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    Acfas - Les Québécois sont-ils tous cousins?

    Tous les Québécois d'origine canadienne-française sont presque tous cousins. Des cousins éloignés bien sûr, mais cousins tout de même puisque plus de 95 % d'entre eux possèdent au moins un ancêtre commun. Voilà ce que confirme une vaste étude menée par Marc Tremblay et Hélène Vézina du Groupe de recherche interdisciplinaire en démographie et épidémiologie génétique (GRIG) de l'UQAC.

    Les résultats de cette étude, qui étaient révélés lors de la dernière journée du congrès de l'Acfas, permettent également de battre en brèche un mythe fort répandu selon lequel la consanguinité serait très élevée dans la population saguenéenne en raison de la prévalence de certaines maladies héréditaires.


    Pour en arriver à de telles conclusions, les chercheurs ont reconstruit les généalogies de 2600 personnes choisies au hasard dans 26 régions du Québec. Ce qui leur a permis de mesurer le degré d'apparentement entre les individus habitant une même région ainsi que le degré de consanguinité de ces mêmes personnes.


    «L'apparentement tient compte du nombre d'ancêtres communs que deux individus partagent, explique Marc Tremblay. Plus on doit remonter dans le temps pour trouver un ancêtre commun, moins la force de l'apparentement est marquée, et moins cet apparentement aura d'impact au niveau génétique.»


    C'est dans Charlevoix, au Saguenay et aux Îles de la Madeleine que les chercheurs ont mesuré l'apparentement le plus élevé entre les individus. À l'intérieur de chacune de ces régions de l'est de la province, les habitants sont plus proches parents que ne le sont les citoyens de Montréal entre eux notamment. Les démographes ont en effet remarqué une nette coupure entre l'est et l'ouest du Québec. À l'ouest de Portneuf, Lotbinière et la Beauce, l'apparentement entre les citoyens est franchement plus faible qu'à l'est, précise Hélène Vézina. Non pas parce qu'ils sont moins nombreux à être apparentés, car autant dans Charlevoix que dans Richelieu par exemple, les individus avaient presque tous un ancêtre commun. Par contre, dans Richelieu, le nombre d'ancêtres partagés par deux individus tirés au hasard était moindre, ils étaient plus éloignés et apparaissaient moins souvent dans les généalogies. Certains aïeux dont la progéniture fut très abondante peuvent en effet se retrouver dans la généalogie de très nombreux Québécois, souligne la démographe.


    À quoi attribue-t-on le fort apparentement dans Charlevoix? Il s'agit d'une région rurale qui a été colonisée par un petit nombre d'individus provenant de Québec et de la Côté de Beaupré, explique Marc Tremblay. Or, les résidents actuels sont en majorité des descendants de ces pionniers qui sont arrivés à la fin du XVIIe siècle.





    Le cas des Madelinots


    Par ailleurs, lorsque les chercheurs ont comparé entre eux les apparentements moyens mesurés dans chacune des 26 régions, ils ont notamment remarqué que même si les Madelinots sont très apparentés entre eux, ils n'ont par contre à peu près pas de liens de parenté avec les habitants des autres régions du Québec. «Les ancêtres des Madelinots proviennent en grande partie d'Acadie. Or, l'origine française des Acadiens est différente de celle des personnes qui ont colonisé la vallée du Saint-Laurent, souligne Marc Tremblay. Les Acadiens sont originaires du centre-ouest de la France alors que les ancêtres des autres Québécois venaient du nord-ouest, notamment de Normandie.»


    L'apparentement entre les habitants de Charlevoix et du Saguenay est par contre nettement plus élevé que ce qui est observé entre toutes les autres régions, affirme Hélène Vézina. «Cela traduit le fait que la population du Saguenay est composée majoritairement d'individus qui sont venus de Charlevoix au XIXe siècle.»


    Ce qui a toutefois étonné les deux démographes est le rapprochement entre l'Abitibi et Charlevoix. Or une étude récente montre justement que les fondateurs de l'Abitibi provenaient justement de Charlevoix.





    La consanguinité


    L'évaluation de la consanguinité des individus, qui dépend quant à elle de l'apparentement entre leurs parents, a par contre révélé un tout autre portrait. «La consanguinité proche est demeurée très rare dans le Québec d'antan même si les conjoints provenaient souvent de la même paroisse, prévient Hélène Vézina. Les mariages entre proches parents étaient en effet découragés, voire interdits par l'Église.»


    Les degrés de consanguinité mesurés dans les différentes régions du Québec permettent en effet de démythifier cette image peu reluisante de la population saguenéenne qui a été galvaudée tant et plus. «Il est totalement faux de croire que la prévalence de certaines maladies génétiques au Saguenay est due à une forte consanguinité, tranchent Marc Tremblay et Hélène Vézina. La consanguinité observée au Saguenay figure parmi les plus faibles du Québec.» Les plus fortes consanguinités ont en effet été observées dans les régions de Charlevoix, de la Gaspésie et des Îles de la Madeleine. Suivies par la Beauce, Portneuf et Lanaudière, loin devant le Saguenay!


    «La fréquence plus élevée de certaines maladies héréditaires rares et l'absence de certaines affections plus courantes au Saguenay ne s'expliquent donc pas par des unions entre proches parents, voire entre cousins, souligne Hélène Vézina. On l'attribue plutôt à l'apparentement éloigné, lequel relève de la structure et de l'histoire de la population et non pas à des habitudes sociales et culturelles particulières qui auraient influencé le choix des conjoints.»


    Les Québécois sont peut-être presque tous cousins, mais la plupart ne le savent même pas. Ils devront faire une recherche généalogique poussée pour découvrir l'ancêtre qu'ils ont en commun. Un ancêtre souvent très éloigné qui n'entraînerait que peu de risques pour la progéniture de deux Québécois pure laine qui tomberaient amoureux.
     
     
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