Échange de fichiers: la main dans le sac
Une entreprise désireuse de piéger les utilisateurs de services d'échange de fichiers voit ses plans étalés sur la place publique
Le partage de fichiers audio et vidéo par des services de poste à poste (peer to peer en anglais), dérange.
En juillet dernier, le blogue américain TorrentFreak révélait qu'une entreprise embauchée par l'industrie du cinéma et du disque aux États-Unis avait créé un faux service d'échange de fichiers pour piéger les internautes qui partagent des fichiers audio et vidéo. À l'époque, l'entreprise MediaDefender avait nié la supercherie entourant le service MiiVi expliquant plutôt que c'était un outil interne mal dissimulé et que, malheureusement, des internautes externes à l'entreprise avaient occupé l'endroit. Peu de gens ont cru à cette explication, mais il restait tout de même à trouver la preuve irréfutable de cette douteuse façon de procéder.
MediaDefender affirme depuis longtemps ne pas vouloir arrêter le piratage des produits de ses clients, mais plutôt travailler à gêner leurs distributions sur Internet, le temps que le produit en format légal puisse générer assez de profit. Pour ce faire, l'entreprise mène des opérations de commando pour berner les internautes qui utilisent des services de partage de fichiers, le réseau BitTorrent étant souvent la cible de choix.
Retournement fâcheux pour cette entreprise mercenaire de l'industrie culturelle dans les derniers jours, puisqu'un groupe baptisé MediaDefender-Defenders vient de mettre en ligne, par l'entremise du réseau d'échange BitTorrent, un énorme fichier de 700 Mo qui contient l'équivalent de plusieurs mois d'échange de courriers électroniques de l'entreprise. En soi, c'est probablement le plus grand scoop obtenu au moyen d'un service d'échange de fichiers.
Dans cette correspondance, on découvre en consultant ces courriels tous les liens d'affaires qui lient MediaDefender à ses clients; on découvre les étapes de certaines campagnes de pollution et de contrôle d'Internet, notamment l'opération entourant la sortie du film des Simpsons. Finalement, la cerise sur le gâteau, on obtient la preuve entourant toute cette opération de MiiVi pour piéger les consommateurs qui désirent échanger des fichiers par Internet et comment l'entreprise planifiait de se distancer de ce gigantesque hameçon. Un des courriels les plus révélateurs sur la question demeure celui où le grand patron de MediaDefender réagit à la lecture des affirmations du blogue TorrentFreak en juillet. Il répond à un correspondant: «This is really fucked. Let's pull miivi offline.»
Un coup fumant donc, réalisé grâce à la négligence d'un membre de MediaDefender qui a court-circuité tout le système de sécurité de l'entreprise en envoyant de façon systématique toute sa correspondance vers une adresse Gmail en utilisant même un mot de passe trop facile à trouver. Une leçon qui pourra sûrement servir à bien des gens...
Pour le moment, pas de réaction de la part de la direction de la compagnie MediaDefender qui doit être encore sous le choc. Mais 700 Mo de courriels plus tard, l'entreprise a de quoi faire toute une pirouette pour se dépatouiller de ces révélations. Et bien que MediaDefender puisse toujours accuser le groupe MediaDefender-Defenders d'avoir publié de faux courriels, il y a peu de chance que quelqu'un s'amuse à créer 700 Mo de faux courriels. Surtout avec autant de renseignements et de détails. À suivre!
Facebook inspire les grands
Après Google qui semble vouloir créer son propre réseau de réseautage avec le projet Makamaka, c'est maintenant au tour de Yahoo de s'intéresser au phénomène. Contrairement à Google qui mise sur la mise en commun de ses outils de communications pour entretenir son réseau de contacts, Yahoo semble plutôt jouer la carte de l'innovation et de la création.
Yahoo propose avec son nouveau service Mash un outil de présentation plus interactif que celui offert par Facebook. En fait, ce que propose la version bêta du service, une version accessible uniquement sur invitation pour le moment, c'est la possibilité de modifier l'espace personnel d'un individu. C'est à dire que l'auteur d'un profil peut accepter que ses amis viennent modifier ou ajouter aux informations disponibles sur sa page de présentation. Le Mash de Yahoo, c'est un peu comme un mariage entre l'outil Facebook et l'encyclopédie Wikipedia.
Heureusement, tout est une question de configuration personnelle, donc si l'utilisateur désire avoir un contrôle complet sur ce qui est affiché sur sa page, il peut interdire toute modification. Mais s'il désire que les visiteurs ou seulement ses amis puissent modifier un texte, ajouter une photo ou raconter une histoire à son sujet, alors le système le permet. Si les ajouts ne sont pas appréciés, une fonction permet de faire disparaître les modifications.
Voilà un outil de réseautage qui trouvera sûrement sa clientèle propre et qui occasionnera aussi des dérapages intéressants à suivre. Pensons seulement au vandalisme d'une page ou encore à des ajouts diffamatoires qui pourraient être faits à l'occasion sur la page des membres. Des heures de plaisir.
Chose certaine, les outils de réseautage comme MySpace, Facebook, Bebo et compagnie demeurent des outils qui font leur place dans le domaine de la communication, au même titre que le courriel, le SMS ou la messagerie instantanée. Le seul hic, c'est que contrairement au courrier électronique ou à la messagerie instantanée, toutes les conversations entre utilisateurs demeurent uniquement disponibles à partir des serveurs des entreprises qui offrent ces services. Si vous quittez ces endroits, vous partez sans vos conversations. Et c'est sans soulever la question de la vie privée, puisque ces conversations résident sur des serveurs sur lesquels nous n'avons aucun contrôle vous et moi... Qui les consulte? Qui y a accès? Moi, je ne le sais pas et vous?
bguglielminetti@ledevoir.com
***
Bruno Guglielminetti est réalisateur et chroniqueur nouvelles technologies à la Première Chaîne de Radio-Canada. Il est également le rédacteur du Carnet techno (www.radio-cvanada.ca/techno).
MediaDefender affirme depuis longtemps ne pas vouloir arrêter le piratage des produits de ses clients, mais plutôt travailler à gêner leurs distributions sur Internet, le temps que le produit en format légal puisse générer assez de profit. Pour ce faire, l'entreprise mène des opérations de commando pour berner les internautes qui utilisent des services de partage de fichiers, le réseau BitTorrent étant souvent la cible de choix.
Retournement fâcheux pour cette entreprise mercenaire de l'industrie culturelle dans les derniers jours, puisqu'un groupe baptisé MediaDefender-Defenders vient de mettre en ligne, par l'entremise du réseau d'échange BitTorrent, un énorme fichier de 700 Mo qui contient l'équivalent de plusieurs mois d'échange de courriers électroniques de l'entreprise. En soi, c'est probablement le plus grand scoop obtenu au moyen d'un service d'échange de fichiers.
Dans cette correspondance, on découvre en consultant ces courriels tous les liens d'affaires qui lient MediaDefender à ses clients; on découvre les étapes de certaines campagnes de pollution et de contrôle d'Internet, notamment l'opération entourant la sortie du film des Simpsons. Finalement, la cerise sur le gâteau, on obtient la preuve entourant toute cette opération de MiiVi pour piéger les consommateurs qui désirent échanger des fichiers par Internet et comment l'entreprise planifiait de se distancer de ce gigantesque hameçon. Un des courriels les plus révélateurs sur la question demeure celui où le grand patron de MediaDefender réagit à la lecture des affirmations du blogue TorrentFreak en juillet. Il répond à un correspondant: «This is really fucked. Let's pull miivi offline.»
Un coup fumant donc, réalisé grâce à la négligence d'un membre de MediaDefender qui a court-circuité tout le système de sécurité de l'entreprise en envoyant de façon systématique toute sa correspondance vers une adresse Gmail en utilisant même un mot de passe trop facile à trouver. Une leçon qui pourra sûrement servir à bien des gens...
Pour le moment, pas de réaction de la part de la direction de la compagnie MediaDefender qui doit être encore sous le choc. Mais 700 Mo de courriels plus tard, l'entreprise a de quoi faire toute une pirouette pour se dépatouiller de ces révélations. Et bien que MediaDefender puisse toujours accuser le groupe MediaDefender-Defenders d'avoir publié de faux courriels, il y a peu de chance que quelqu'un s'amuse à créer 700 Mo de faux courriels. Surtout avec autant de renseignements et de détails. À suivre!
Facebook inspire les grands
Après Google qui semble vouloir créer son propre réseau de réseautage avec le projet Makamaka, c'est maintenant au tour de Yahoo de s'intéresser au phénomène. Contrairement à Google qui mise sur la mise en commun de ses outils de communications pour entretenir son réseau de contacts, Yahoo semble plutôt jouer la carte de l'innovation et de la création.
Yahoo propose avec son nouveau service Mash un outil de présentation plus interactif que celui offert par Facebook. En fait, ce que propose la version bêta du service, une version accessible uniquement sur invitation pour le moment, c'est la possibilité de modifier l'espace personnel d'un individu. C'est à dire que l'auteur d'un profil peut accepter que ses amis viennent modifier ou ajouter aux informations disponibles sur sa page de présentation. Le Mash de Yahoo, c'est un peu comme un mariage entre l'outil Facebook et l'encyclopédie Wikipedia.
Heureusement, tout est une question de configuration personnelle, donc si l'utilisateur désire avoir un contrôle complet sur ce qui est affiché sur sa page, il peut interdire toute modification. Mais s'il désire que les visiteurs ou seulement ses amis puissent modifier un texte, ajouter une photo ou raconter une histoire à son sujet, alors le système le permet. Si les ajouts ne sont pas appréciés, une fonction permet de faire disparaître les modifications.
Voilà un outil de réseautage qui trouvera sûrement sa clientèle propre et qui occasionnera aussi des dérapages intéressants à suivre. Pensons seulement au vandalisme d'une page ou encore à des ajouts diffamatoires qui pourraient être faits à l'occasion sur la page des membres. Des heures de plaisir.
Chose certaine, les outils de réseautage comme MySpace, Facebook, Bebo et compagnie demeurent des outils qui font leur place dans le domaine de la communication, au même titre que le courriel, le SMS ou la messagerie instantanée. Le seul hic, c'est que contrairement au courrier électronique ou à la messagerie instantanée, toutes les conversations entre utilisateurs demeurent uniquement disponibles à partir des serveurs des entreprises qui offrent ces services. Si vous quittez ces endroits, vous partez sans vos conversations. Et c'est sans soulever la question de la vie privée, puisque ces conversations résident sur des serveurs sur lesquels nous n'avons aucun contrôle vous et moi... Qui les consulte? Qui y a accès? Moi, je ne le sais pas et vous?
bguglielminetti@ledevoir.com
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Bruno Guglielminetti est réalisateur et chroniqueur nouvelles technologies à la Première Chaîne de Radio-Canada. Il est également le rédacteur du Carnet techno (www.radio-cvanada.ca/techno).
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