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Prix Marie-Victorin - Un géant dans la forêt

Yves Bergeron a été l’un des précurseurs de l’approche écosystémique pour l’aménagement de la forêt boréale de l’est du Canada.
Yves Bergeron a été l’un des précurseurs de l’approche écosystémique pour l’aménagement de la forêt boréale de l’est du Canada.
Éminent spécialiste de la forêt boréale, Yves Bergeron allie, dans ses recherches, écologie et foresterie. Il vient de recevoir le prix Marie-Victorin, la plus haute distinction accordée par le gouvernement du Québec à un chercheur en sciences naturelles ou en génie, à l'exception du domaine biomédical.

Yves Bergeron, professeur à l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT) et à l'Université du Québec à Montréal (UQAM), a été l'un des précurseurs de l'approche écosystémique pour l'aménagement de la forêt boréale de l'est du Canada. «En général, quand on fait de l'aménagement forestier, on aménage les arbres eux-mêmes. Quand on parle d'aménagement écosystémique, ce qu'on aménage, ce sont les écosystèmes, c'est-à-dire l'habitat dans son entier», explique-t-il.

Avant que les forêts ne soient exploitées à des fins commerciales, elles subissaient des perturbations naturelles, telles que les feux et les invasions d'insectes. «L'aménagement écosystémique veut rapprocher le plus possible l'intervention humaine de ce que la nature créait dans les forêts», dit M. Bergeron, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en écologie et en aménagement forestier et de la Chaire industrielle CRSNG-UQAT-UQAM en aménagement forestier durable.

Yves Bergeron mène de front des activités de recherche fondamentale et de recherche appliquée. «Les unes nourrissent les autres», dit-il. Il cherche d'abord à mieux comprendre la dynamique des écosystèmes forestiers naturels, principalement ceux de la forêt boréale. Il développe par ailleurs des approches sylvicoles visant à reproduire ce processus naturel.

Une feuille de route imposante

Yves Bergeron fait paraître son premier article scientifique, en collaboration avec un professeur, en 1978, l'année où il termine son baccalauréat en sciences biologiques à l'Université de Montréal. Cinq ans plus tard, il obtient un doctorat de la même université et y devient chercheur adjoint au Centre de recherche écologique de Montréal.

Il fait ensuite un stage postdoctoral à l'université Laval, puis devient professeur à l'UQAM en 1985. En compagnie de collègues, il y fonde le Groupe de recherche en écologie forestière (GREF), qui devient par la suite le GREFinteruniversitaire, regroupant en outre des chercheurs de l'Université de Montréal, de l'université McGill, de l'université Concordia, de l'Université du Québec à Rimouski et de l'UQAT. En 1993, il commence à enseigner à l'UQAT, tout en demeurant professeur à l'UQAM.

Il travaille à la mise sur pied, en 1996, de la Forêt d'enseignement et de recherche du lac Duparquet en Abitibi-Ouest, d'une dimension de 80 km2, gérée par l'UQAT et l'UQAM, en collaboration avec les entreprises Norbord et Tembec.

«C'est une forêt qui était naturelle au départ, avant qu'il n'y ait de l'exploitation forestière, dans laquelle on a fait des études sur les perturbations naturelles, les incendies et les épidémies d'insectes. On a étudié comment les forêts évoluaient à la suite de ces perturbations-là», explique M. Bergeron.

Depuis qu'elle est devenue une forêt d'enseignement et de recherche, elle a été aménagée de façon écosystémique. «On a développé un modèle d'aménagement forestier qui cherche à recréer la dynamique naturelle», explique-t-il.

Des chercheurs, non seulement du Québec, mais aussi d'ailleurs au Canada et dans le monde, se sont rendus à la Forêt d'enseignement et de recherche du lac Duparquet pour y mener des activités de recherche.

Yves Bergeron a publié de nombreux articles dans des revues scientifiques et a acquis une reconnaissance internationale. Il a participé à la création de rencontres internationales de chercheurs travaillant sur la forêt boréale: les Workshops on Disturbance Dynamics in Boreal Forests. La première de ces rencontres a eu lieu en Suède en 1992. La deuxième s'est tenue en 1996 à Rouyn-Noranda et a réuni plus de 120 chercheurs du Canada, de l'Europe et de l'Asie. D'autres se sont déroulées par la suite en Finlande, en Colombie-Britannique, en Russie et en Alaska.

En 1997, le Conseil de la recherche forestière du Québec a décerné le Méritas de la recherche forestière à Yves Bergeron. Le chercheur reçoit en 1999 le prix Michel-Jurdant en sciences de l'environnement, de l'ACFAS (Association francophone pour le savoir).

Avec des collègues, il présente un mémoire à la Commission d'étude sur la gestion de la forêt publique québécoise, présidée par Guy Coulombe. Le rapport de cette commission, remis en 2004, fait mention d'articles d'Yves Bergeron et de collègues.

Perturbations naturelles et incidences

Le professeur à l'UQAT et à l'UQAM et des collaborateurs ont notamment étudié l'incidence des feux sur les forêts naturelles. «On avait tendance à penser que les feux étaient si fréquents qu'il n'y avait pas de vieilles forêts boréales. Nos travaux ont montré que leur fréquence n'empêche pas l'existence de forêts de 200 ou 300 ans, voire de près de 1000 ans», dit-il. Or, si on continue à couper les forêts comme on le fait actuellement au Québec, «on va avoir des forêts qui auront au maximum 50 ans en moyenne, alors que les forêts naturelles avaient 150 ans en moyenne», dit-il.

Le chercheur et son équipe ont en revanche constaté que, «dans beaucoup de forêts, si on n'intervient pas de façon brutale, on a des pertes de productivité». Une accumulation de matières organiques dans le sol est à l'origine de cette perte de productivité. Les feux de forêt changeaient naturellement la composition du sol, mais pas la façon de couper les arbres mise de l'avant actuellement, dit-il. «Il y a des cas où il faudrait perturber passablement le sol pour pouvoir maintenir la productivité», ajoute-t-il.

«Actuellement, on ne fait que de la coupe totale dans l'ensemble du territoire, la forêt boréale est presque exclusivement coupée en CPRS (coupe avec protection de la régénération et des sols)», dit-il. Ce n'est pas cette technique qui pose problème, mais le fait de n'avoir recours, à toutes fins utiles, qu'à cette technique, ajoute-t-il. On devrait plutôt faire parfois des coupes avec perturbation du sol, parfois des CPRS, parfois des coupes partielles et parfois des coupes sélectives, estime-t-il. «Les perturbations naturelles créaient une variabilité beaucoup plus grande que celle qu'on est en train de créer. On est en train de normaliser la forêt [...]. Ça, c'est aller contre nature. Ce n'est pas de l'aménagement écosystémique», dit-il.

Le chercheur souligne que la commission Coulombe avait recommandé que «l'aménagement écosystémique soit au coeur de la gestion des forêts publiques au Québec». Cela n'a toutefois pas encore entraîné de changements importants dans les pratiques forestières sur le terrain, dit-il.

Il croit que les intérêts économiques et le respect de l'environnement ne sont pas inconciliables et qu'il existe des «solutions gagnant-gagnant». «J'ai passé toute ma carrière à essayer de travailler sur des solutions comme ça. Malheureusement, je suis obligé d'avouer qu'il n'y a pas des tonnes "d'acheteurs" pour ça [...]. On peut le percevoir au Québec actuellement, les gens sont très alignés dans un camp ou dans l'autre. La patinoire entre les deux camps est très large.»

***

Collaboratrice du Devoir






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  • Michel Thibault
    Abonné
    samedi 10 novembre 2007 11h55
    Félicitations à monsieur Bergeron
    « Nous avons eu la chance de côtoyer monsieur Bergeron lorsqu'il faisait son doctorat en écologie numérique sous la supervision d'André Bouchard.

    L'informatique appliquée à l'écologie lui aura permis de faire avancer considérablement les connaissances sur la dynamique naturelle de nos forêts, particulièrement les forêts boréales.

    Les possibilités de cette dernière sont considérables lorsqu'on met à profit plusieurs logiciels de façon complémentaire »

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