Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous

    Le Devoir dans Second Life - La GRC victime d'un vol d'image dans le cyberespace

    Le responsable des relations publiques pour le groupe RCMP/GRC Police se présente sous le nom d’Emixam Mills. L’homme, dont il est impossible de connaître la véritable identité, dispose d’un quartier général qui présente l’emblème officie
    Photo: Le responsable des relations publiques pour le groupe RCMP/GRC Police se présente sous le nom d’Emixam Mills. L’homme, dont il est impossible de connaître la véritable identité, dispose d’un quartier général qui présente l’emblème officie
    Usurpation d'identité dans le cyberespace. Depuis quelques mois, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) est victime, dans l'univers virtuel Second Life, d'un groupe d'imposteurs qui, sous les couleurs du corps policier fédéral, effectuent au grand jour «des recrutements d'agents» pour «protéger» les habitants de ce monde électronique en trois dimensions et «dénoncer les abus», a découvert Le Devoir.

    Cette campagne, dont la GRC — la vraie — vient tout juste d'entendre parler, met la police montée sur les dents et devrait l'inciter dans les prochains jours à «prendre les mesures qui s'imposent» pour mettre un terme à ces activités virtuelles «non autorisées», a indiqué une porte-parole.

    «La GRC recrute toute l'année du personnel, c'est vrai, a expliqué Sylvie Tremblay, lors d'un entretien téléphonique hier. Mais cela se passe dans le monde réel ou sur Internet. Nous ne sommes pas présents dans Second Life et nous n'avons pas de projets pour le moment en ce sens.»

    Pourtant, au vu et au su des quelque 7,6 millions de personnes à travers le monde qui fréquentent sur une base plus ou moins régulière ce drôle d'univers interactif, un groupe d'individus baptisé RCMP/GRC Police cherche «depuis six mois» à recruter des agents policiers virtuels pour le compte de la «police fédérale canadienne», annoncent-ils. Une vingtaine de citoyens ont répondu à l'appel à ce jour.

    Leur mission? «Assurer la sécurité des nouveaux arrivants» mais aussi «traquer les pédophiles, les sadomasos et les nazis», a indiqué un des membres de ce groupe, un dénommé Philippe Smalls, que Le Devoir a rencontré hier dans Second Life par l'entremise de son journaliste virtuel, Fabien Qinan, qui depuis avril dernier, sous cette identité, se promène dans cet univers.

    Pause technique: sorte de Web en 3D, Second Life est un vaste territoire interactif ludique, informatif, commercial — et même policé — de plus en plus populaire créé en 2002 par Linden Lab, une entreprise de San Francisco aux États-Unis. Dans ce monde parallèle en réseau, les internautes évoluent sous la forme d'avatars. Ces représentations d'eux-mêmes en trois dimensions peuvent se déplacer en marchant, en volant et également en se téléportant d'un endroit à un autre. Le clavardage est le principal mode de communication entre les personnes. Pour le moment.

    L'identité des avatars n'est jamais celle de l'internaute qui lui donne vie. Pis, l'univers ne permet pas d'utiliser son véritable nom de famille et propose à la place une liste de noms dans laquelle les «nouveaux arrivants» doivent puiser.

    Faux policiers, vrai emblème

    Ainsi, le responsable des «relations publiques» pour le groupe RCMP/GRC Police se présente sous le nom d'Emixam Mills. L'homme, dont il est impossible de connaître la véritable identité, exhibe sur sa fiche personnelle une représentation de lui dans le costume officiel rouge et blanc de la police montée. Il dispose aussi d'un quartier général qui présente l'emblème officiel du corps policier fédéral sur sa devanture et décrit également son projet de recrutement dans les deux langues officielles, comme le ferait dans la «vraie vie» la GRC.

    Seuls faits troublants, le prétendu bureau virtuel des policiers fédéraux est installé dans la région de Houlihan — la géographie de Second Life se compose d'une multitude d'îles et de territoires portant chacun un nom —, où les contenus dits «adultes» semblent proliférer. Par ailleurs, les membres de ce groupe affichent également des appartenances à des regroupements plutôt frivoles, comme «Parisienne Éternelle» qui fait la promotion de vêtements «pour elle et lui» ou «France Déesse», pour le «plaisir de la danse».

    «C'est un jeu. Nous sommes dans Second Life. Rien n'est réel, reconnaît après deux heures d'entretien virtuel Philippe Smalls lorsque questionné sur ces détails. Nous ne travaillons pas pour la GRC.»

    Dans la «vraie vie», le corps policier confirme: «L'emblème et l'image de la GRC sont utilisés sans notre autorisation, dit Sylvie Tremblay. Notre service juridique a d'ailleurs ce dossier entre les mains» et des procédures judiciaires pourraient ainsi être entamées dans les prochaines semaines.

    Nager dans la confusion

    Cette fausse campagne de recrutement de la GRC survient alors que Second Life est depuis le début de l'année un terrain expérimental pour plusieurs compagnies qui souhaitent y recruter du personnel sensible au fait électronique. La grande banque BNP Paribas mais aussi l'agence française spécialisée dans le travail temporaire Védior Bis y ont en effet ouvert des bureaux afin d'inciter les internautes à venir y déposer leur CV mais aussi à s'informer sur les emplois disponibles. Ce mode de recrutement permettrait ainsi de mettre la main sur des candidats venant de partout sur la planète mais aussi, pour ces entreprises, de s'exposer à des personnes ouvertes sur la technologie et les univers virtuels, dont certains gourous prédisent un avenir prometteur.

    Or, même virtuels, ces mondes ne placent pas pour autant au-dessus des lois canadiennes, ou autres, ceux qui les fréquentent, estime l'avocat montréalais Marcel Naud, spécialiste du droit des nouvelles technologies, contacté par Le Devoir. «La reproduction d'oeuvres protégées et la protection des marques dans Second Life doivent aussi se faire selon les lois en vigueur, dit-il. Et ce n'est pas parce que c'est virtuel que certaines pratiques sont moins répréhensibles.»

    Qui plus est, le faux bureau de la GRC dans le monde inventé par Linden Labs viendrait causer des dommages au corps policier et un tort à la société en «installant une certaine confusion», poursuit-il. Paradoxalement, cette confusion est induite par un groupe qui semble vouloir travailler pour instaurer l'ordre et le droit dans Second Life.

    En mai dernier, ce recoin du cyberespace a vu évoluer 12 000 avatars d'origine canadienne sur les 7,6 millions enregistrés, selon les données de l'entreprise américaine. En moyenne, ces citoyens virtuels ayant une première vie ici ont passé en moyenne 1,7 heure par jour dans ce monde, soit 51 heures par mois.












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.