions raéliennes. Elle perd aussi la garde de sa plus jeune fille «après une bataille juridique assez lourde et assez longue» avec son ex-mari et quitte la France pour le Québec — siège mondial de la secte — en 1998. Elle jure qu'elle ne remettra plus les pieds en France.

Ses nouvelles recherches vont faire frémir ses amis chimistes. Propulsée directrice scientifique de Clonaid — créée en 1997 —, elle voyage. Après des tentatives d'installation de labos en Virginie et aux Bahamas, le secret est de mise. «Je travaille à un endroit où le clonage n'est pas interdit», déclare-t-elle à la presse. En août 2000, elle annonce un premier projet de clonage, à partir des cellules d'un enfant de dix mois, mort accidentellement. En mars 2001, elle défend le projet des raéliens devant une commission du Congrès américain. «La science ne peut être arrêtée», lance-t-elle aux congressistes. L'opération financière non plus. Les couples candidats au clonage seraient déjà 250, chacun porteur d'un chèque de 200 000 $US. Les raéliennes, futures mères porteuses, au nombre de 50. Et parmi elles, Marina, la fille aînée, majeure, de Brigitte Boisselier, qui espérait en janvier dernier, dans Marie Claire, être «la première».

À l'automne, lorsqu'elle annonce les premières «grossesses» de clones, la chimiste de «Raël» prophétise: «Le clonage est pour nous une manière d'atteindre une forme de vie éternelle car en reproduisant à l'identique la cartographie d'un cerveau, il permettra bientôt de transférer une personnalité dans un nouveau corps.» L'immortalité est l'objectif numéro un de Claude Vorilhon, alias «Raël». À la fin des années 80, le fondateur de la secte avait un autre projet «scientifique» et recrutait des médecins légistes. La secte proposait à ses membres un prélèvement post mortem de leur os frontal. L'os ainsi conservé, sous forme de poudre, permettrait aux extraterrestres de disposer de l'ADN des Terriens volontaires et de les réincarner. C'était avant la naissance de Dolly, la course au clonage et le recrutement de Brigitte Boisselier.
 
 
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