IPhone: libérez ce trésor!
1 octobre 2007
Science et technologie
Steve Jobs, le patron d'Apple, était à Londres le 25 septembre pour vanter les qualités de l'iPhone, son nouveau produit phare très tendance, à la fois téléphone mobile, lecteur audio-vidéo et ordinateur de poche connecté à Internet. Mais, lors de sa conférence de presse, il a dû aborder un sujet imprévu: la vente sauvage sur Internet d'iPhone piratés et déverrouillés. «C'est le jeu du chat et de la souris, a-t-il concédé, nous essayons d'avoir un coup d'avance sur les pirates [...]. Mais en réalité, je ne sais pas si nous sommes le chat ou la souris.»
Pour accroître ses profits et contrôler l'utilisation de son produit, Apple a passé, pour le marché américain, un accord inédit avec la compagnie de téléphone ATT: iPhone serait conçu pour fonctionner uniquement sur le réseau ATT, en échange d'un pourcentage des recettes. L'appareil est doublement verrouillé. Pour l'activer, il faut d'abord l'enregistrer sur iTunes, le site de téléchargement payant de musique appartenant à Apple. Puis il faut souscrire auprès d'ATT un abonnement minimal de deux ans, une stratégie qui a obligé Apple à installer un système de protection antipiratage très sophistiqué.
Arrive le Norvégien
Lorsque, le 29 juin, Apple le lance sur le marché américain au prix de 599 $US, l'iPhone est un succès immédiat, avec 270 000 ventes les deux premiers jours. Mais, parmi les clients, des ingénieurs et des hackers en achètent dans le seul but de les démonter et d'en découvrir les secrets. Les choses ne traînent pas. Le 3 juillet, Jon Lech Johansen, un Norvégien de 24 ans installé à San Francisco, annonce sur son blog Nanocr.eu que le premier verrou a sauté: il a réussi à activer la lecture audio-vidéo et la connexion Wifi sans enregistrer son iPhone sur iTunes. Ses motivations sont très libertaires: «Vous ne serez pas obligés de livrer [...] vos données personnelles à ATT — donc à la NSA [Agence nationale de sécurité].» Il publie gratuitement son logiciel de déverrouillage, avec mode d'emploi. La fonction téléphone de l'iPhone reste bloquée sur ATT, mais c'est un premier pas.
Dans son milieu, M. Johansen est une star de renommée mondiale. En 2002, alors qu'il vivait en Norvège, il avait écrit, avec quelques hackers restés anonymes, un logiciel permettant de casser la protection anticopie des films vendus sur DVD, et l'avait diffusé gratuitement sur Internet.
D'autres hackers s'attaquent au verrouillage principal, qui empêche l'iPhone de fonctionner sur les réseaux autres que ATT. Parmi eux, George Hotz, un lycéen de 17 ans habitant une petite ville du New Jersey, annonce le 29 juillet sur son blogue iphonejtag.blogspot.com qu'il se lance dans l'aventure. Le 21 août, grâce à l'aide de quatre hackers anonymes (dont l'un est sans doute russe), il arrive à ses fins, et appelle un copain avec son iPhone en passant par le réseau de T-Mobile, l'un des concurrents d'ATT aux États-Unis. Il était temps: il doit quitter la maison de ses parents, car il entre en première année à l'Institut de technologie de Rochester (État de New York), grâce à une bourse décrochée sur concours.
Il publie gratuitement sa méthode de déverrouillage sur son blogue, accompagnée d'une vidéo didactique: il faut éventrer l'appareil, couper des fils, faire une soudure, puis le reprogrammer avec un logiciel spécial.
Course de vitesse
Parallèlement, d'autres groupes de hackers, à l'esprit plus mercantile, travaillent eux aussi sur des logiciels de déverrouillage utilisables sans démontage de l'appareil. L'un d'eux, qui s'est baptisé iPhoneSimFree, annonce fin août qu'il a réussi. Mais il décide de garder son logiciel secret, car il veut gagner de l'argent en vendant des clés de déverrouillage. Une course de vitesse s'engage entre iPhoneSimFree et une équipe de hackers ( l'iPhone Dev Team comme ils se font appeler). Les «commerciaux» prennent de l'avance et mettent leurs clés en vente le 11 septembre. Dès le lendemain, les «bénévoles» réussissent à leur tour et publient gratuitement un nouveau logiciel.
Les répercussions internationales sont immédiates: un iPhone déverrouillé peut fonctionner dans le monde entier, sur n'importe quel réseau GSM. Or, dans de nombreux pays, Apple a passé des accords exclusifs avec un opérateur national, sur le modèle de son alliance avec ATT (O2 au Royaume-Uni, Orange en France, T-Mobile en Allemagne). L'iPhone ne sera en vente en Europe qu'en novembre, mais déjà des Européens de passage aux États-Unis en achètent en boutique pour 400 $, les font déverrouiller, les rapportent chez eux et les mettent en vente sur Internet, pour des prix allant pouvant dépasser les 800 $. Un commerce sauvage se développe aussi en Inde et en Chine. Selon le site israélien nnimrodd.com, une version pirate de l'iPhone, déverrouillée et dotée d'une interface en hébreu, serait déjà en circulation.
Pour accroître ses profits et contrôler l'utilisation de son produit, Apple a passé, pour le marché américain, un accord inédit avec la compagnie de téléphone ATT: iPhone serait conçu pour fonctionner uniquement sur le réseau ATT, en échange d'un pourcentage des recettes. L'appareil est doublement verrouillé. Pour l'activer, il faut d'abord l'enregistrer sur iTunes, le site de téléchargement payant de musique appartenant à Apple. Puis il faut souscrire auprès d'ATT un abonnement minimal de deux ans, une stratégie qui a obligé Apple à installer un système de protection antipiratage très sophistiqué.
Arrive le Norvégien
Lorsque, le 29 juin, Apple le lance sur le marché américain au prix de 599 $US, l'iPhone est un succès immédiat, avec 270 000 ventes les deux premiers jours. Mais, parmi les clients, des ingénieurs et des hackers en achètent dans le seul but de les démonter et d'en découvrir les secrets. Les choses ne traînent pas. Le 3 juillet, Jon Lech Johansen, un Norvégien de 24 ans installé à San Francisco, annonce sur son blog Nanocr.eu que le premier verrou a sauté: il a réussi à activer la lecture audio-vidéo et la connexion Wifi sans enregistrer son iPhone sur iTunes. Ses motivations sont très libertaires: «Vous ne serez pas obligés de livrer [...] vos données personnelles à ATT — donc à la NSA [Agence nationale de sécurité].» Il publie gratuitement son logiciel de déverrouillage, avec mode d'emploi. La fonction téléphone de l'iPhone reste bloquée sur ATT, mais c'est un premier pas.
Dans son milieu, M. Johansen est une star de renommée mondiale. En 2002, alors qu'il vivait en Norvège, il avait écrit, avec quelques hackers restés anonymes, un logiciel permettant de casser la protection anticopie des films vendus sur DVD, et l'avait diffusé gratuitement sur Internet.
D'autres hackers s'attaquent au verrouillage principal, qui empêche l'iPhone de fonctionner sur les réseaux autres que ATT. Parmi eux, George Hotz, un lycéen de 17 ans habitant une petite ville du New Jersey, annonce le 29 juillet sur son blogue iphonejtag.blogspot.com qu'il se lance dans l'aventure. Le 21 août, grâce à l'aide de quatre hackers anonymes (dont l'un est sans doute russe), il arrive à ses fins, et appelle un copain avec son iPhone en passant par le réseau de T-Mobile, l'un des concurrents d'ATT aux États-Unis. Il était temps: il doit quitter la maison de ses parents, car il entre en première année à l'Institut de technologie de Rochester (État de New York), grâce à une bourse décrochée sur concours.
Il publie gratuitement sa méthode de déverrouillage sur son blogue, accompagnée d'une vidéo didactique: il faut éventrer l'appareil, couper des fils, faire une soudure, puis le reprogrammer avec un logiciel spécial.
Course de vitesse
Parallèlement, d'autres groupes de hackers, à l'esprit plus mercantile, travaillent eux aussi sur des logiciels de déverrouillage utilisables sans démontage de l'appareil. L'un d'eux, qui s'est baptisé iPhoneSimFree, annonce fin août qu'il a réussi. Mais il décide de garder son logiciel secret, car il veut gagner de l'argent en vendant des clés de déverrouillage. Une course de vitesse s'engage entre iPhoneSimFree et une équipe de hackers ( l'iPhone Dev Team comme ils se font appeler). Les «commerciaux» prennent de l'avance et mettent leurs clés en vente le 11 septembre. Dès le lendemain, les «bénévoles» réussissent à leur tour et publient gratuitement un nouveau logiciel.
Les répercussions internationales sont immédiates: un iPhone déverrouillé peut fonctionner dans le monde entier, sur n'importe quel réseau GSM. Or, dans de nombreux pays, Apple a passé des accords exclusifs avec un opérateur national, sur le modèle de son alliance avec ATT (O2 au Royaume-Uni, Orange en France, T-Mobile en Allemagne). L'iPhone ne sera en vente en Europe qu'en novembre, mais déjà des Européens de passage aux États-Unis en achètent en boutique pour 400 $, les font déverrouiller, les rapportent chez eux et les mettent en vente sur Internet, pour des prix allant pouvant dépasser les 800 $. Un commerce sauvage se développe aussi en Inde et en Chine. Selon le site israélien nnimrodd.com, une version pirate de l'iPhone, déverrouillée et dotée d'une interface en hébreu, serait déjà en circulation.
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