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Prix Armand-Frappier - Pour l'avancement de la science

Le Dr Yves Morin
Le Dr Yves Morin
Le Dr Yves Morin a mené de front une carrière universitaire et hospitalière. Il a notamment été professeur à la faculté de médecine de l'université Laval et doyen de cette dernière. Il a aussi occupé plusieurs postes de direction en cardiologie dans des centres hospitaliers de la région de Québec. Il a de plus été à la barre de quelques grands organismes scientifiques de recherche. À titre de chercheur, il fit en outre une découverte majeure qui lui assura une réputation internationale.

Yves Morin a obtenu son diplôme de docteur en médecine à l'université Laval en 1953. Après avoir commencé ses études dans cette discipline à l'âge de 17 ans, il a conduit une carrière qui s'est échelonnée sur plus d'un demi-siècle.

De 1953 à 1960, il a poursuivi une formation spécialisée en cardiologie expérimentale et clinique dans les universités de Toronto, Londres et Paris. Une fois celle-ci complétée, il a emprunté le chemin d'une carrière universitaire et s'est retrouvé à Laval comme professeur. «À cette époque, c'était plus facile qu'aujourd'hui de choisir la voie de formation qu'on désirait. Je me suis rendu rapidement à Londres, et c'était le centre de la cardiologie à ce moment-là. Il y avait un géant de cette spécialité qui s'appelait Paul Wood. Il a transformé la cardiologie d'après-guerre. J'ai travaillé avec lui et il m'a réellement ouvert les yeux sur la recherche clinique et sur la nécessité d'aller de l'avant dans ce domaine. J'ai beaucoup été influencé par lui. Par la suite, je suis allé à Toronto et à Paris, mais ce qui m'a marqué pour la recherche, c'est vraiment l'influence de Paul Wood à Londres.»

À partir de 1966, il conduit déjà de front une carrière scientifique et hospitalière: «Le gros de ma recherche a été d'ordre clinique. J'étais imbu des notions de médecine scientifique et j'ai publié des textes sur ce que doit être cette médecine, sur l'application des grandes lois de la biologie et sur l'utilisation de la statistique, qui était alors complètement nouvelle. Les premières recherches, les premiers essais cliniques randomisés ont été réalisés ici à Québec, mais aussi ailleurs; c'était le début de tels essais. Il y avait ce double désir d'appliquer les grandes lois de la biologie humaine à la médecine de tous les jours et, aussi, de bien contrôler nos actions par des essais cliniques randomisés. Voilà ce qui, dès le début, m'a intéressé dans la médecine.»

Une découverte majeure

Au milieu des années 1960, la région de la Vieille Capitale est frappée par une épidémie de maladies cardiaques graves qui affectent une centaine de personnes et qui coûtent la vie à près de la moitié d'entre elles. Inconnu jusqu'alors, ce mal frappe exclusivement les gros buveurs d'une marque particulière de bière. Le docteur Morin et son équipe ont découvert, après plusieurs mois de recherche, que l'agent responsable de ce trouble mortel était le cobalt présent en grande quantité dans ce type de bière pour en augmenter l'effet moussant.

Il raconte: «À mon retour de Londres, je me suis beaucoup intéressé aux maladies du myocarde, qui est le muscle du coeur, et qui, dans ce temps-là, étaient un peu le parent pauvre de la cardiologie parce qu'on connaissant mal [l'action du myocarde] et ainsi de suite, ce qui n'est évidemment plus le cas maintenant. On connaissait mal les maladies primitives du myocarde. En arrivant ici, j'avais porté mon attention sur le béribéri, qui est une maladie qui est causée par un manque de vitamines du muscle cardiaque. Notre service de cardiologie à l'Hôtel-Dieu était donc bien préparé pour se pencher sur l'apparition de cette nouvelle maladie, dont la découverte de la cause a eu lieu à Québec pour être reprise par d'autres centres médicaux.»

Il déplore qu'une telle pratique ait eu cours: «C'était une addition de cobalt qu'on faisait pour des raisons purement cosmétiques et, en rétrospective, c'était ridicule d'avoir autorisé ce produit dans la bière. Dans des pays comme l'Allemagne, on s'est toujours refusé à cette utilisation.» Il décrit l'ennemi: «Le cobalt a une action absolument extraordinaire qui consiste à frapper de façon très sélective le muscle cardiaque sans toucher aux autres muscles. On a pu découvrir cette nouvelle maladie qui a une forme clinique pathologique absolument spécifique. Par la suite, il y a eu de nombreuses publications à ce sujet. On a retrouvé des cas aux États-Unis, où 25 % de la bière contenait du cobalt. En Belgique, 40 brasseries en faisaient l'utilisation. On a recensé des cas partout après la découverte réalisée ici.»

Tout cela a eu des répercussions importantes sur la carrière du docteur Morin: «Par la suite, j'ai continué à m'intéresser aux cardiomyopathies. Cela a été très satisfaisant du point de vue médical, parce que le retrait du cobalt a servi à sauver des milliers de vies; il a aussi été éliminé dans la composition de certains médicaments où il se trouvait au moment où on s'est rendu compte qu'il était toxique pour le coeur. Ensuite, mon intérêt pour les cardiomyopathies ne s'est jamais démenti et j'ai fait partie de plusieurs commissions internationales sur cette question. J'ai aussi publié beaucoup là-dessus.»

Un virage marquant

Un tournant se produit dans son cheminement au début de la quarantaine, au moment où il devient doyen de la faculté de médecine de Laval: «Mon rôle a été de m'occuper de la promotion et du développement de la science. Une des raisons pour lesquelles je me suis engagé dans ce parcours, c'est qu'on avait beaucoup de difficultés à recruter des jeunes collaborateurs; il n'existait aucune structure d'accueil pour eux au Québec. C'était très difficile pour ceux qui voulaient faire de la recherche fondamentale à temps plein de revenir de l'extérieur pour travailler ici. À ce moment, j'ai accédé à la présidence du Conseil de recherche médical, qui était le prédécesseur de ce qui est devenu le Fonds de recherche en santé du Québec.» D'autres géants québécois de la recherche l'ont épaulé dans cette tâche.

À la même époque, Yves Morin devient président de la Commission de la recherche universitaire du Québec, aujourd'hui disparue: «On a fondé des centres de recherche, ce qui n'existait pas. Dans les instituts et les universités, on a tenté de concentrer la recherche autour de thèmes pour la rendre plus efficace.» Il résume son long parcours: «Il y a deux volets, dont celui de ma recherche sur le myocarde. Il y aussi le rôle que j'ai joué au Québec dans la promotion scientifique, et c'est ce que le prix Armand-Frappier vient souligner.» Il ajoute: «Sur la scène canadienne, j'ai également été actif en devenant vice-président du Conseil de la recherche médicale du Canada, devenu maintenant les Instituts de recherche en santé du Canada. J'ai collaboré durant un an à temps plein à la mise sur pied de cette structure, qui est absolument unique sur le plan international et dont le Québec profite largement en bénéficiant du tiers des fonds consentis par cet organisme.»

En fin de course, il se tournera finalement vers le volet longtemps négligé du développement et de la commercialisation de la recherche: «Pour notre société, c'est une source de richesse en cette période d'économie du savoir. Les industries de la santé avec leurs départements de recherche représentent un point important au Québec; c'est une priorité ici.»

***

Collaborateur du Devoir






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