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Designer industriel - Donner une plus-value aux objets

Cadre de bicyclette pour la société Vélo Argon 18. Source: Yves Lefèvre
Cadre de bicyclette pour la société Vélo Argon 18. Source: Yves Lefèvre
Morelli Design a obtenu deux prix de l'Institut de Design Montréal, respectivement dans la catégorie Design industriel spécialisé, pour sa contribution à l'aménagement du parc Saint-Michel, et dans la catégorie Design industriel grand public, pour sa conception d'un cadre de bicyclette pour la société Vélo Argon 18. Voilà qui tombe à point puisque l'entreprise célèbre cette année ses 25 ans d'existence.

«Depuis l'époque où j'ai terminé mes études, à l'Université de Montréal en 1981, je fais du design industriel, lance joyeusement Michel Morelli, président de Morelli Design. Ça fait donc 25 ans cette année que je suis en affaires!»

La carrière de designer industriel n'est pourtant pas facile, raconte l'entrepreneur. «Au tout début, on se devait de travailler sur de nombreux types de projets et dans différents secteurs d'activité, résume-t-il. Dans les années 80, pour vivre et pour survivre, si je puis dire, on faisait de l'aménagement, des kiosques d'exposition, du graphisme et quantité d'autres choses pour arrondir les fins de mois.»

Heureusement qu'au fil des ans, devant la concurrence croissante, ses clients potentiels ont compris la nécessité de faire appel à un designer industriel comme lui afin de conférer une plus-value à leurs produits. «Il ne s'agit pas pour nous, designers industriels, de ne s'occuper que de l'esthétisme d'un produit, indique

M. Morelli, mais de faire en sorte que celui-ci soit plus facile à utiliser et à entretenir, et donc de lui conférer une plus-value. Il y a en fait une multitude d'éléments qui donnent à un produit de la valeur ajoutée.»

Un trop petit marché

Malgré tout, aujourd'hui encore, Michel Morelli sent le besoin de prendre son bâton de pèlerin pour faire connaître les avantages de sa profession. «Tout designer industriel voit à la conception de produits qui sont fabriqués à l'échelle industrielle, explique-t-il. Dès le départ, on pense donc à la façon dont celui-ci sera fabriqué, aux matériaux qui seront utilisés, et à la meilleure technologie à employer pour ce faire, etc.»

Hélas, fait entrevoir le designer, le marché québécois n'a pas la taille suffisante pour permettre à un designer industriel de se spécialiser. «On n'a pas de marché, comme par exemple dans le domaine médical, pour permettre à un bureau comme le mien d'oeuvrer dans un ou deux secteurs en particulier. Il nous faut toucher à tout.» Au fil des ans, Morelli Design a ainsi réalisé des projets dans les domaines du transport, des produits de consommation, du mobilier, des jouets, etc.

La création pour embellir notre environnement

Michel Morelli relate ainsi que la carrière de designer industriel l'amène à réaliser des projets uniques comme l'aménagement de l'entrée du parc Saint-Michel — la carrière Miron d'autrefois. «Cet ancien site d'enfouissement est en voie de devenir un parc qui sera aussi vaste que le mont Royal, dit-il. La Ville de Montréal désirait donc concevoir un portail à la fois accueillant et qui rappellerait le passé du site en intégrant des matériaux recyclés.»

Il n'y a pas si longtemps, rapporte-t-il encore, les architectes et les urbanistes recouraient à des produits qu'ils trouvaient en catalogue. Or, à présent, ils incluent un designer industriel dans leur équipe afin de donner un cachet unique à leurs réalisations. C'est de cette façon que Morelli Design a participé à l'aménagement de l'entrée du parc Saint-Michel.

«Ce n'est pas nous qui avons fait l'aménagement des lieux, souligne le designer. Nous, nous avons travaillé en équipe avec des architectes paysagistes pour cerner les besoins de la ville, puis pour concevoir le mobilier urbain, c'est-à-dire le portail, les fûts, les lampadaires, etc.»

«Nous avons voulu, à travers ces équipements, faire ressortir le caractère spécifique de l'ancienne carrière», souligne M. Morelli. Ainsi, les deux grands fûts qui ornent l'entrée du portail rappellent les deux immenses cheminées de la cimenterie Miron. «Bien sûr, elles sont beaucoup moins imposantes que les cheminées d'autrefois, elles en sont en fait un clin d'oeil...»

Ces fûts intègrent des matériaux que l'on pourrait retrouver sur les lieux: des morceaux de bois, de béton, d'asphalte, de pierre et de métaux ont été enchâssés dans la résine acrylique de ces «cheminées». Aux yeux des concepteurs, les fûts s'assimilent ainsi à des carottes géologiques, comme s'ils avaient été extraits du sous-sol du site d'enfouissement. «Par transparence, vous pouvez voir à travers l'acrylique les éléments qui se trouvent dans le sol.»

De surcroît, les gaz qui proviennent de la décomposition des déchets domestiques enfouis sous le parc sont récupérés pour chauffer les bâtiments environnants (dont la Tohu). «Pour illustrer cet aspect du site, nous avons évoqué la transformation de la matière en énergie grâce à l'éclairage particulier du portail.»

Se démarquer sur la scène internationale

Michel Morelli souligne toutefois que des projets comme le portail du parc Saint-Michel constituent plutôt l'exception du travail de designer industriel. «Le plus souvent, note-t-il, nous travaillons sur des produits "utilitaires".» C'est le cas, par exemple, du cadre de bicyclette qu'a conçu son bureau pour Vélo Argon 18.

«Cette belle petite entreprise a été créée par Gervais Rioux, un ancien coureur cycliste, rapporte Michel Morelli. Or, M. Rioux se retrouve maintenant à un niveau où il doit offrir un produit remarquable pour se faire connaître des professionnels de haut calibre. Il avait donc besoin d'un produit de marque pour créer une image internationale... Cela était notre premier défi.»

L'autre défi consistait à concevoir un cadre de bicyclette qui soit le plus léger possible tout en offrant rigidité et souplesse en même temps. Il fallait aussi que ce cadre serve de support visuel à du graphisme, étant donné que le vélo d'Argon 18 devrait apparaître dans des magazines spécialisés. Il fallait enfin se démarquer des autres fabricants internationaux afin de démontrer que Vélo Argon 18 offre une gamme de produits de pointe. «On croit bien qu'on a réussi, indique M. Morelli, puisqu'on a rempli à la lettre toutes les spécifications requises...»

«Comme l'illustre l'exemple d'Argon 18, poursuit le désigner industriel, notre profession consiste essentiellement à respecter une foule de spécifications et de contraintes... C'est à nous de nous débrouiller pour concevoir un objet qui soit à la fois élégant, facile d'utilisation, souple et ainsi de suite. Ça, c'est notre travail et c'est ça qui est emballant!»

***

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