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    Association francophone pour le savoir - Le temps de la mobilisation est venu

    « Aujourd'hui, on exige plus des jeunes chercheurs »

    5 mai 2007 |Marie Lambert-Chan | Science et technologie
    Mireille Mathieu occupe la chaise de présidente de l'Acfas depuis un an. L'heure est aux bilans pour la chercheuse, préoccupée notamment par le financement qui sera accordé à la recherche et à l'innovation dans le prochain budget provincial, de même que par la grande réflexion qui s'amorcera sous peu à propos du rôle de l'Acfas au sein de la société et de la valorisation de la science.

    Mireille Mathieu a fait ses premiers pas à l'Association francophone pour le savoir (Acfas) lors du congrès annuel de 1968. Au grand étonnement de la chercheuse, alors âgée de 23 ans, une foule importante s'était rassemblée pour assister à la présentation de son mémoire de maîtrise en psychophysiologie, sa toute première communication scientifique. «J'ai compris par la suite que beaucoup de gens s'étaient déplacés non pas pour moi, mais pour la personne suivante qui analysait le roman érotique Emmanuelle!», s'esclaffe-t-elle.

    Québec intervient

    Quarante ans plus tard, l'Acfas demeure toujours aussi fidèle à sa mission de diffuser un savoir diversifié, de promouvoir l'activité scientifique de tous horizons et de stimuler la recherche, nous assure Mireille Mathieu qui en est aujourd'hui la présidente.

    Élue le 19 mai 2006, elle entendait entamer son mandat en suivant de près la révision de la politique québécoise de la science et de l'innovation. À sa grande satisfaction, le ministère du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation (MDEIE) dévoilait quelques mois plus tard la nouvelle Stratégie québécoise de la recherche et de l'innovation. La politique prévoit l'injection de 888 millions de dollars sur trois ans dans la recherche publique et industrielle, qui, de l'avis de plusieurs, a souffert d'un soutien insuffisant au cours des dernières années.

    Mme Mathieu avait salué l'effort en précisant qu'il ne fallait surtout pas s'arrêter en si bon chemin. «Nous ne boudons pas notre plaisir, car la stratégie a permis de rattraper le temps perdu, déclare celle qui dirige aussi le Centre de liaison sur l'intervention et la prévention psychosociales. Nous souhaitons par contre que le gouvernement maintienne le cap de ce financement dans le prochain budget.» Rien n'est moins sûr avec la situation minoritaire des libéraux à l'Assemblée nationale. La présidente de l'Acfas se réjouit toutefois du retour de l'instigateur de la stratégie, Raymond Bachand, à la tête du MDEIE.

    Dialogue entre science et société

    Surveillant d'un oeil le financement public de la recherche, Mireille Mathieu concentre également son attention sur une grande réflexion qui s'amorcera le

    10 mai prochain à propos du rôle de l'Acfas au sein de la société. La nécessité d'un dialogue accru entre la science et la société s'est en effet imposée dansles débats publics au sein de nombreux pays en regard du développement accéléré des connaissances et des technologies, dont l'influence sur les enjeux sociaux et écologiques actuels est indéniable.

    Réunis en table ronde, les Fonds de recherche du Québec, le Conseil de la science et de la technologie ainsi que la Commission de l'éthique de la science et de la technologie s'interrogeront sur les relations entre les chercheurs et la société. Y a-t-il une place pour l'engagement du scientifique dans l'espace public? Quelles sont les attentes de la société envers la recherche? Quel est le rôle des organismes publics dans cette dynamique? Quelles sont les conditions qui favoriseraient la participation des chercheurs et des étudiants-chercheurs à ce dialogue?

    À la suite de ce forum, l'Acfas compte mener un vaste sondage auprès de la population. «Nous souhaitons savoir si les gens se sentent suffisamment informés et concernés par l'activité scientifique, explique Mme Mathieu. Nous ne voulons surtout pas spéculer sur ce qu'ils pensent de la recherche.» Les résultats de cette enquête nourriront les échanges qui auront lieu lors d'une seconde rencontre de deux jours prévue en février 2008.

    Une voix à écouter

    «L'Acfas doit occuper l'espace public afin de mieux mobiliser le gouvernement, les citoyens, les entreprises et la communauté scientifique, déclare la présidente. On veut en faire un acteur incontournable», espère Mireille Mathieu. Mais, pour devenir un «poids lourd» de la scène nationale, l'organisme se doit d'augmenter et de diversifier ses effectifs. «Le recrutement de nos membres est axé sur le congrès, dit-elle. Si les membres inscrits l'an dernier ne font pas de présentation au prochain rassemblement, il y a de fortes chances qu'ils ne renouvellent pas leur adhésion.»

    Le programme de l'Acfas s'enrichira en conséquence d'activités extérieures au grand événement annuel, ce qui contribuera à attirer davantage de membres individuels et, surtout, de membres institutionnels. Le soutien de grandes sociétés est essentiel à l'épanouissement de l'organisation, rappelle Mme Mathieu.

    «Présentement, l'Acfas est la seule organisation dans l'horizon québécois et canadien à pouvoir fédérer et représenter la communauté des chercheurs francophones, croit la présidente. On sent un réel besoin qu'une telle voix se fasse entendre. Nous ne cherchons pas à le faire de manière contestataire envers le gouvernement, mais plutôt pour valoriser la science dans la société.»

    Être chercheur en 2007

    Le milieu de la recherche a bien évolué depuis la création en 1923 de l'Acfas qui, elle, n'a pourtant jamais dérogé à l'un de ses principes fondateurs: accorder une large place à la relève. Plus que jamais, les scientifiques fraîchement émoulus de l'université ont besoin d'une tribune comme celle que leur offre l'Acfas. «Aujourd'hui, on exige plus des jeunes chercheurs que dans les années 1970, remarque Mireille Mathieu. Ils doivent souvent faire des études postdoctorales, démontrer leur capacité à obtenir des ressources pour financer leur recherche, publier avant même le début de leur carrière.»

    L'Acfas prévoit varier le soutien qu'elle leur apporte en conséquence, notamment grâce aux activités «hors congrès» projetées. Ce n'est que justice car, après tout, ce sont eux qui porteront l'organisme à bout de bras pour encore au moins 75 autres années.

    Collaboratrice du Devoir












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