Santé - La langue de la douleur
L'offre de services de santé aux minorités linguistiques
L'histoire a fait en sorte que le Québec et le Canada doivent aujourd'hui composer avec une minorité linguistique: anglophone au Québec et francophone ailleurs au Canada. Parmi les défis que pose cette situation, il y a celui de la prestation des soins de santé.
Comment s'assurer que la prestation des soins de santé soit adéquate dans la langue des minorités et comment faire en sorte que les barrières langagières ne viennent pas en compromettre la qualité? Voilà les sujets auxquels s'intéresseront les participants à un colloque de l'Acfas intitulé «Les défis et les opportunités dans la prestation de services de santé aux minorités linguistiques au Québec et au Canada».
«Je conviens que ces deux minorités linguistiques ne vivent pas la même réalité, mais il y a tout de même des ressemblances, explique Carmen Lambert, professeure d'anthropologie à l'université McGill et coprésidente du colloque. La principale différence est que les anglophones québécois vivant dans la grande région de Montréal ont accès à des soins de santé en anglais. Par contre, lorsqu'on s'éloigne et que l'on va dans les petites collectivités, sur la Basse-Côte-Nord ou en Gaspésie, la situation se rapproche un peu plus de celle que vivent certaines collectivités francophones hors Québec.»
Fait à noter, ce colloque est interuniversitaire et multidisciplinaire. «Le coprésident, Norman Segalowitz, de l'université Concordia, est un psychologue spécialisé dans le langage. Nous avons réuni non seulement des professionnels de la santé mais aussi des gens provenant de disciplines comme l'éducation et les sciences sociales. Il y a même des représentants de la collectivité.»
Le projet McGill
Le projet McGill figure au coeur de ce colloque puisqu'il est l'exemple concret d'un projet visant à améliorer la prestation de services de santé auprès de la population anglophone québécoise vivant hors de la région métropolitaine. Il a été lancé en 2004 à la suite du Plan d'action sur les langues officielles du Canada visant à appuyer les provinces dans l'offre de services à leurs minorités linguistiques. Il est parrainé par Santé Canada et réalisé en collaboration avec le gouvernement du Québec.
«Notre première action fut de mettre en place une étude sur la répartition des professionnels de la santé au Québec, explique Mireille Marcil, coordonnatrice du projet McGill. Ce sera la première fois au Québec que l'on disposera de données sur la répartition des professionnels anglophones de la santé.»
Le projet McGill a ensuite mis en place deux initiatives, l'une pour les professionnels francophones et l'autre à l'intention des professionnels anglophones. «Le gros de notre effort va vers les professionnels francophones, plus nombreux au Québec. L'initiative mise en place consiste à soutenir les intervenants francophones en leur offrant des cours d'anglais ciblés sur leur travail.»
Pour ce qui est des professionnels anglophones, l'initiative mise en avant concerne la formation. «On cherche à mettre en place, pour les étudiants anglophones ou bilingues, des stages dans les régions où se trouvent ces petites communautés anglophones. On espère que ces derniers choisiront ensuite de retourner travailler dans ces régions et ainsi desservir du même coup la population anglophone.»
Toutes ces initiatives se font sur une base volontaire et sont menées de concert avec les communautés. «Nos initiatives sont basées sur les besoins de la collectivité. Ce sont les agences de santé et de services sociaux des communautés qui définissent les priorités et qui choisissent l'organisme de formation.» Pour sa part, Carmen Lambert tient à préciser qu'ils n'imposent pas «un modèle de base. [Leur] approche est participative et constructive. Elle cherche à créer des liens entre l'université et la communauté.»
Évaluation des compétences
En plus de ces initiatives, le projet McGill donne lieu aussi à un vaste projet de recherche dans ce domaine qui comprend à la fois de la recherche fondamentale et de la recherche appliquée. «Un de nos champs de recherche, explique Carmen Lambert, est l'identification des compétences linguistiques nécessaires pour la livraison de ces services. Il n'est pas question de rendre tous les intervenants parfaitement bilingues, par contre, on doit se demander quel est le niveau de bilinguisme que devrait avoir une infirmière au triage, par exemple.»
Ce qui vient compliquer les choses, c'est que les communications dans le domaine de la santé sont complexes. «Il y a un langage spécialisé mais aussi un langage qui n'est pas spécialisé. D'un côté, il y a les informations scientifiques, les symptômes par exemple, mais d'un autre côté, il y a la communication humaine et la compassion. Sans compter que les patients sont anxieux et que la communication peut parfois être plus difficile. On doit aussi tenir compte de ce contexte.»
Double échange
Ensuite, cette communication va dans les deux sens. Si l'intervenant doit être en mesure de bien se faire comprendre du patient, il doit aussi être en mesure de bien comprendre ce que ce dernier cherche à lui dire. «C'est la raison pour laquelle une partie de notre recherche porte sur le langage de la douleur. Comment exprime-t-on la douleur? C'est souvent un langage conceptuel qui utilise des images. Quelles sont alors les qualités langagières nécessaires pour bien comprendre la douleur?» Les soins palliatifs sont aussi un autre sujet de cette recherche. «Nous allons analyser les communications entre les intervenants, les patients mais aussi les familles de ces derniers, avec lesquelles sont en contact les intervenants.»
Ces recherches fondamentales permettront dans un premier temps de mettre en place un outil d'évaluation des compétences linguistiques nécessaires à la livraison adéquate des services de santé. Ensuite, ces données serviront à élaborer des programmes de formation, de concert avec les communautés. Éventuellement, croit Carmen Lambert, une formation similaire pourrait même être intégrée à la formation de base des professionnels de la santé.
En attendant ce jour, le projet McGill poursuivra ses activités jusqu'en 2008. Jusqu'à présent, les initiatives mises en avant fonctionnent. «Les cours d'anglais sont bien reçus, précise Mireille Marcil, et nous savons qu'ils répondent à un véritable besoin.»
Collaborateur du Devoir
Comment s'assurer que la prestation des soins de santé soit adéquate dans la langue des minorités et comment faire en sorte que les barrières langagières ne viennent pas en compromettre la qualité? Voilà les sujets auxquels s'intéresseront les participants à un colloque de l'Acfas intitulé «Les défis et les opportunités dans la prestation de services de santé aux minorités linguistiques au Québec et au Canada».
«Je conviens que ces deux minorités linguistiques ne vivent pas la même réalité, mais il y a tout de même des ressemblances, explique Carmen Lambert, professeure d'anthropologie à l'université McGill et coprésidente du colloque. La principale différence est que les anglophones québécois vivant dans la grande région de Montréal ont accès à des soins de santé en anglais. Par contre, lorsqu'on s'éloigne et que l'on va dans les petites collectivités, sur la Basse-Côte-Nord ou en Gaspésie, la situation se rapproche un peu plus de celle que vivent certaines collectivités francophones hors Québec.»
Fait à noter, ce colloque est interuniversitaire et multidisciplinaire. «Le coprésident, Norman Segalowitz, de l'université Concordia, est un psychologue spécialisé dans le langage. Nous avons réuni non seulement des professionnels de la santé mais aussi des gens provenant de disciplines comme l'éducation et les sciences sociales. Il y a même des représentants de la collectivité.»
Le projet McGill
Le projet McGill figure au coeur de ce colloque puisqu'il est l'exemple concret d'un projet visant à améliorer la prestation de services de santé auprès de la population anglophone québécoise vivant hors de la région métropolitaine. Il a été lancé en 2004 à la suite du Plan d'action sur les langues officielles du Canada visant à appuyer les provinces dans l'offre de services à leurs minorités linguistiques. Il est parrainé par Santé Canada et réalisé en collaboration avec le gouvernement du Québec.
«Notre première action fut de mettre en place une étude sur la répartition des professionnels de la santé au Québec, explique Mireille Marcil, coordonnatrice du projet McGill. Ce sera la première fois au Québec que l'on disposera de données sur la répartition des professionnels anglophones de la santé.»
Le projet McGill a ensuite mis en place deux initiatives, l'une pour les professionnels francophones et l'autre à l'intention des professionnels anglophones. «Le gros de notre effort va vers les professionnels francophones, plus nombreux au Québec. L'initiative mise en place consiste à soutenir les intervenants francophones en leur offrant des cours d'anglais ciblés sur leur travail.»
Pour ce qui est des professionnels anglophones, l'initiative mise en avant concerne la formation. «On cherche à mettre en place, pour les étudiants anglophones ou bilingues, des stages dans les régions où se trouvent ces petites communautés anglophones. On espère que ces derniers choisiront ensuite de retourner travailler dans ces régions et ainsi desservir du même coup la population anglophone.»
Toutes ces initiatives se font sur une base volontaire et sont menées de concert avec les communautés. «Nos initiatives sont basées sur les besoins de la collectivité. Ce sont les agences de santé et de services sociaux des communautés qui définissent les priorités et qui choisissent l'organisme de formation.» Pour sa part, Carmen Lambert tient à préciser qu'ils n'imposent pas «un modèle de base. [Leur] approche est participative et constructive. Elle cherche à créer des liens entre l'université et la communauté.»
Évaluation des compétences
En plus de ces initiatives, le projet McGill donne lieu aussi à un vaste projet de recherche dans ce domaine qui comprend à la fois de la recherche fondamentale et de la recherche appliquée. «Un de nos champs de recherche, explique Carmen Lambert, est l'identification des compétences linguistiques nécessaires pour la livraison de ces services. Il n'est pas question de rendre tous les intervenants parfaitement bilingues, par contre, on doit se demander quel est le niveau de bilinguisme que devrait avoir une infirmière au triage, par exemple.»
Ce qui vient compliquer les choses, c'est que les communications dans le domaine de la santé sont complexes. «Il y a un langage spécialisé mais aussi un langage qui n'est pas spécialisé. D'un côté, il y a les informations scientifiques, les symptômes par exemple, mais d'un autre côté, il y a la communication humaine et la compassion. Sans compter que les patients sont anxieux et que la communication peut parfois être plus difficile. On doit aussi tenir compte de ce contexte.»
Double échange
Ensuite, cette communication va dans les deux sens. Si l'intervenant doit être en mesure de bien se faire comprendre du patient, il doit aussi être en mesure de bien comprendre ce que ce dernier cherche à lui dire. «C'est la raison pour laquelle une partie de notre recherche porte sur le langage de la douleur. Comment exprime-t-on la douleur? C'est souvent un langage conceptuel qui utilise des images. Quelles sont alors les qualités langagières nécessaires pour bien comprendre la douleur?» Les soins palliatifs sont aussi un autre sujet de cette recherche. «Nous allons analyser les communications entre les intervenants, les patients mais aussi les familles de ces derniers, avec lesquelles sont en contact les intervenants.»
Ces recherches fondamentales permettront dans un premier temps de mettre en place un outil d'évaluation des compétences linguistiques nécessaires à la livraison adéquate des services de santé. Ensuite, ces données serviront à élaborer des programmes de formation, de concert avec les communautés. Éventuellement, croit Carmen Lambert, une formation similaire pourrait même être intégrée à la formation de base des professionnels de la santé.
En attendant ce jour, le projet McGill poursuivra ses activités jusqu'en 2008. Jusqu'à présent, les initiatives mises en avant fonctionnent. «Les cours d'anglais sont bien reçus, précise Mireille Marcil, et nous savons qu'ils répondent à un véritable besoin.»
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